Lancement de la plateforme CrypCool

CrypCool 2024 : accessibilité et garanties dans l’univers des cryptomonnaies - FinMag 31.01.2024

Jean-François Faure, fondateur de CrypCool, présente à FinMag cette nouvelle plateforme, lancée le 2 décembre dernier, dernière née de l’écosystème AuCoffre. Visant à simplifier et sécuriser l’accès aux cryptomonnaies à sa clientèle mature et curieuse de la crypto, la plateforme s’engage à fournir des informations cruciales pour guider les utilisateurs dans l’univers complexe des cryptomonnaies, et le simplifier au maximum pour en faciliter l’accès.

Par Marie-Ange Nodar

Vous venez de lancer au mois de décembre dernier CrypCool : pouvez-vous nous en parler ?

Le 2 décembre 2023, nous avons inauguré CrypCool après avoir effectué un pré-lancement 15 jours auparavant auprès d’une clientèle restreinte afin de valider les derniers détails.

Le démarrage a été très prometteur avec 400 inscrits, dont 200 qui sont déjà des utilisateurs actifs. Nous avons enregistré environ 1,7 million d’euros de dépôts en équivalent Bitcoin et ETH.

Pourquoi avoir voulu lancer cette nouvelle plateforme ?

Chez AuCoffre, nous avons une clientèle que nous apprécions, principalement constituée de personnes de 40 ans et plus, passionnées par les métaux précieux, l’investissement, et l’épargne résiliente, considérée comme une forme d’assurance pour le reste de leur épargne, notamment à travers l’or, entre autres.

Notre clientèle manifeste un intérêt croissant pour les cryptomonnaies, car ces actifs partagent certaines valeurs et idées liées à l’or, ce qui les rend complémentaires.. Nos clients se rendent sur les plateformes d’échange de cryptomonnaies, et se sentent parfois dépassés, car ces plateformes semblent conçues pour un public averti, principalement des traders.

Certes, on pourrait argumenter que l’achat de cryptos nécessite une certaine expertise, mais de même, l’achat d’or peut être complexe. Cependant, lorsqu’on utilise des services comme VeraCash ou AuCoffre, nos solutions historiques, ce n’est pas aussi compliqué. Nous croyons en des interfaces simples et des approches facilitées.

Sur quoi avez-vous mis l’accent avec CrypCool ?

Nous avons souhaité éviter l’utilisation de jargon technique, et lorsque des termes complexes sont nécessaires, nous prenons le temps de les expliquer. Nos interfaces sont délibérément simples, ce qui signifie qu’elles n’affichent pas de graphiques complexes, tels que les chandeliers japonais, qui peuvent parfois être difficiles à comprendre et entraîner des erreurs.

Notre objectif est de fournir uniquement les informations strictement nécessaires pour effectuer des arbitrages, sans surcharger l’utilisateur tant qu’il n’a pas atteint un certain niveau de compréhension.

Le deuxième point concerne la sécurité. Actuellement, chez AuCoffre, nous gérons plus de 500 millions d’euros d’actifs en métaux précieux pour nos clients, stockés dans des coffres sécurisés à Genève, sous notre responsabilité. Forts de notre expertise en gestion et opérations, nous avons décidé d’appliquer le même savoir-faire à la gestion des cryptomonnaies.

Contrairement à la plupart des accès en ligne aux cryptomonnaies ou aux Ledger (ces wallets en forme de clés USB), nous avons mis en place un système de sécurité physique garantissant que l’accès aux cryptomonnaies est totalement sécurisé. Nous proposons à nos clients d’acheter ou de vendre une réplication numérique de ce que nous conservons physiquement dans nos coffres. Cela s’aligne parfaitement avec le modèle d’AuCoffre depuis 15 ans. Sur la plateforme AuCoffre, lorsque vous achetez ou vendez une pièce, vous n’échangez pas physiquement l’objet, mais une représentation numérique de cet actif. Pour VeraCash, axée sur les paiements mais toujours liée aux métaux précieux, lorsque vous payez avec une carte bancaire, c’est également une réplication numérique qui existe dans notre système et qui reflète ce qui se trouve dans notre coffre.

Le même principe s’applique aux cryptomonnaies sur CrypCool. Nous conservons les cryptomonnaies en garde froide, ce qui signifie que même en cas de piratage du compte CrypCool, nous avons toujours la possibilité de revenir en arrière sur les opérations. Cette fonctionnalité est cruciale, car des problèmes tels qu’un ordinateur non sécurisé, des difficultés techniques avec un Ledger, ou la perte d’une clé de récupération peuvent facilement survenir. Les cryptos vendues sur notre plateforme sont celles que nous conservons en garde froide, d’où le nom “CrypCool”, représentant à la fois la simplicité (“cool”) et la référence à la garde froide.

Procurez-vous également de l’information ?

Nous simplifions le processus et fournissons des informations essentielles. Pour faciliter l’initiation, nous offrons 10€ afin que les utilisateurs puissent acheter leur première fraction de Bitcoin ou d’Ether, leur permettant ainsi de découvrir comment acheter et vendre. Mais notre objectif ne se limite pas là ; il englobe également un processus d’acculturation.

Nous souhaitons que les utilisateurs développent une compréhension approfondie du monde des cryptomonnaies. Notre blog intégré explique les phénomènes, les enjeux et la raison d’être des cryptomonnaies. Nous n’avons pas de réponses automatisées ; nos chargés de clientèle appellent tous les inscrits pour discuter de leur approche des cryptos, évaluer leur niveau de compréhension et les orienter de manière plus personnalisée dans l’utilisation de notre plateforme et dans leur compréhension globale des cryptomonnaies. Notre progression s’aligne sur celle de nos clients, et nous sommes déterminés à les accompagner à chaque étape de leur parcours.

Que prévoyez-vous pour la suite ?

D’abord, notre priorité est de lancer correctement CrypCool.

Puis, dans quelques semaines, en réponse à la demande de nos clients, nous ajouterons une nouvelle cryptomonnaie à notre offre. Actuellement, nous proposons uniquement le Bitcoin et l’Ether. Cette troisième que nous prévoyons d’ajouter, s’appelle VeraOne. Il s’agit d’un stablecoin adossé à l’or. À mesure que nos clients gagnent en expérience, ils pourraient vouloir convertir leurs gains en cryptomonnaie plutôt que de revenir à l’euro. VeraOne offrira une solution pour stabiliser le cours, permettant aux utilisateurs d’attendre des opportunités de marché tout en restant dans l’écosystème des cryptomonnaies. Cette transition vers d’autres cryptomonnaies, comme VeraOne, leur évite les implications fiscales liées à un retour en euros.

Dans quelques mois enfin, nous prévoyons d’introduire un nouveau service, SeedCool, destiné à conserver les phrases de récupération (seed phrases) dans nos coffres. Ces phrases sont gravées sur des plaques de cuivre estampées avec un poinçon, puis scellées. Chaque année, elles sont auditées pour s’assurer qu’elles n’ont pas été ouvertes, garantissant ainsi la sécurité des cryptomonnaies associées à la seed phrase. Initialement développé pour notre usage, nous avons décidé d’ouvrir ce service à nos clients. La vente des plaques de métal existait déjà. Là où nous faisons la différence, c’est que nous assurons leur conservation dans nos coffres hautement sécurisés à Genève. Les clients peuvent choisir des périodes de conservation de 1 an, 5 ans, 10 ans, etc.

Si vous voulez avoir plus d’informations sur CrypCool, leur site est accessible https://crypcool.com/en/home-page-english/ ou vous pouvez les suivre sur https://fr.linkedin.com/company/crypcool


Le Bitcoin face au dollar

Bitcoin, une autre idée de la monnaie

La semaine dernière, le Salvador a élu pour la deuxième fois consécutive son président Nayib Bukele. Largement plébiscité avec 87%, cette actualité met à nouveau sur le devant de la scène les réformes notables qu’il a adoptées. Parmi celles-ci, la légalisation du Bitcoin comme monnaie du Salvador.

Pour mémoire, en 2001, l’état du Salvador avait abandonné sa monnaie fiduciaire historique, le colón salvadorien, qui avait connu des périodes répétées d’hyperinflation. Le dollar américain s’était dès lors imposé en marche forcée pour le remplacer.

Avertissement


Bien évidemment, le présent article n’est pas un conseil en investissement. Les performances passées ne peuvent garantir des performances futures.

Où David défie Goliath


En juin 2021, le président Bukele, autoproclamé “dictateur le plus cool du monde”, annonce sa décision de faire du Bitcoin une monnaie à cours légal dans son pays aux côtés du dollar afin notamment de réduire sa dépendance à la monnaie américaine et son exposition aux politiques monétaires des Etats-Unis. Bien que cette initiative n’ait pas reçu le soutien du FMI ni celui de la population salvadorienne, le président fraîchement réélu compte bien tenir le cap de cette réforme révolutionnaire.

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D’aucuns ont pu juger ce virage radical comme un coup de communication un tant soit peu mégalomane plutôt qu’une remise en question du bien-fondé du rôle de l’état souverain à l’égard de sa monnaie. Quelques trois ans plus tard, le clivage entre les partisans et les détracteurs de cette décision reste bien ancré. Mais les curseurs ont bougé. Sa réélection est donc l’occasion de se pencher sur cette épineuse question: et si Nayib Bukele avait raison?

Nota bene: L’objet de cet article n’est pas de spéculer sur les chances de succès de ce pari mais plutôt d’y voir un cas d’école qui pose la question du rôle de la monnaie au regard de la souveraineté des états et de comprendre l’impact possible de Bitcoin sur la stabilité des institutions.

La souveraineté en question


Un état souverain bat monnaie, c’est une caractéristique de sa souveraineté. Non seulement parce que c’est un signe de sa force et de sa crédibilité mais aussi parce c’est un vecteur identitaire. La monnaie est porteuse d’une histoire, d’une culture et de symboles profondément liés au pays qui lui donne cours

Mais dans un contexte de défiance politique, de développement technologique et de digitalisation des échanges monétaires à l’échelle des banques centrales comme à celle des personnes privées, on voit se profiler la possibilité de monnaies globales alternatives. Des monnaies “désétatisées”, sans banque centrale ni politique monétaire. C’est ainsi que l’on pourrait qualifier Bitcoin.

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L'Ecole autrichienne à la rescousse de Bitcoin


Cette comparaison ne sort pas d’un chapeau mais de la théorie monétaire de l’École d’économie autrichienne qui voit dans la monnaie un produit de l’ordre spontané du marché qui aurait été progressivement accaparé par le pouvoir politique au cours de l’Histoire.

A ce postulat sont attachées différentes critiques de la monnaie manipulée par la puissance publique. En effet, le prix Nobel 1974 Friedrich Hayek avance que les manipulations en question alimentent des cycles artificiels et destructeurs. Et ceux-ci favorisent une redistribution du pouvoir d’achat relatif au profit des détenteurs d’actifs et au détriment des plus vulnérables.

L’inflation monétaire est un impôt déguisé conduisant à une extension excessive de la sphère publique, une financiarisation outrancière de l’économie et un glissement vers une démocratie marquée par le clientélisme. 

Enfin, la dégradation de la monnaie accentue la tendance des individus à privilégier l’immédiat, décourageant l’épargne, l’investissement et la planification de l’avenir. Cette situation favorise la société de consommation, une approche à court terme du politique, la spéculation financière et la surexploitation des ressources naturelles.

Un rapprochement de ces symptômes avec la situation de non nombre d’états à l’échelle globale actuelle n’est pas fortuit. Et le Salvador – dont 24% du PIB sont financés par les envois transfrontaliers d’argent de la diaspora salvadorienne – pourrait bien être le premier à chercher (et trouver?) une issue aux conséquences néfastes d’un système monétaire dont il subit les travers.

Le Salvador à la poursuite d'une monnaie saine?


Le choix du Salvador de s’orienter vers Bitcoin après avoir abandonné sa monnaie historique – dont les mouvements inflationnistes ont eu raison de la confiance de ses usagers – pour le dollar qui le plaçait clairement dans une situation de dépendance vis-à-vis des Etats-Unis ne peut-il pas se justifier par cette recherche? 

Pour les Autrichiens, cette monnaie saine est celle dont la quantité est aussi peu manipulable que possible par les pouvoirs publics. Pour Ludwig von Mises, fondateur de ladite école, “il est impossible de saisir le sens de l’idée de monnaie saine si l’on ne réalise pas qu’elle a été conçue comme un instrument pour la protection des libertés civiles contre les intrusions despotiques des gouvernements.

La dénationalisation de la monnaie: acte de souveraineté?


Via la suppression du cours légal et la libre concurrence entre producteurs privés de monnaies, la monnaie devient un bien économique dont la qualité et la quantité optimales sont déterminées par la rencontre de l’offre et la demande et non par une entité centrale et monopolistique. 

En l’occurrence, l’adoption de Bitcoin comme monnaie officielle crée un levier d’incitation au Salvador pour attirer des investisseurs avec en ligne de mire un projet d’infrastructure pour utiliser l’énergie géothermique produite par le volcan Conchagua pour permettre d’alimenter à bas coût le minage local de bitcoins.

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Bitcoin: l'étalon challenger


Le Bitcoin répond en partie à l’idéal des membres de l’Ecole: issu d’une technologie novatrice, échappant au contrôle de l’Etat et disponible en quantité limitée. Sa qualité d’or numérique dont le coût d’extraction est élevé (et la quantité disponible limitée par design) constitue une valeur ajoutée supplémentaire.

En effet, sa viabilité dépend de sa capacité à résister à la dépréciation qui menacerait une monnaie “facile” d’accès. Or le “prix à payer” élevé en termes énergétiques le protège de cet écueil. 

Néanmoins aujourd’hui, le caractère technique de Bitcoin reste un point bloquant pour en faire un solide cheval de Troie du système monétaire actuel. Sa volatilité aussi est pointée comme un empêchement à devenir un moyen d’échange communément validé. Quoique son adoption croissante donne un signe de progression en ce sens, le scénario du remplacement des monnaies fiat par Bitcoin reste hasardeux.  

Une course de fond pour le "Singapour des Amériques" 


Aujourd’hui, 2% des transactions sont opérées en Bitcoin. La moitié d’entre elles sont générées par le tourisme grandissant, notamment des utilisateurs de cryptos attirés par la facilité de paiement en actifs numériques.

A contrario, l’utilisation  du Bitcoin par la population locale reste marginale. 88% des Salvadoriens déclarent ne pas y avoir recours et restent attachés à l’argent liquide. Il faut certainement y voir une illustration de la loi de Gresham. L’introduction d’une devise de moindre qualité (dans laquelle les agents économiques n’ont pas confiance) dans un système économique a pour conséquence néfaste que c’est la mauvaise monnaie qui prend la place la plus importante.

Dans une telle situation, les agents préfèrent conserver la bonne monnaie pour se défaire de la mauvaise au plus vite. En l’espèce, les Salvadoriens dépensent leurs dollars et épargnent leur bitcoins.

Les jeux sont faits...


Nayib Bukele a même embauché Alejandro Werner, l’ancien chef du département Hémisphère occidental du FMI pour négocier un accord de financement multilatéral avec le FMI.

Des figures telles que Gabor Gurbacs de la société de gestion d’investissement américaine VanEck et le journaliste Max Keiser ont loué les initiatives du président Bukele, suggérant que le Salvador pourrait suivre l’exemple de Singapour et devenir un hub financier majeur dans les Amériques.

Le déploiement du portefeuille numérique Chivo Wallet et l’investissement dans des projets de minage de Bitcoin alimentés par l’énergie géothermique des volcans témoignent de cette ambition innovante.

Le Bitcoin face au dollar

Rien ne va plus!


Les aspirations prêtées au Salvador à devenir le « Singapour des Amériques » reflètent une vision ambitieuse de transformation économique et technologique.

L’élimination des taxes sur les innovations technologiques et les plans d’accumulation de Bitcoin pour éponger la dette nationale témoignent des stratégies audacieuses qui pourraient, si elles réussissent, redéfinir le paysage économique du Salvador et, potentiellement, d’autres nations émergentes.


Les ETF Bitcoin spot entrent sur le marché boursier américain.

Les ETF Bitcoin spot ont été approuvés par la SEC: ce qu'il faut comprendre

Le 10 janvier a marqué un tournant pour Bitcoin avec l’approbation des ETF Bitcoin spots par la SEC, le régulateur financier des États-Unis. Ces fonds négociés en bourse et type d’investissement permettent d’acheter des actions dans un fonds détenteur de bitcoins réels.

Avertissement


Bien évidemment, le présent article n’est pas un conseil en investissement. Les performances passées ne peuvent garantir des performances futures.

L’approbation de la SEC vient clore une passe d’arme administrative et juridique de 10 ans entre d’importants acteurs du marché financier comme VanEck, Grayscale ou Blackrock et l’autorité qui, pragmatique, a jeté l’éponge. Résigné, son président Gary Gensler a déclaré dans un communiqué de presse: « « Bien que nous ayons approuvé aujourd’hui la cotation et la négociation de certaines parts [d’ETF] Bitcoin au comptant, nous n’approuvons pas ni ne soutenons Bitcoin ». Dont acte.

Nul doute que la décision tant attendue est célébrée au siège des candidats à l’approbation. Quelles sont les motifs de cette décision? Et qu’en est-il de ses répercussions prévisibles ? Et plus largement que faut-il penser de la place de la philosophie Bitcoin dans cette évolution?

Les ETF Bitcoin spot entrent sur le marché boursier américain.

Une décision pragmatique


A l’occasion de son discours d’ouverture de l’Aspen Security Forum de 2021, Gary Gensler fustigeait le « Far West » de l’écosystème crypto. Stigmatisant l’absence de protection des investisseurs américains dans le secteur, il dénonçait une classe d’actifs « truffée de fraudes, d’escroqueries et d’abus de certaines applications ». Arguant de l’immaturité du marché et de la nécessité d’une cohésion règlementaire et législative non seulement aux Etats-Unis mais également avec le reste du monde, sa position normative reportait une décision favorable aux calendes grecques.

Force est de constater que les deux années qui ont suivi ont été émaillées de faillites, de scandales (FTX) et d’amendes record (Binance) révélant des failles dommageables dans le système de contrôle et de régulation de l’industrie crypto.
Pour autant, tout comme l’explosion de la bulle Internet en 2000 n’a pas éteint la révolution numérique, ces revers n’ont pas ralenti la demande mondiale galopante pour cette nouvelle famille d’actifs digitaux et l’arrivée sur le marché de nouvelles plateformes.

Une décision sous pression?


En août 2023, la justice américaine est saisie par Grayscale. Celle-ci contestait le refus de la SEC d’autoriser la conversion de son actif phare, le GBTC (Grayscale Bitcoin Trust) en ETF Bitcoin spot (au comptant).

Affaire SEC-Grayscale: un tournant juridique

La Cour d’Appel du district de Columbia a donné raison à la société d’investissements. En effet, la juridiction a estimé que la décision de la SEC était « arbitraire et capricieuse ». Elle a ainsi renvoyé dos à dos les deux parties vers de nouvelles discussions. Dans la foulée, le cours du Bitcoin avait grimpé de 5% traduisant une bonne réception par les investisseurs. En octobre suivant, la SEC choissait de ne pas faire appel du jugement.

A la suite de cette décision, les demandes d’approbation des ETF se multiplient, portant à 13 le nombre de sociétés candidates. La marge de manœuvre du régulateur pour maintenir sa position de refus s’en trouve réduite. De fait, elle porte davantage sur des points précis des demandes plutôt que sur des éléments clefs. D’autant plus que les ETF spots sont corrélés à 99% avec les ETF Bitcoin futures (portant sur des contrats à terme) déjà validés par l’autorité financière.

L’art de la guerre selon Gensler

Par ailleurs, on peut imaginer que Gary Gensler, familier de Bitcoin et des cryptomonnaies qui a dirigé des cours au MIT en blockchain et finance, opte pour une stratégie à la Sun Tzu. En intégrant l’ETF Bitcoin spot à la classe des actifs financiers traditionnels, il laisse entrer un loup dans une bergerie très régulée et sous surveillance.

L'ETF Bitcoin spot sur le marché boursier américain

En entrant ainsi en bourse, le Bitcoin “avant tout un actif spéculatif et volatil qui est également utilisé pour des activités illicites » « très réticent à se conformer à la loi » selon Gensler serait de facto obligé d’en respecter les règles.

Et maintenant quoi ?

Impact sur les particuliers des ETF Bitcoin spot


A partir de maintenant, sur le marché américain, les particuliers pourront théoriquement investir dans Bitcoin à travers les opérateurs financiers classiques (banques, courtiers, conseillers en gestion de patrimoine) de la même manière qu’ils achètent des actions. Ils n’auront plus à gérer les complexités de l’achat, du stockage et de la sécurité des cryptomonnaies ou à se confronter aux plateformes dédiées.

En tant qu’actifs, ils présentent un intérêt double:
– la diversification d’investissement,
– la simplicité et l’accessibilité au marché.
Cette intermédiation nouvelle implique aussi des frais nouveaux.
Dans les faits, l’accès aux ETF Bitcoin spot n’est pas aussi évident qu’annoncé.

Certains fonds, comme Vanguard qui gère 50 millions de portefeuilles, ont annoncé leur refus de proposer ce nouvel actif. Ils invoquent sa volatilité élevée qui “[…] va à l’encontre de notre objectif d’aider les investisseurs à générer des rendements réels positifs sur le long terme.”. Cette décision a entraîné un flot conséquent de clôture de comptes.

D’autres, à l’image de Merrill Lynch, Citi Bank et UBS, fixeraient des droits d’entrée prohibitifs. Les montants de 10 millions de dollars pour la première et 50 millions pour la troisième provoquent l’ire de certains investisseurs sur X.

Enfin, plusieurs banques ont évoqué un délai long pour approuver et intégrer des ETF à leur offre.

Impact sur le marché des ETF Bitcoin spot

De manière plus globale, le revirement de position de la SEC va impacter le volume de liquidités sur le marché. D’après un rapport de la firme d’investissement Galaxy Digital, le flux de liquidités supplémentaire injecté dans le marché pourrait atteindre 14 à 38 milliards. La banque Standard Chartered dans une note du 8 janvier, pronostique 50 à 100 milliards de dollars supplémentaires portant, selon elle, le cours du BTC à 100 000$ fin 2024.

Les répercussions de la décision dépassent le seul Bitcoin. L’annonce de la SEC a provoqué de fortes fluctuations sur son cours. Par ailleurs, le contexte général a bénéficié à d’autres cryptoactifs dont l’Ether (ETH). L’ETH est construit sur une blockchain distincte de Bitcoin, Ethereum. Contrairement à Bitcoin, Ethereum n’est pas seulement une monnaie numérique. Elle est aussi une plateforme qui permet la création de contrats intelligents (smart contracts) et d’applications décentralisées (dApps), ouvrant ainsi la voie à des utilisations plus larges de la blockchain.

En 24h le cours de l’Ether a fait un bond de 11.5%. Au-delà de l’émulation contextuelle du marché, on peut aussi attribuer cette manifestation de confiance dans l’actif au suspense de la décision de la SEC quant à l’approbation de l’ETF Ethereum spot porté par Grayscale. A cet égard, le processus suit celui de Bitcoin. Après de multiples reports, l’autorité américaine annoncerait la suite qu’elle donnera au dossier le 25 janvier prochain.

Cours de l'Ether

Les risques induits


Fidèle à sa ligne de défense des consommateurs et investisseurs particuliers, le 6 janvier, un communiqué de la SEC préalable à sa décision a mis en garde contre le FOMO (Fear Of Missing Out) que l’on peut traduire comme la crainte de rater une opportunité.

Au cœur de sa campagne de sensibilisation à l’investissement raisonné dans les cryptos, le slogan « No GO to FOMO » avertit les investisseurs contre les risques associés aux investissements en ligne et aux cryptomonnaies. Dans son viseur, certaines familles de cryptos comme les NFT, les actions mèmes dont les cours – souvent très volatils – sont artificiellement influencés par leur popularité notamment sur les réseaux sociaux.

Néanmoins, Brian Armstrong, dirigeant de Coinhouse, a salué la décision de la SEC. Dans un article de blog, il déclare:

« L’approbation par la SEC de 11 ETF spot Bitcoin, dont huit sont en partenariat avec Coinbase, est un moment décisif pour l’expansion de la crypto économie (…) Les ETF Spot Bitcoin introduits par les plus grands gestionnaires d’actifs du monde débloqueront des pools diversifiés de nouveaux investisseurs pour stimuler la croissance à long terme et l’innovation de produits. »

"La Vérité, c'est le juste milieu entre deux contradictions" Proverbe chinois


Les positions divergentes de l’agence américaine et des entreprises du secteur sur le Bitcoin et les autres cryptoactifs posent en creux un risque systémique. Par conséquent, un équilibre entre l’impératif de protéger les investisseurs et la liberté des entreprises d’opérer dans le cadre de la loi doit être trouvé.

Cette décision pose une autre question, loin d’être rhétorique. L’adoption globale du Bitcoin, la création d’un ETF et l’achat subséquent de bitcoins par les institutions ne vont-ils pas à l’encontre de la philosophie de Bitcoin, celle-là même qui en fonde le caractère révolutionnaire et libertarien ?

La philosophie Bitcoin prône les transactions libérées de toute intervention de tiers de confiance et de ce fait les échanges de pair à pair débancarisés. On ne peut que constater que les ETF portent un coup à ce principe fondamental. Est-ce une fatalité due à la nécessaire sécurisation des marchés? À l’approche du halving, la question fait encore débat.

équilibre liberté d'investir et régulation