21 Millions ou presque

Qui n’évoque pas Bitcoin sans mentionner sa limite d’émission à 21 millions ? Il n’y aura jamais plus de 21 millions de bitcoins !’ nous dit-on, souvent avec emphase.

En réalité, et quel que soit l’angle sous lequel on se place, il y en aura toujours moins. Voici pour vous, chers lecteurs, quelques petites friandises sur ce sujet. Et pardon d’avance aux réfractaires, car nous ferons un peu de mathématiques. Nous allons nous pencher sur la formule la plus inspirante du code Bitcoin, celle dont l’implication monétaire déflationniste fait de son jeton un objet de plus en plus rare à mesure que le temps passe, celle surtout dont l’exécution pratique est un modèle de confiance déterministe :

Ou si vous le préférez ainsi : ‘Sigma de n’allant de 0 à 32 pour 210000 fois 50 sur 2 exposant n’

‘n’ étant le nombre de divisions par deux de la récompense pour le minage, aussi appelé ‘halving’.

21 millions: une théorie déjà éloquente


Que nous dit cette formule ? D’abord, qu’elle est assurément mathématique : elle s’applique donc de manière neutre et automatique, indépendante de l’engouement pour Bitcoin et de la valeur de son jeton, mais surtout de toute autorité qui souhaiterait en manipuler la circulation ! Elle permet une émission préprogrammée, à tout moment, prévisible et non modifiable.

En détail, elle nous explique :

  • Qu’il y aura 32 halvings au total (nous en sommes actuellement au troisième). C’est donc une formule FINIE, même si son dénouement est encore loin. (Pourquoi 32 et pas 33 ? Nous y reviendrons à la fin…)
  • Que nous commençons à 50 pour la récompense et que celle-ci est divisée par 2 exposant le numéro de halving à mesure que le temps passe (actuellement 50/2³ soit 6,25)
  • Que la période entre chaque division est de 210 000 blocs.

L’unité temporelle dans Bitcoin est exprimée en ‘bloc’. Le système se calibre et s’autorégule pour qu’un bloc soit écrit toutes les 10 minutes en moyenne (et précisément 10 minutes/bloc sur 2048 blocs). Ce n’est pas anodin : cela permet d’établir et de programmer de manière fiable un rythme régulier. 210 000×10 minutes nous donnent alors une durée calendrier d’un petit peu moins de 4 années.

Selon cette formule, le dernier bloc sera donc miné à l’issue du 32ᵉ halving, soit en 2140. Mais surtout, le calcul de cette formule démontre que le résultat N’aboutit PAS à 21 millions ; opérez-le et il ne vous retournera au final que 20 999 999,9769. C’est donc mathématique, il n’y aura JAMAIS 21 millions de bitcoins.

21 millions: une pratique subtile

Et en réalité, il y en aura encore moins. Le code de Bitcoin intègre cette formule en son sein et les mineurs doivent s’y soumettre s’ils veulent que leur bloc soit pris en compte par le réseau. Mais il y a une petite subtilité. Chaque mineur constitue lui-même son bloc en y plaçant des transactions en attente ET en ajoutant une transaction qui mentionne sa possible récompense, la fameuse ‘coinbase’.

Ensuite, il se lance dans la fastidieuse tentative de résolution d’une image réciproque de hashage pour son bloc, en espérant être le premier à trouver la solution. Si c’est le cas, son bloc sera placé à la suite de la blockchain, rendra sa coinbase légitime aux yeux du réseau et lui octroiera réellement les nouveaux bitcoins en récompense… Sauf qu’il n’est pas obligé de réclamer l’entièreté de la récompense

De fait, si techniquement un bloc est d’office rejeté lorsque sa coinbase indique une récompense plus élevée, il ne l’est pas lorsque celle-ci est inférieure au nombre attendu. Il sera bel et bien accepté. Folie ! Direz-vous. Accomplir un travail pour une récompense délibérément réduite… Qui ferait cela ? Figurez-vous que c’est déjà arrivé : au bloc n°124723, miné le 18 mai 2011, un mineur inconnu s’est octroyé une récompense de 49,99 bitcoins au lieu de 50. Expérimentation ? Geste militant ? Allez savoir. Mais le fait est que, dès lors, le nombre final de bitcoins réellement émis sera encore inférieur à ce que la formule a prévu.

Remarque : il existe un autre cas, plus subtil, où le mineur a délibérément détruit les frais de transactions dans son bloc. Mais cela nous éloigne du sujet…

21 millions: une philosophie du désir


La beauté de cette formule, c’est son caractère asymptotique : comprenez une progression géométrique qui démarre très fort, accélère très fort pour ensuite ralentir tout aussi fort et finir sur une montée de plus en plus lente, presque plate. Visuellement, cette courbe évoque ‘ Γ ‘, le gamma majuscule de l’alphabet grec.

Qu’en déduire ? Que malgré une trajectoire qui nous mène jusqu’en 2140, le nombre de bitcoins actuellement minés est déjà important par rapport au nombre final. Au moment d’écrire ces lignes, il existe plus de 19300000 bitcoins émis sur la blockchain, soit presque 92 % du total.

Cette loi de distribution a permis la mise à disposition très rapide d’une grande majorité des jetons, la réalisation d’un (cyber) espace économique dédié, la gratification de l’intérêt accordé par les premiers adoptants. Et vu le succès, une incitation extrêmement forte à s’impliquer pour essayer d’obtenir les derniers – qui seront distillés de plus en plus lentement.

C’est une idée de génie, quasiment machiavélique : il y avait beaucoup de bitcoins à obtenir au début, quand ils valaient très peu, et moins, terriblement moins, à mesure que le temps passe et qu’ils valent de plus en plus. Ce qui alimente à la fois leur rareté, mais aussi leur désirabilité.

Perdus corps et âmes

Ajoutons enfin les bitcoins dont les clés privées furent perdues. Ils sont estimés à 20 %, principalement oubliés pendant les premières années où la plupart furent traités avec nonchalance. Un cinquième ! Ce n’est pas rien…Il y a aussi les bitcoins minés par Satoshi lui-même et qui n’ont pas bougé depuis fin 2011, depuis qu’il a cessé de communiquer. Ils sont plus d’un million. Tous ces bitcoins demeurent bien présents dans la blockchain, mais sont irrécupérables, plus jamais transférables, comme ‘figés’. La sécurité cryptographique est à ce prix.

Sont-ils devenus inutiles au système ? Pas complètement, car leur perte a entraîné une sorte de concentration de valeur vers les 80 % restants, par un procédé que nous pourrions considérer proche de la déflation. Finalement, nous obtenons le nombre de bitcoins en circulation et transférables – ‘utilisables’ dirons-nous : 17 millions, au doigt mouillé. Est-ce un problème d’avoir si peu d’unités monétaires ? Non, car en vérité, il y en a beaucoup plus. Une centaine de millions de fois plus.

Satoshi est innombrable


Car un bitcoin, ça n’existe pas. Vous ne trouverez nulle part, dans le code ou dans le système, une chose telle qu’elle se nomme ‘bitcoin’. Vous ne trouverez que des Satoshi. En réalité, tout se compte et s’échange en Satoshi dans ce réseau. Et le Satoshi, c’est la plus petite unité du système, mais c’est aussi LA SEULE UNITÉ QUI EXISTE RÉELLEMENT dans le protocole.

À partir de lui, tout n’est qu’une question de table de conversion. Un bitcoin, c’est cent millions de Satoshi. Un millibitcoin, c’est cent mille Satoshi. Etc. Pour des raisons pratiques, on a longtemps compté en bitcoin et on le fait encore. Mais qui sait, un jour, tout le monde comptera en Satoshi…

En attendant, le nombre réel d’unités monétaires du système s’élève alors – toujours au doigt mouillé – à 1700 000 000 000 000 de Satoshi. Il y a donc largement de quoi faire jusqu’en 2140 !

… Et pourquoi n’y a-t-il que trente-deux halvings dans la formule mathématique ? Parce qu’un trente-troisième ferait en sorte que la récompense se fractionne SOUS le Satoshi, ce qui n’est pas possible. En conclusion, nous en conviendrons, il se cache bien des choses insoupçonnées sous ce ‘21 millions’ !


Le prix du bitcoin ? Des cycles !

delà

L’évolution du prix du bitcoin depuis sa première cotation jusqu’à ce jour est une histoire fascinante de volatilité, de sentiments exacerbés et d’adoption croissante.

Première cryptomonnaie à avoir reçu un taux de change, Bitcoin demeure dominant dans le ‘marché crypto’. En cela, il constitue une interface incontournable avec le monde financier traditionnel, suscitant un intérêt grandissant de la part de ses acteurs.

Une fois n’est pas coutume, nous allons nous attarder sur l’évolution du prix du bitcoin depuis sa genèse jusqu’à nos jours.  Observer d’éventuelles tendances, phénomènes répétitifs ou exogènes nous mènera à nous livrer à l’exercice d’une vague prédiction.

Avertissement


Bien évidemment, le présent article n’est pas un conseil en investissement. Les performances passées ne peuvent garantir des performances futures.

Comme nous tentons de comprendre les facteurs qui ont contribué à sa progression à travers le temps, un petit résumé historique semble donc de mise.

Au commencement, jeton de pacotille


Les premiers jours du réseau et du jeton qui y circule ont surtout été marqués par la curiosité et l’expérimentation.

Tournant en circuit pratiquement fermé au sein d’une petite communauté de spécialistes de la cryptographie, l’éventualité d’un prix n’était alors qu’une préoccupation secondaire.

L’important était de contribuer, avec son créateur, à l’amélioration de son code. En le faisant tourner, on l’opposait à d’éventuels obstacles techniques afin d’en améliorer la robustesse.

Les premières transactions étaient donc gratuites et principalement réalisées entre expérimentateurs curieux. La demande générée n’a pas été énorme.

Le minage s’opérait alors avec de simples ordinateurs domestiques étant donné que la puissance de calcul nécessaire était encore marginale.

L’étape du prix de revient

Le 17 mars 2010, Bitcoin sort officiellement de ‘l’entre-soi’.

Un premier échange documenté s’opère sur la tristement célèbre plateforme Mt. Gox, basée à Tokyo, au Japon. À l’époque, Mt. Gox était alors principalement utilisée pour l’échange de cartes Magic: The Gathering, un jeu de cartes à collectionner populaire.

Un utilisateur au pseudonyme de « dwdollar » publie une annonce sur le récent forum Bitcointalk. Il offre d’acheter 10 000 bitcoins au prix de 0,003 dollar la pièce – probablement l’équivalent de son prix de revient. Un utilisateur surnommé « jercos » répond à l’annonce et accepte la vente.

À l’époque, le bitcoin était évidemment très peu connu et sa valeur était d’autant plus faible.

Cependant, cette vente a ouvert la voie à d’autres transactions et au développement de bourses d’échange de plus en plus spécialisées et populaires.

(Mt.Gox deviendra plus tard la plus grande bourse d’échange de bitcoins. Elle fera faillite en 2014 en raison de problèmes de sécurité et de gestion par son PDG)

Cette époque a ajouté une couche de commodité qui a attiré plus de personnes vers Bitcoin. Le nombre croissant d’utilisateurs a commencé à faire monter le prix de son jeton.

"To the moon"


Première bulle – le risque

Peu de temps après, toujours en 2010, le Bitcoin connaît sa première bulle spéculative lorsque son prix passe de quelques centimes à plus d’un dollar en l’espace d’une poignée de mois.

Cette flambée du prix a été alimentée par le début d’une attention médiatique et l’intérêt d’une toute première cohorte d’investisseurs à risque.

Cette bulle dégonflera finalement, ramenant le prix du Bitcoin à environ 0,30 Dollar.

Mais la pompe venait de s’amorcer…

Deuxième bulle – l’Asie

Les trois années qui suivront seront marquées par une stabilité relative du prix, avec des fluctuations mineures et une augmentation lente, mais assez constante.

C’est aussi l’apparition du premier matériel professionnel spécifiquement dédié au minage (l’ASIC Miner de Avalon).

En 2013, Bitcoin recommence à attirer une attention accrue de la part des médias et des investisseurs. En avril, son prix explose subitement. Il atteint près de 260 dollars, donnant le coup d’envoi à une nouvelle bulle spéculative. Cette fois-ci, la demande en provenance d’investisseurs asiatiques joue un rôle majeur. Elle pousse le prix d’un bitcoin à des niveaux sans précédent.

Des traders professionnels commencent à considérer le bitcoin comme un investissement lucratif, attirés par ses rendements potentiels élevés et sa volatilité.

La crise chypriote et les difficultés économiques au sud de l’Europe sont un adjuvant possible à cette bulle.

Mais elle dégonflera à nouveau, entraînant une chute importante du prix.

En décembre 2013, le Bitcoin s’échangeait autour de 1200 dollars. Mais en février 2014, il était retombé en dessous de 200 dollars.

Cette volatilité sera attribuée à la saturation du marché, à la réticence des commerçants à accepter Bitcoin et au début d’une réglementation par certains états.

Troisième bulle – l’institutionnel

Les années suivantes, le prix continuera de fluctuer considérablement, mais sans atteindre les sommets de 2013.

Il faudra attendre 2017 et une nouvelle vague d’intérêt pour en propulser le prix à des niveaux records. Le bitcoin passe alors de moins de 1000 dollars en janvier 2017 à près de 20 000 dollars en décembre de la même année.

Cette flambée du prix semble avoir été principalement causée par l’arrivée de premiers investisseurs institutionnels. De fait, des fonds spéculatifs et des milliardaires charismatiques commencent à considérer Bitcoin tantôt comme alternative économique viable, tantôt comme objet formidable de spéculation.

Cette troisième bulle finit encore par dégonfler en 2018, ramenant le prix à environ 3000 dollars. Cette fois, la chute de prix aura été attribuée à la méfiance des investisseurs envers un possible durcissement de la réglementation, une multiplication des cyberattaques sur les plateformes d’échange et une vague de prises de profit de la part de premiers acheteurs.

En outre, certains commencent à connaître un peu Bitcoin. Ils s’inquiètent ouvertement de ses possibles limites techniques. La scalabilité et les frais de transaction, font douter de sa capacité à devenir une véritable monnaie d’usage.

Remarque


C’est à cette époque que le réseau de surcouche Lightning sera développé puis déployé.

Quatrième bulle – le refuge

Après sa correction de 2018, le prix du bitcoin connaît une période de volatilité relativement élevée, avec des hausses et des baisses drastiques, particulièrement au second semestre 2019, puis semble finalement se stabiliser dans une fourchette plus étroite.

La perception du marché commence à évoluer, le considérant tantôt comme une réserve de valeur similaire à l’or, tantôt comme une nouvelle technologie, un moyen potentiel de paiement décentralisé.

Il faut aussi noter que la vision du marché devenait bien plus complexe car, depuis la troisième bulle, la découverte du prix était ‘perturbée’ par l’essor d’une multitude d’autres cryptomonnaies, qui offraient – ou prétendaient offrir – d’autres fonctionnalités et des performances améliorées. On ne savait plus où donner de la tête.

En 2020, Bitcoin connaît une nouvelle phase de croissance spectaculaire après un très bref enfoncement. Cette fois, la pandémie de COVID-19 vient jouer un rôle d’amplificateur et de nombreux investisseurs cherchent une réserve de valeur alternative dans un environnement économique incertain.

Les ‘assouplissements quantitatifs’ assumés par les banques centrales depuis plus d’une dizaine d’années prennent un sacré coup d’accélérateur et renforcent l’intérêt pour des actifs non manipulables, voire décentralisés comme Bitcoin.

Le prix d’un bitcoin passe alors de moins de 5 000 dollars en mars 2020 à plus de 60 000 dollars en avril 2021, conduisant à une nouvelle vague de spéculation et d’attention médiatique.

Encore une bulle ? De plus en plus d’observateurs de marchés notent – enfin – des similitudes entre cette flambée de prix et les précédentes et s’interrogent : plusieurs bulles pour un même actif ?

En mai 2021, Bitcoin reperdra une bonne moitié de sa valeur par rapport à son sommet et fluctuera ensuite encore à la baisse.

Aujourd’hui, nous en sommes au même point…

À noter que le 7 septembre 2021, le bitcoin devient monnaie légale au Salvador et qu’en novembre 2022, la plateforme FTX fait faillite avec fracas (mais finalement avec des effets limités sur le prix du bitcoin).

Une succession de bulles


A l’évidence, Bitcoin ne vit pas une bulle, mais bien une succession de bullesà fréquence assez stable – pour des raisons logiques que nous allons explorer.

Avant toute chose, il demeure important de souligner que certaines des fluctuations du prix évoquées dans le résumé plus avant peuvent être attribuées à des événements exogènes tels que les réglementations gouvernementales, les annonces de sociétés majeures, de personnalités charismatiques, les vulnérabilités technologiques ou les problèmes de sécurité de plateformes.

Cependant, dans de nombreux cas, elles sont le résultat d’une combinaison de facteurs prévisibles, tels que l’offre et la demande, la perception en tant que réserve de valeur/moyen de paiement, l’adoption croissante et enfin la psychologie de marché.

Des facteurs qui s’exacerbent mutuellement et qui, nous le pensons, vont se représenter à nouveau dans le futur.

Le halving

C’est le facteur qui mérite d’être cité en premier.

À une fréquence de 210 000 blocs minés, la récompense par bloc est brutalement divisée par deux, ce qui provoque à la fois un choc de rentabilité pour les mineurs, mais également une raréfaction subie de nouveaux jetons disponibles à la vente. La demande vit sa vie, mais l’offre s’effondre de moitié. La conséquence prévisible est une augmentation importante du prix sur un marché qui se réajuste à cette nouvelle condition.

N’ayons crainte pour le réseau, car de leur côté, les mineurs anticipent : ils passent des contrats plurimensuels et accumulent une trésorerie de guerre pour supporter le choc.

Et de fait, on constate que les montées de prix sont à chaque fois consécutives de quelques mois au fameux halving.

Aujourd’hui, à lire certains commentaires sur les réseaux sociaux, la chose est devenue tellement sûre qu’elle paraît aller de soi. Demeurons cependant prudents, le marché aime se jouer des certitudes et, aussi efficace que soit le halving en tant que force de rappel, ses effets s’opèrent parfois avec un long décalage et de possibles fluctuations contraires.

Cours du BTC : Des influences plurielles


La macroéconomie

La valeur perçue de Bitcoin est fortement influencée par l’environnement économique en général.

L’inflation, les taux d’intérêt, l’évolution du dollar, les politiques monétaires ou encore l’instabilité économique mondiale jouent un rôle dans l’évolution de son prix. Chacune de ces données contribue tantôt à influencer l’appétit, tantôt le rejet des acteurs financiers pour le bitcoin.

De manière générale, on peut dire que cet appétit dépend de la présence d’une liquidité suffisante sur le marché.

Retirez-la et le prix trinquera en conséquence.

Mais si les banques centrales repartent en assouplissement et baissent les taux comme elles ont l’habitude de le faire depuis plusieurs années (car elles n’ont pas beaucoup le choix)… c’est open bar !

La psychologie

Comme pour tout actif financier, le sentiment du marché joue un rôle important dans l’évolution du prix du bitcoin. Cette psychologie présente un caractère répétitif observé.

De Minsky à Wickoff en passant par la courbe de Rodrigue, il a été démontré que tout marché se trouve en permanence influencé par des comportements irrationnels dominés par la peur, la cupidité, l’optimisme / le pessimisme, et ce, de manière cyclique.

Identifier le moment du cycle d’un marché est donc une donnée importante pour les investisseurs, car le prix du bitcoin en dépend.

Notons bien qu’à côté de cette psychologie irrationnelle, il y a quelque chose de particulier au bitcoin : ses similitudes avec le métal précieux.

Appelons cela de la ‘psychologie rationnelle’.

La perception de Bitcoin en tant que réserve de valeur alternative joue un rôle de plus en plus important, à tel point que d’aucuns le sacralisent déjà au même titre que l’or.

Nombreux sont ceux qui y voient une nouvelle forme de protection contre les politiques monétaires agressives mises en œuvre par les banques centrales, perception tout aussi renforcée par leurs récentes politiques récessionnistes.

Nous partageons ce point de vue et sommes convaincus que Bitcoin peut servir de couverture contre ces politiques au vu de sa quantité totale limitée à (presque) 21 millions d’unités qui en fait une forme de valeur rare et non manipulable.

L’adoption

Bitcoin attire de plus en plus d’utilisateurs et son adoption se fait progressivement, par périodes rapides, suivies de moments de respiration.

Cette adoption va parfois de pair avec des améliorations techniques. Par exemple, le réseau Lightning permet des petits paiements Bitcoin pratiquement instantanés et à très peu de frais.

Dans de nombreux endroits de la planète, des hommes et des femmes s’y intéressent. En effet, ils trouvent plus judicieux d’employer le jeton et son infrastructure que de faire appel aux solutions conventionnelles.

Certains états vont jusqu’à l’envisager en tant que monnaie légale (à ce jour, seul le Salvador a sauté le pas). D’autres essaient de contraindre leur population en l’interdisant, mais avec des résultats plus que mitigés.

Bien évidemment, cette adoption crée un nouveau besoin qui entraîne à son tour un ajustement du prix à la hausse.

Nous pensons que si cette adoption atteint une masse critique, le prix du bitcoin commencera à croître de manière plus linéaire et à beaucoup moins fluctuer.

L’ossification

L’ossification du bitcoin sur les marchés financiers avance de concert avec son adoption.

Elle fait référence à sa présence désormais de plus en plus habituelle dans les portefeuilles et à sa maturation croissante. Avec un volume et une capitalisation boursière de plus en plus élevés, les mouvements de prix sont régulièrement décorrélés des actifs traditionnels. Un objet de diversification qui a prouvé sa résilience par le passé, un outil d’investissement contribuant à augmenter la demande.

La réglementation croissante joue aussi un rôle important : des pays ont adopté une législation plus claire et moins restrictive concernant Bitcoin, ce qui a renforcé la confiance des investisseurs. Ces dispositions légales ont pour objectif d’écarter les acteurs peu scrupuleux du marché, ce qui a un impact positif sur la perception de Bitcoin.

Enfin, le développement d’infrastructures financières plus solides autour de Bitcoin permet une meilleure gestion des risques et une meilleure liquidité sur les marchés.

(N’oublions tout de même pas si vite la débandade de FTX…)

Aujourd’hui encore, un nombre croissant de demandes de titrisation (ETF Bitcoin) par des acteurs majeurs du marché US monopolise la scène médiatique.

Conclusion


Au-delà de certains événements exogènes indéniables, les schémas de croissance et de correction du prix du bitcoin mettent en évidence un caractère cyclique avéré.

En examinant attentivement l’historique du bitcoin, on peut identifier que ces tendances se répètent généralement par périodes approximatives de 4 à 5 années. En effet, elles sont influencées par un certain nombre de facteurs économiques et psychologiques.

Outre un cycle évolutif d’offre et de demande dû au halving et à son adoption progressive, les mouvements de prix du bitcoin sont, comme tous les autres, influencés par des facteurs psychologiques et comportementaux. Ces derniers peuvent varier en fonction de la perception du risque et de la confiance. Par ailleurs, leur durée semble assez bien correspondre avec les autres facteurs.

Lorsque le prix du bitcoin recommence à augmenter au moment propice, cet ensemble de facteurs s’aligne pour porter le prix de plus en plus haut. Ceci explique la répétition de bulles que l’histoire de Bitcoin nous montre clairement.

Prédiction

Il est difficile de donner une perspective de prix précise pour Bitcoin. Mais, en demeurant raisonnables et en nous basant sur ce qui précède, nous pouvons malgré tout estimer plusieurs choses.

La première, c’est qu’une ‘nouvelle bulle’ devrait se présenter à nous courant 2024-2025.

Deuxièmement, que l’augmentation du prix devrait être plus modérée (attention : en indice multiplicatif !)

Enfin, que l’intensité des fluctuations du prix devraient progressivement diminuer. Au début du bitcoin, la volatilité journalière pouvait être de 90 pourcents.

Bien sûr, tout ceci est avancé sous réserve d’événements exogènes imprévisibles.

Voyons si l’avenir nous donne raison…

Cours Bitcoin


Visuel représentant un conflit entre les mineurs Bitcoin

La guerre des blocs

Dans le présent article, nous revenons sur une période particulièrement tumultueuse qui a sévi sur Bitcoin en 2017 et dont le dénouement se situa au mois d’août de la même année.

Nous allons parler de désaccords, de divisions, de trahisons parfois, de solutions extrêmes, d’échanges à la limite de la correction, de ‘forks‘ puis finalement d’une lente et progressive victoire du bon sens, décidée par la majorité ; bref, une véritable guerre technique et idéologique… qui finit bien : la ‘guerre des blocs’.

Gonflé ‘à blocs’


Un conflit latent existait déjà depuis longtemps chez les bitcoineurs, alimenté par des désaccords sur la meilleure façon de faire évoluer le réseau Bitcoin afin de répondre à sa croissance et améliorer ses performances.

Au centre de la polémique se trouvait la taille maximale des blocs de la blockchain.

Pour rappel : la taille du bloc fut limitée à 1 Mb afin de garantir le modèle de sécurité de Bitcoin par la décentralisation, ceci combiné à une preuve de travail ajustable faisant ‘découvrir’ la solution au puzzle d’un bloc toutes les 10 minutes en moyenne. La contrepartie, c’est qu’une telle taille de bloc à cette fréquence relativement basse limite le nombre de transactions inscrites au registre à environ 7 par seconde, ce qui est totalement insuffisant pour un passage à une plus grande échelle d’adoption.

Et à cette époque déjà, le nombre de transactions atteignait régulièrement la capacité limite du réseau à les traiter, ce qui provoquait des retards de validation et des frais de transaction élevés.

Deux grandes écoles


Pour remédier à ce problème, une proposition originale, mais assez élaborée, poussée par des développeurs et appelée Segregated Witness (traduire ‘témoin séparé’ ou SegWit) avait été introduite.

SegWit consistait à réorganiser la structure interne du bloc en séparant (‘segregate’) les données de transactions des données de signatures (‘witness’), ce qui permettait d’assouplir la capacité de traitement et d’ouvrir la voie au réseau de surcouche Lightning.

Malgré un certain consensus autour de l’introduction de SegWit, il demeurait toujours des désaccords sur la manière de le mettre en œuvre, poussés par des incertitudes techniques.

Généralement, les plus techniciens favorisaient SegWit pour Lightning alors qu’en face, certains membres influents de la communauté proposaient d’augmenter simplement la taille des blocs pour permettre plus de transactions.

Les désaccords furent tels qu’ils donnèrent lieu à une division dans la communauté Bitcoin, avec deux factions émergentes : ceux qui soutenaient une augmentation, fixe ou variée, de la taille des blocs, connus sous le nom de « bigblockers » et ceux qui soutenaient SegWit, connus sous le nom de « segwiters ».

Les premiers avançaient en ordre dispersé : plusieurs groupes travaillaient sur des solutions spécifiques : d’abord Bitcoin XT qui prônait un passage des blocs à 8 Mb mais qui fut abandonné au profit de Bitcoin Classic à 2 Mb, Bitcoin Unlimited qui supprimait la limite en taille et la remplaçait par un vote dynamique des mineurs, le fork Bitcoin Cash à 8 Mb, etc.

Mais pour prendre action, tous en appelaient aux mineurs qui, selon eux, constituaient les véritables décisionnaires dans cette affaire. La balance pencherait là où irait la puissance de calcul.

Sauf que Bitcoin n’a pas de véritable dirigeant capable d’imposer sa décision et la majorité des mineurs restait prudente… on touchait à leur fonds de commerce.

Instinctivement, les mineurs pouvaient sembler favorables à des blocs plus grands mais cette logique n’était pas si implacable : le choix demeurait hasardeux et une proportion non-négligeable d’entre eux ne parvenait pas à prendre position.

Dès lors, le temps passant, nos deux factions continuaient de se disputer sans cesse sur les forums et les médias, se renvoyant arguments et contre-arguments, provoquant une véritable guerre des mots et des idées, souvent vitriolés et allant parfois même jusqu’aux attaques personnelles entre membres de la communauté.

L’annonce de futurs forks de Bitcoin, envisagés par des ‘bigblockers’ parmi les plus orthodoxes, ne fit que rajouter de l’huile sur le feu.

Rappel : un « fork » est essentiellement une scission dans le réseau, où une version du Bitcoin existant diverge en deux versions distinctes avec de nouvelles règles.

Le fork le plus connu de cette guerre des blocs est Bitcoin Cash qui, bon an mal an, survivra en tant que cryptomonnaie du top 20 et ce malgré encore un fork ultérieur.

Ceux préférant SegWit envisageaient quant à eux une mise en place directe sur le réseau principal.

Le conflit était à son paroxysme.

Bonne ou mauvaise pour les affaires ?


Cette guerre des blocs a aussi eu des conséquences financières importantes pour les détenteurs de Bitcoin.

L’incertitude entourant ce conflit a contribué à la volatilité des prix du bitcoin en 2017, en plein marché haussier, avec des augmentations et des baisses parfois spectaculaires.

Pour certains investisseurs, ce conflit était de mauvais augure et ils craignaient même pour l’avenir du réseau. En outre, ils anticipaient de faire face à des soucis de gestion lorsque des forks tels que Bitcoin Cash seraient introduits, créant de nouvelles cryptomonnaies incompatibles.

Le débat s’était donc étendu au monde des investisseurs et des traders, les premiers appréhendant le risque et les seconds l’appréciant.

Mais une chose demeurait évidente pour ce petit monde des affaires : personne ne voulait voir Bitcoin se briser en mille morceaux.

Une histoire de BIPs

Concrètement, dès le début, une version du logiciel Bitcoin modifiée ainsi qu’un BIP avaient déjà été proposés par des développeurs pour tenter l’adoption d’une mise à niveau (rappel : le BIP pour ‘proposition d’amélioration de Bitcoin’ est un document qui propose une modification motivée du code de Bitcoin) ; malheureusement, elle plafonnait à moins de 30 % d’adhésion et ne semblait plus pouvoir évoluer. De toute évidence, les lignes ne bougeaient plus.

Il faudra plusieurs mois et un enchaînement assez complexe, une imbrication de différents autres BIPs, dans les détails desquels nous n’allons pas rentrer.

(Pour en savoir plus, un excellent livre sur le sujet est ‘The Blocksize War’ de Jonathan Bier)

Clairement, l’enjeu de ceux-ci était de motiver un maximum de mineurs à signaler leur accord pour SegWit – ou pas – mais tout en avançant très lentement par peur de scissions malencontreuses.

Un BIP fut néanmoins particulier et mérite notre attention : en mars 2017, un développeur au pseudo de ‘Shaolin Fry’ publia une proposition originale qui, si elle était acceptée, contenait une condition particulière activant automatiquement – mais indirectement – SegWit au 01 août.

On l’appellera ‘UASF’ (voir plus loin). De notre point de vue, cette proposition contribuera énormément à la résolution du conflit.

Lentes et douloureuses tribulations


Après quelques campagnes pour ou contre des BIPs, des victoires et des déconvenues dans les deux camps, une forme d’apaisement émergea enfin grâce à un compromis connu sous le nom de « New York Agreement » ou « SegWit2x« , un accord qui prévoyait dans un premier temps l’activation de SegWit selon l’idée de Shaolin Fry et ensuite une augmentation de la taille des blocs à 2 Mb en novembre 2017 via un hard fork.

Plus tard, la partie ‘2 Mb’ de ce compromis sera abandonnée en raison de désaccords persistants sur cette augmentation de taille.

Mais la première partie sera un succès grâce à l’UASF.

Une anarchie démocratique

Le User Activated Soft Fork (traduire ‘soft fork activé par les utilisateurs’ ou UASF) est un concept essentiel dans le fonctionnement de Bitcoin. Il représente le pouvoir que possèdent les utilisateurs de participer activement à une mise à niveau du système.

Malgré l’absence d’un consensus clair sur des blocs plus grands ou sur SegWit, l’adoption de ce dernier a finalement progressé dans les faits avec la prise en charge par un nombre grandissant de nœuds.

Un UASF est assez simple à initier, il suffit de charger un logiciel de nœud complet mis à disposition, qui exécute les nouvelles règles de la mise à niveau proposée.

Dans ce cas précis, il s’agissait d’une règle particulière qui rejetterait à un moment donné les blocs n’ayant pas le format ‘SegWit’. Les utilisateurs pouvaient de surcroît signaler leur soutien à la mise à niveau en ajoutant leur adresse Bitcoin à une liste publique.

Une caractéristique très intéressante derrière cet UASF, c’est de faire en sorte que ceux qui rechignent à activer la mise à niveau souhaitée soient finalement contraints de suivre, par l’incitation économique, si les nouvelles règles sont bel et bien adoptées par la majorité.

Le pouvoir ultime de prise de décision se trouvait donc entre les mains du réseau lui-même.

À première vue, cela semblait être un sacré coup de poker, une approche audacieuse, mais néanmoins nécessaire. Considérant le clivage qui existait à l’époque au sein de la communauté, cet UASF n’était pas sans risques : il aurait pu aboutir à un fork contentieux qui aurait maintenu en activité deux chaînes de blocs Bitcoin distinctes, chacune avec ses propres règles et jetons.

Heureusement, une masse critique fut progressivement atteinte et dès lors, il devenait de l’intérêt de tous, même des mineurs indécis, de procéder à l’activation de SegWit.

Ce qui fut fait le 24 août 2017.

In fine, le réseau a signalé qu’il était pour SegWit et qu’au moins 80 % de la puissance de calcul l’avait rejoint. SegWit serait directement activé, sans autre forme de procès.

L’ UASF a bien démontré sa pertinence et son utilité dans ce contexte : il a prouvé qu’il était un outil important et puissant pour permettre aux utilisateurs de faire eux-mêmes des choix fondamentaux pour l’avenir de Bitcoin.

C’est cela qui mit réellement un terme au conflit : une action assez bien coordonnée du réseau, appuyée par un UASF.

Epilogue


Ainsi s’acheva notre ‘guerre des blocs’.

L’activation de SegWit fut lente et douloureuse, mais elle finit par avoir lieu et nous ouvrit la voie vers le réseau de surcouche Lightning qui permet désormais un nombre illimité de transactions Bitcoin, des micropaiements pratiquement instantanés et à très peu de frais.

Quelques irréductibles ‘bigblockers’ partirent se réfugier dans le fork Bitcoin Cash, accompagnés d’une petite fraction des mineurs. Ils se chamailleront encore après mais, étonnamment, Bitcoin Cash demeurera.

La morale de l’histoire

Théâtre de luttes pour donner une direction nouvelle et déterminante à Bitcoin, la guerre des blocs nous a montré des choses positivement intéressantes.

Tout d’abord, elle témoigne de la difficulté de modifier les règles de fonctionnement de Bitcoin si une partie du réseau manifeste des réticences. Un long processus de débats et de mises en avant d’arguments devient très vite nécessaire.

Ensuite, même si leur puissance de calcul assied la sécurité du protocole, ce ne sont pas les mineurs qui détiennent le pouvoir de décision ultime. Leur intérêt primaire est de suivre la majorité des utilisateurs dans une chaîne où ils pourront écrire des transactions et empocher des récompenses et des frais.

Enfin, les simples utilisateurs sont en capacité de participer à la détermination des choix stratégiques pour le réseau.

À ceux qui critiqueraient ces longs tâtonnements, nous répondons qu’ils sont la conséquence – et même la marque – d’une véritable démocratie active, rendue nécessaire par le consensus décentralisé et l’impératif économique.

Là aussi, Bitcoin excelle et constitue un modèle du genre.


Bitcoin à la vitesse de l'éclair

Encore un poncif


‘Bitcoin n’est pas une bonne monnaie pour des échanges en masse et à très peu de frais. On ne peut pas payer son café avec’.

Nous l’avons vu, le modèle de sécurité et de décentralisation de la reine des cryptomonnaies est conçu sur une base fixe et raisonnable de la taille des blocs afin de permettre à n’importe qui sur le réseau de l’enregistrer.

Pour être valide, un paiement doit être écrit dans un bloc et cette opération dure une dizaine de minutes en moyenne.

Nous savons aussi que l’écriture d’une transaction dans un bloc fait l’objet d’un marché annexe d’offres et de demandes pour les frais de mineurs, le placement des transactions dans le bloc à venir étant priorisé aux utilisateurs offrant le plus de ‘pourboires’, décidant eux-mêmes du degré d’urgence du paiement.

En pratique, le réseau Bitcoin seul permet environ 7 transactions par seconde pour des frais variant à des équivalents de 0,50 à parfois 20 euros en fonction de l’engorgement de la mempool (et de la taille de transaction).

‘Pas très efficace pour une monnaie qui se veut universelle’ entendons-nous encore sur les plateaux télés…

… Déjà résolu !

En vérité, ce problème – dit ‘de scalabilité’, entendez : passage à une plus grande échelle – est résolu depuis 2018 et opérationnel depuis 2019 !

La solution trouvée est un réseau de surcouche, c’est-à-dire déployé parallèlement au réseau Bitcoin, qui prend et délivre des informations sur la blockchain Bitcoin, mais qui fonctionne indépendamment de celui-ci.

Son nom : ‘Lightning Network’ ou ‘Réseau Eclair’.

Une vieille idée


Selon la légende, Satoshi Nakamoto lui-même aurait écrit un morceau de code permettant à une transaction en cours d’exécution d’être modifiée au dernier moment par son initiateur, mais il ne l’aurait finalement pas intégré.

Vers 2013, cette idée est reprise dans un article, mais à l’époque, elle est considérée peu pratique, car elle ne fonctionne que dans un seul sens et présente d’autres limites techniques.

Finalement, en 2015, deux développeurs écrivent alors un document technique où le procédé est grandement amélioré et ses obstacles surmontés (Joseph Poon et Thaddeus Dryja – ‘Bitcoin Lightning Network : Scalable Off-Chain Instant Payments).

Dès 2016, 4 entreprises de l’écosystème crypto planchent alors sur une exécution pratique de ce procédé.

En 2018, comprenant que l’interopérabilité de leurs solutions est une clé pour la réussite, elles s’unissent pour produire une liste de standards open source, les BOLT’s – pour ‘Basis Of Lightining Technology.

Dans un monde où la concurrence est âpre, le fait est suffisamment rare pour être relevé et salué.

Ces BOLT’s sont accessibles à tous et n’importe quelle société désirant développer un projet sur Lightning peut les reprendre pour y être parfaitement compatible.

Mais de quoi s’agit-il ?

Lightning est un réseau qui s’appuie sur Bitcoin.

Il profite donc de son modèle de sécurité sans autorité de confiance.

Cependant, le protocole de Lightning fait usage pour lui-même d’autres règles et d’autres compromis.

Un point qui a toute son importance : les transactions effectuées sur Lightning sont de véritables transactions Bitcoin, valides et publiables à n’importe quel moment sur la blockchain Bitcoin, mais qui peuvent demeurer indéfiniment sur Lightning si on le souhaite.

Lightning permet des micropaiements Bitcoin, quasiment instantanés (quelques secondes au maximum) et à très peu de frais (de l’ordre de quelques satoshis).

Depuis l’arrivée de Lightning, Bitcoin pourrait désormais être considéré comme un gros coffre-fort et Lightning comme le véritable porte-monnaie.

Eh oui ! Aujourd’hui, il est tout à fait possible de payer sa baguette, son café ou sa bière en bitcoin !

Le canal de paiement


La brique de l’édifice Lightning s’appelle le ‘canal de paiement’.

Il s’agit d’une transaction particulière initiée sur la blockchain Bitcoin, qui transfère du bitcoin en pointant vers une nouvelle adresse un peu spéciale – dite ‘2/2’ – car partagée par deux copropriétaires.

Cette transaction obéit à des conditions spécifiques permettant d’ouvrir automatiquement une communication entre les deux interlocuteurs sur le réseau Lightning, appelée le ‘canal’.

Nos deux compères vont alors utiliser cette communication pour partager, selon des règles strictes, du bitcoin apporté dans la transaction initiale.

Ils vont se payer l’un l’autre en communiquant et se mettant d’accord – par les mathématiques – sur la manière dont les fonds se répartissent entre eux.

Comparons : imaginons partager à deux un ancien porte-monnaie (vous savez, ce vieux modèle avec un fermoir à deux boules).

À l’intérieur, il y a une séparation en tissu partageant en deux le contenu.

On peut décider que la partie de gauche appartient à l’un et celle de droite à l’autre.

Faisons alors passer les sous d’un côté à l’autre de cette séparation en fonction des paiements que nous nous faisons, à l’abri des regards indiscrets.

Un canal fonctionne aussi simplement que cela.

Chic et pas cher

La proposition du Lightning Network repose donc sur ce principe : ‘les canaux de paiement bidirectionnels’ qui sont à chaque fois établis entre deux parties qui souhaitent effectuer des transactions entre elles.

Ils permettent de s’envoyer des paiements autant de fois qu’on le souhaite sans avoir besoin d’afficher chaque transaction dans la blockchain Bitcoin.

Ces transactions sont mutuellement signées pour être valides et demeurent stockées dans le canal, hors de la chaîne de blocs.

Ainsi, nos deux participants peuvent continuer à effectuer des transactions autant de fois qu’ils le souhaitent (tant qu’ils disposent de fonds suffisants dans le canal, bien évidemment).

Il en résulte une réduction considérable de la congestion de la blockchain et rend possibles des paiements plus rapides, moins coûteux… Et aussi plus confidentiels.

À chaque fois, le solde de chacun est mis à jour à l’intérieur du canal au fur et à mesure que de nouvelles transactions sont effectuées et les répartitions précédentes font l’objet d’un échange de clés de révocation.

Cette mise à jour est cryptographiquement sécurisée à travers un mécanisme appelé ‘Hash Time-Locked Contracts’ ou HTLC.

Contrat à déclenchement différé


Lorsqu’une transaction est effectuée dans le canal, un contrat HTLC est créé.

Ce contrat spécifie une condition de délai pendant lequel la transaction peut être révoquée.

Si les bonnes conditions sont remplies dans les délais impartis, la transaction est validée et les fonds sont transférés au destinataire.

Sinon, les fonds sont retournés à l’expéditeur.

Magie des réseaux

Mais quel avantage aurions-nous à utiliser un canal à deux ?

Parce que ces canaux peuvent aussi communiquer en réseau, pardi !

Les paiements dans Lightning peuvent être routés et relayés à travers plusieurs canaux.

Par exemple, si A veut envoyer des fonds à C, mais n’a pas de canal direct avec C, A peut faire transiter par un canal de paiement avec B qui a un canal de paiement avec C.

C’est très simple : il suffit d’utiliser des contrats HTLC successifs, où chaque participant valide la transaction et transfère à la partie suivante ; de relais en relais, la transaction finit par atteindre le destinataire final.

Cela s’appelle le ‘paiement multi saut’ (‘multi hop’, en anglais)

Fermeture du canal


À un moment donné, si au moins un des participants ne souhaite plus utiliser Lightning et terminer ses transactions hors chaîne pour revenir sur Bitcoin, il peut créer une transaction de clôture qui va consolider les deux soldes du canal.

Cette transaction est ensuite diffusée sur la blockchain Bitcoin, où elle est confirmée et enregistrée… mais seulement après un certain délai.

La ruine du tricheur

Car attention !

Malheur à lui si c’est un petit filou qui a décidé non pas de publier deux soldes finaux corrects, mais une ancienne répartition qui lui est plus favorable, car dans ce cas l’autre partie dispose alors d’un temps réaction non-négligeable.

Pour quoi faire ? Pour prendre tous les fonds qui se trouvent dans le canal en utilisant les clés de révocations : c’est ‘la transaction de pénalité’.

L’honnêteté dans Lightning est garantie par ce risque de punition totale. C’est une arme de dissuasion massive, capable de faire tout perdre au tricheur.

Une confidentialité accrue

Un paiement effectué sur Lightning ne se voit pas sur la blockchain.

Sur cette dernière, on ne peut voir que la transaction initiale et celle de fermeture.

Tout le reste est enregistré dans le canal et connu uniquement des deux participants.

Cerise sur le gâteau, la communication entre les canaux se fait au moyen de ce qu’on appelle un ‘routage en oignon’, un procédé de communication par relais chiffré et très efficace (semblable à TOR, pour les connaisseurs).

De cette façon, un canal qui relaie un paiement ne connaît ni l’émetteur ni le destinataire de celui-ci, ce qui améliore d’autant la confidentialité.

En résumé


Lightning offre plusieurs avantages.

Tout d’abord, il permet d’effectuer des transactions instantanées, à la vitesse télécom, puisque contrairement aux paiements sur la chaîne de blocs principale qui nécessitent une confirmation des blocs, les transactions dans Lightning s’opèrent en dehors de la chaîne.

Ensuite, Lightning permet des frais de transaction considérablement réduits. Étant donné que les transactions sont effectuées hors chaîne, les frais associés à l’utilisation du réseau Bitcoin sont éliminés. Ces frais ne sont payés que pour l’ouverture et la fermeture des canaux, ce qui en fait une option très économique pour de petits paiements.

Enfin, Lightning offre une évolutivité accrue pour la taille de Bitcoin, son passage à une échelle ‘universelle’. Compte tenu du nombre limité de transactions que la blockchain peut traiter, il permet de réduire considérablement sa congestion en effectuant des transactions hors d’elle. Ainsi, Bitcoin peut gérer un nombre de transactions d’un autre ordre de magnitude sans compromettre la sécurité et la décentralisation du réseau.

Aujourd’hui, de plus en plus de commerçants acceptent Bitcoin et le paiement en Lightning, pour eux bien plus pratique et rapide.

C’est entre autres le cas de certains bars… Alors, à votre santé !

Contrairement à Bitcoin, la sécurité de Lightning repose sur le maintien d’une connexion active entre les participants. Si l’une des parties ne répond pas pendant une période prolongée, cela peut entraîner une immobilisation inutile de fonds pour l’autre partie.

Cela peut aussi entraîner une perte dans certains cas.

Heureusement, des mécanismes tels que le « Watchtower » ont été proposés pour résoudre ce problème en permettant à une tierce partie de surveiller plusieurs canaux de paiement et ainsi protéger les participants.


L'anonymat Bitcoin

Bitcoin est depuis longtemps présenté par ses détracteurs comme un système de paiement anonyme, permettant de réaliser des transactions illicites sur le darkweb’.

Drogues, armes, faux documents etc. seraient subitement devenus beaucoup plus faciles à se procurer grâce à cette ‘invention diabolique’… comme si le cash en dollars n’en faisait pas déjà assez ?

Pareille présentation ne devrait-elle pas suffire à nous en détourner séance tenante ?

A priori oui, mais en fait non. Et cela mérite que l’on s’y attarde.

Aujourd’hui, nous allons un peu soulager notre conscience rudement malmenée par ce poncif de comptoir.

Pas anonyme mais pseudonyme


L’anonymat et le pseudonymat sont des termes utilisés dans le contexte de la vie privée et des transactions en ligne. Cependant, on amalgame trop souvent le second avec le premier alors qu’ils présentent des caractéristiques et des implications très distinctes.

L’anonymat fait référence à l’état d’être inconnu ou non identifiable, où la véritable identité d’une personne est complètement dissimulée, impossible à déterminer.

Le pseudonymat quant à lui consiste à utiliser une identité ou un nom d’utilisateur cohérent, mais fictif, qui ne révèle pas la véritable identité.

Et le terme réellement pertinent à employer lorsqu’il s’agit de Bitcoin est ‘pseudonymat’.

De fait, lorsqu’on génère une adresse Bitcoin, on le fait sans divulguer la moindre information personnelle. Aucune vérification formelle d’identité n’est requise par le réseau pour créer cette adresse et donc aucune identification personnelle n’y est associée. Cela permet à un individu d’opérer sous le pseudonyme d’une adresse en effectuant ses transactions sur le réseau.

L’utilisateur de Bitcoin est donc ‘représenté’ par une adresse publique qui n’est a priori qu’une suite de caractères dérivée d’une clé publique.

Mais dès la première transaction, cette adresse se retrouve mentionnée sur la blockchain, visible de tous. Elle est en quelque sorte comparable à un numéro de compte dans un grand livre ouvert.

Or, la blockchain Bitcoin enregistre tout, n’oublie rien et tout le monde peut la scruter ; par conception, c’est entre autres cela qui permet de résoudre le problème technique de la double dépense.

Ainsi, bien qu’elle ne révèle pas directement l’identité de son propriétaire, une adresse sur la blockchain permet une traçabilité totale car elle expose publiquement toutes les transactions tenantes et aboutissantes qui lui sont associées.

Dès lors qu’un lien peut être établi entre l’identité d’une personne et cette adresse, son historique entier de transactions peut alors être dévoilé avec une simplicité et une facilité toutes informatiques.

Cela change beaucoup de choses.

Les chasseurs de prime


Depuis de nombreuses années, des sociétés se sont d’ailleurs spécialisées dans l’analyse des données de la blockchain et proposent leurs services à des tiers afin de les aider à découvrir les identités réelles des utilisateurs qui sont derrière certaines adresses… avec plus ou moins de succès.

Une des plus connues est la société américaine Chainanalysis.

En général, leurs clients sont des services administratifs ou de force publique, dont les propres données et techniques d’infiltration rendent possible le croisement de plusieurs faisceaux d’indices, à la fois intérieurs, mais également extérieurs à la cryptomonnaie, afin d’identifier le contribuable ou le justiciable. Ces sociétés agissent pour eux tels des chasseurs de prime.

Un sujet qui défraye actuellement la chronique dans ce domaine est le projet Arkham Intelligence, qui veut rendre l’analyse de la blockchain ‘à la portée de tous’, moyennant finances bien sûr et employant son propre jeton ARKM pour ce faire. Leur dernière idée fumeuse est la création d’une place de marché où les identités derrière les adresses pourrait faire l’objet d’offres et de demande…

Soyons-en bien conscients, nous laissons toujours des traces numériques. Elles vont de l’enregistrement sur un site à la caméra de surveillance de magasin, en passant par le fournisseur d’accès à internet.

Un anonymat complet est très difficile à atteindre, presque impossible ; et malgré de bonnes pratiques, voire même des précautions paranoïaques, il arrive toujours bien un moment où nous baissons notre garde et rendons quelques données exposables.

Un peu de protection tout de même


Cependant, la conception actuelle des portefeuilles Bitcoin permet aux utilisateurs de créer de nouvelles adresses pour chaque transaction, améliorant ainsi leur degré de confidentialité.

Ce processus, traduit de l’anglais par ‘évitement de réutilisation d’adresse’, rend plus difficile la mise en lien de plusieurs transactions entre elles.

En générant à chaque fois de nouvelles adresses, les utilisateurs Bitcoin peuvent partiellement ‘casser’ la traçabilité et rendre plus laborieuse la surveillance de leurs activités.

Mais même avec cet évitement, l’anonymat n’est jamais garanti, car des méthodes plus avancées et une analyse technico-légale peuvent toujours parvenir à révéler une identité derrière une adresse spécifique.

Bitcoin n’a pas été conçu pour nous garantir de rester anonymes, mais seulement pour nous apporter un degré de confidentialité suffisant eut égard aux services qu’il fournit.

Un investigateur motivé, muni des outils adéquats et disposant d’accès exclusifs à des bases de données administratives, parviendra probablement à ses fins.

La course aux armements

De leur côté, les développeurs n’ont de cesse d’améliorer la confidentialité des transactions.

Les uns ont mis au point des cryptomonnaies aux procédés rendant opaques les informations sur leur blockchain. C’est par exemple le cas de Monero ou encore celui de Zcash, dont les vertus de confidentialité sont vantées par Edward Snowden lui-même.

Mais leur efficacité est telle que certaines places de marché ont dû les délister sous la pression des régulateurs ! C’est une raison qui explique pourquoi elles sont si peu employées.

Les autres ont inventé des méthodes de mélange de jetons et d’adresses afin de rendre extrêmement difficile toute tentative de traçage.

En réponse, de nouvelles techniques ont été développées pour suivre et analyser les transactions Bitcoin de manière plus efficace, souvent avec la consultance de cerveaux ayant travaillé dans ‘l’autre camp’…

Ainsi, on est aujourd’hui capable d’utiliser l’analyse approfondie de réseau, les algorithmes de regroupement et d’autres méthodes d’investigation sophistiquées pour relier plusieurs adresses à la même activité, puis la même identité.

Que du bon sens


En fin de compte, le pseudonymat dans Bitcoin permet aux utilisateurs de séparer leurs transactions en ligne de leur identité réelle et demeure un outil utile pour préserver la vie privée… jusqu’à un certain point.

Avec du bon sens et une franche honnêteté, cette particularité devrait déjà attirer les gens préoccupés par l’utilisation abusive d’informations personnelles ou le suivi non autorisé de leurs activités personnelles.

Et, là où nous pensons immédiatement à des gouvernements totalitaires, nous omettons très souvent le marketing intrusif, qui est pourtant tout aussi délétère pour la vie privée.

En gros, Bitcoin peut bien nous protéger de la surveillance de masse, mais pas de la surveillance ciblée.

Enfin, pour les plus techniciens d’entre nous, pourquoi ne pas créer son propre nœud complet Bitcoin afin qu’il relaie nos transactions parmi les autres ? Combiné avec le réseau de communication TOR, il assurera un degré de confidentialité plus que correct.

Et de la tolérance

Ni l’anonymat ni le pseudonymat ne veulent forcément dire que l’on a quelque chose de répréhensible à cacher, à se reprocher. Une affaire privée, sensible, confidentielle doit pouvoir être respectée et ne pas être soumise au risque systématique d’être dévoilée.

Avec un accès trop facile à l’information, la tentation serait pourtant omniprésente.

Préserver sa vie privée est une bonne pratique et doit continuer à être considéré comme tel.

Une citation d’Edward Snowden résume bien cette idée :

« Prétendre que le droit à la vie privée ne vous intéresse pas car vous n’avez rien à cacher est comme le fait de dire que la liberté d’expression ne vous intéresse pas parce que vous n’avez rien à dire. »

Prise de conscience

Avant tout, il demeure essentiel de réaliser qu’un secret informatique n’est plus absolu depuis l’avènement des réseaux, que si la cryptographie protège efficacement, il y a cependant bien d’autres moyens de se faire découvrir, car nous laissons quantités d’autres traces par ailleurs.

Les criminels ayant employé Bitcoin s’en sont rendu compte bien trop tard…

Dans tous les cas, l’honnêteté et la prudence restent de mise.

Une histoire très médiatisée est celle de Silk Road, un site fermé par le FBI en 2013 et l’arrestation de son créateur, Ross Ulbricht. Les Services Fédéraux réussissent à mettre la main dessus grâce à l’infiltration d’agents et la découverte d’une adresse IP non masquée. Cette dernière mènera à des serveurs en Islande, puis au traçage des transactions sur la blockchainBitcoin.

En conclusion, Bitcoin est un outil monétaire généraliste, il respecte la vie privée de ses utilisateurs grâce au pseudonymat, mais il est une mauvaise monnaie pour couvrir des activités illicites.

Les dollars ou les euros en cash fonctionnent bien mieux !!!


Fork, la fourchette sceptique

Nous savons que le monde merveilleusement ésotérique de Bitcoin s’est doté d’un vocabulaire chamarré.

Déjà dans les articles précédents, nous avons été bombardés de toute sorte de termes nouveaux : minage, blockchain, hachage, clé, adresse, BIP, graine, phrase mnémonique, etc.

Et lorsque nous croyons enfin en avoir fait le tour, voici que l’on entend parler de ‘forks’.

C’est un fait, nous sommes loin d’en avoir fini. Quel monde passionnant !

Nous voilà repartis pour un petit tour dans le dico de la crypto.

Des forks, il y en a des souples, des durs, des temporaires et des durables.

Lorsque nous consultons des forums ou des podcasts spécialisés, nous relevons parfois les commentaires suivants : ‘Monero est plus démocratique grâce à son hard fork RandomX de 2019’

ou encore ‘Zcash est un fork de Bitcoin utilisant la technologie Zk-Snark’

Fork ? Quésaco ?

La fourche bifide


Techniquement, un ‘fork’ définit un moment particulier où peuvent coexister deux états différents d’une même blockchain.

On pourrait visualiser cela ainsi : la chaîne de blocs se sépare en deux de façon ‘bifide’, prend la forme d’une fourche à deux dents.

Cela arrive de temps en temps dans Bitcoin et encore plus souvent dans certaines autres cryptomonnaies.

À quoi cela est-il dû et quelles en sont les conséquences ?

Le cas du minage


Ce cas de figure particulier est certainement le plus trivial. Il se produit également dans d’autres cryptos.

Nous pouvons déjà le qualifier de ‘fork’.

Vu que Bitcoin est un réseau mondial, nous savons que la propagation d’une information met environ 15 secondes pour atteindre tous ses nœuds.

Endéans ce délai, il est tout à fait possible que deux mineurs A et B trouvent leurs solutions respectives de bloc et les diffusent chacun de leur côté.

Comme chaque solution A ou B est valide, les nœuds qui ont reçu d’abord l’information du mineur A vont la considérer comme légitime et accepter son bloc, tandis que ceux qui ont reçu en premier celle du mineur B l’acceptent tout autant.

Le réseau ‘se scinde’ alors, car nous avons bien là sur le réseau deux états différents de la chaîne, deux registres presque identiques excepté la dernière page qui diffère – le dernier bloc.

Heureusement, cette situation ne perdure pas, car dix minutes en moyenne plus tard, un mineur qui travaillait à partir d’un de ces deux blocs A ou B va trouver sa solution avant les autres, ajouter son bloc, rendre la chaîne plus longue de son côté et tous les nœuds s’aligneront alors sur lui, la récompense du bloc précédent A ou B sera finalement attribuée à celui qui l’a miné et il ne sera plus tenu compte de l’autre bloc (on l’appellera bloc ‘orphelin’).

La probabilité d’un tel cas de figure est faible (environ 2 à 3 fois par semaine).

La probabilité qu’il se reproduise consécutivement est infime et, de toute manière, le même processus de réalignement resterait d’application.

Ceci justifie pourquoi un mineur qui ‘gagne’ un bloc doit attendre un certain délai avant de pouvoir dépenser sa récompense et les pourboires (on ne sait jamais…)

Pour les transactions qui se trouvent dans le bloc A ou B, ce n’est pas tant un problème ; 99,99 % de celles-ci sont logiquement identiques dans les deux blocs car chaque mineur aura cherché à maximiser son gain en pourboires en sélectionnant prioritairement les mêmes.

Mais cela explique d’autant plus pourquoi il est toujours recommandé d’attendre de deux à six blocs après, pour la considérer comme ‘confirmée’ et irréversible.

Le paradoxe routier


L’autre cas de figure, bien plus visible et exposé sur les forums, se rapporte à un changement dans les règles du protocole.

C’est ici que les qualifiants ‘hard’ ou ‘soft’ prennent tout leur sens.

Nous savons que ces règles sont appliquées de manière automatique par l’exécution d’un logiciel ; elles sont d’office respectées par les machines afin de demeurer au sein du bon réseau et d’avoir des transmissions qui sont bien prises en compte.

Mais étant donné que notre réseau est libre et distribué, une partie ‘sceptique’ de celui-ci – majoritaire ou non – peut douter des règles actuelles et librement se mettre d’accord sur de nouvelles règles de protocole qui seraient d’application à partir d’un moment déterminé.

Si ces règles sont plus contraignantes, on parlera paradoxalement de ‘soft fork’ et si elles sont plus souples de ‘hard fork’.

Un peu bizarre, n’est-ce pas ?

Pour expliquer cette logique, voici une analogie didactique : les règles du protocole sont une sorte de code de la route, une liste de règles qui font loi afin que la circulation s’opère sans accidents.

Si nous décidons de modifier une règle, de sorte que la vitesse maximale qui était permise auparavant devienne désormais interdite, nous la rendons plus stricte. On parlera de ‘soft fork’.

Pourquoi ? Parce que les nouvelles règles demeurent dans le cadre des anciennes : si nous devons désormais rouler à maximum 90 km/h là où auparavant la vitesse maximale était de 120, nous respectons toujours bien la limite antérieure des 120, n’est-ce pas ?!

Par contre, si nous modifions une règle pour permettre une limite de vitesse moins contraignante, supérieure là où ce n’était pas possible auparavant, on parlera de ‘hard fork’ car les nouvelles règles sortent du cadre des anciennes : nous pouvons désormais rouler à 120 là où c’était maximum 90, nous ne respectons plus l’ancienne limite des 90…

Concrètement, l’introduction de règles différentes ou de nouveaux procédés dans un protocole de blockchain décentralisé entraîne un fork.

Les softs forks sont rétrocompatibles – ils acceptent toujours les anciennes règles – alors que les hards forks ne le sont jamais : des anciennes règles sont invalidées et des informations propagées selon les nouvelles règles ne sont plus acceptées dans le réseau initial.

Un schisme confessionnel


Les forks peuvent être proposés par n’importe qui sur le réseau.

Mais pour avoir une chance de remporter l’adhésion d’au moins une partie des nœuds, ils doivent faire l’objet d’un explicatif motivé et sont souvent suivis de longs débats contradictoires.

Si une proportion suffisante de nœuds décide de suivre les nouvelles règles proposées, ils vont ‘activer’ le fork – en lançant une nouvelle version du logiciel de protocole – et le réseau va se scinder, chaque blockchain continuant sa route de son côté.

Un peu comme dans un divorce, on a partagé une histoire commune puis on se sépare.

Exemple bien connu : Bitcoin et Bitcoin Cash

Si la toute grande majorité des nœuds reste sur l’ancienne chaîne ou rejoint la nouvelle, la probabilité est grande que celle qui est tombée en désuétude disparaisse tout simplement (la puissance de minage demeurant n’étant plus suffisante pour assurer son modèle de sécurité).

La naissance de re-jetons

S’il y a assez de nœuds et de puissance de minage de chaque côté, les deux chaînes perdurent et deux cryptomonnaies existent de fait.

Ce qui implique que quiconque possédait une adresse avec des jetons sur la chaîne originelle avant la scission se voit également propriétaire d’une même quantité de jetons sur la nouvelle.

Les anciens et les nouveaux jetons ont chacun un prix de marché et continuent leur vie sur leur blockchain respective en appliquant des règles différenciées.

Nous ne pourrons pas déplacer ces jetons d’un réseau à l’autre sans effectuer d’opération de change, car ils ne sont pas du tout interchangeables : les deux réseaux sont devenus distincts.

Ils ont ‘fourché’ – et même ‘fourché fort’.

Est-ce une forme d’inflation ? Oui, en quelque sorte, mais n’oublions pas que la quantité totale de nœuds n’a pas changé ni forcément les usages, ce qui influence le prix réel de chaque jeton (par exemple, si la nouvelle chaîne doit encore faire ses preuves).

Bitcoin l’alpha


Nous l’aurons déduit : si nous remontons la ‘généalogie fork’ de nombreuses cryptomonnaies, nous allons retrouver Bitcoin en tant que parent de souche. Certaines n’ont changé que quelques paramètres mineurs alors que d’autres ont expérimenté des modèles plus élaborés.

Bien sûr, il y a eu aussi de nouvelles cryptomonnaies originelles, construites de toutes pièces avec leur propre bloc de genèse. Pourtant, même là, il semble juste de dire que Bitcoin a montré le chemin.

Le monde des cryptos est comme un grand réseau routier avec plein de bifurcations, plein de fourches…

Remarque


Il existe des versions différentes de Bitcoin Core, ce logiciel qui permet de transformer notre ordinateur en nœud. Elles sont mises au point par d’autres développeurs et poursuivent souvent d’autres objectifs. Par approximation, on les appelle également ‘forks ‘ ou parfois ‘forks logiciels’ mais, dans leur majorité, elles ne changent ni les règles du protocole ni le comportement du réseau et demeurent entièrement compatibles avec ce dernier.

Elles n’impliquent donc pas de véritable fork sur Bitcoin.


Pousse-partout

Politique de l’extrême


Récemment, un livre bizarre a défrayé la chronique. Il s’agit de l’ouvrage de Mme Nastasia Hadjadji ‘no crypto’, un petit livre rose cherchant désespérément à démontrer les racines idéologiques d’extrême droite de Bitcoin.

Outre le fait que, selon nous, il ne s’agisse que d’un pamphlet wokiste orienté et déguisé en recherche ‘objective’ par des références glanées dans les pires articles sur le sujet,

Nous avons vu la communauté cryptoenthousiaste perdre son temps et son énergie à réagir, contredire, même tenter en vain de raisonner l’autrice et, ce faisant, lui donner indirectement une certaine visibilité.

Nous n’en commenterons donc pas plus, une critique au scalpel a déjà été rédigée par un référent dans le domaine du Bitcoin.

Mais cet incident a tout de même un bénéfice, celui d’interroger sur les caractéristiques politiques de Bitcoin… et même au-delà.

Souverain de par son existence


Car il est vrai que son fonctionnement évoque quelque chose de politique, de souverain :

  • Proposer une manière nouvelle et intéressante d’interagir avec autrui ;
  • Créer un nouvel espace marchand ;
  • Récompenser ceux qui se donnent du mal pour le système avec la monnaie même du système
  • Présenter un ensemble de règles simples, évidentes, de bon sens, en tant que ‘constitution’
  • Offrir un service équivalent, traiter de manière égalitaire tous ses membres
  • Rendre toute attaque bien trop coûteuse en moyens matériels et énergétiques
  • être imperméable à toute influence extérieure, continuer son chemin de manière autodéterminée
  • Développer chez ses utilisateurs une forme de militantisme et un esprit de cohésion.

En existant, Bitcoin crée une communauté, en motive les actions et les développements à la fois collectifs et individuels.

Il faut bien reconnaître que tout ceci est éminemment politique, une sorte de nation autoproclamée.

Dès lors, la tentation de s’interroger sur son clivage est facile…

Alors, de gauche ou de droite ?

Dans quel terreau aurait-il pris son essor ?

Principes universels

Bitcoin est apparu au milieu de scientifiques et de techniciens, beaucoup ayant des convictions fortes, conscients avant l’heure qu’un réseau informatique global pourrait aussi bien inonder l’humanité de bienfaits que mettre en danger les grands principes du droit humain.

Leurs intentions ont bien évidemment percolé à travers leurs réalisations.

Affichant clairement leurs opinions, ils se posent en défenseurs de la liberté, de la vie privée et des droits individuels, considèrent que ces idées sont indispensables à une vie heureuse.

Entre autres, observant que le cash représente une forme de monnaie peu contrôlable et pas censurable, ils se sont attelés depuis les années ‘90 à la création d’une version électronique pour internet.

Au bout de presque 20 ans de recherches et d’essais infructueux, Bitcoin est enfin né.

Du cash électronique, oui. Mais avaient-ils prévu qu’il présenterait des caractéristiques similaires à l’or ? On peut répondre par l’affirmative en repensant à ‘Bitgold’, une de leurs tentatives de cryptomonnaie.

Ainsi, il n’est pas surprenant qu’ils aient voulu une monnaie qui s’affranchisse des velléités spoliatrices des gouvernants, tout comme l’or a pu le faire durant des siècles.

Mais liberté, vie privée, droits individuels sont des principes qui font (heureusement) partie intégrante d’un grand nombre d’idéologies politiques.

Donc, à moins de tomber dans une doctrine extrême les refusant catégoriquement, il est évident que Bitcoin puisse convenir à toutes.

Point n’est besoin de la logorrhée exaltée de Mme Hadjadji sur le sujet.

Une autre réalité

Mais la subtilité est ailleurs. Bitcoin est plus vaste, ‘supra’politique en quelque sorte.

Au-delà, il plonge ses ramifications dans l’anthropologie par l’incitation individuelle, la sociologie par le groupe, la philosophie par le rationnel et le juste… sans parler de l’économie, bien sûr.

De notre point de vue, sa vraie nature est plurielle, instinctive, elle se trouve ailleurs, au sein même du vivant.

Car Bitcoin n’est pas le rejeton d’une idéologie politique, il est tout simplement vivant.

Bitcoin vivant


Mais la subtilité est ailleurs. Bitcoin réellement est plus vaste, ‘supra’politique en quelque sorte.

Au-delà, il plonge ses ramifications dans l’anthropologie par l’incitation individuelle, la sociologie par le groupe, la philosophie par le rationnel et le juste… sans parler de l’économie, bien sûr.

De notre point de vue, sa vraie nature est plurielle, instinctive ; elle se trouve ailleurs, au sein même du vivant.

Car Bitcoin n’est pas le rejeton d’une idéologie politique, il est tout simplement vivant.

« Bitcoin est le premier exemple d’une nouvelle forme de vie qui respire sur internet.
Il vit, car il peut rémunérer des personnes pour le maintenir en vie.
Il vit car il offre un service utile que les gens sont prêts à payer.
Il vit car n’importe qui, n’importe où, peut en répliquer une copie grâce à son code.
Il vit car toutes les copies en cours d’exécution communiquent constamment entre elles.
Il vit car si une copie est corrompue, elle est rapidement mise à l’écart, sans tracas ni désordre.
Il vit car il est radicalement transparent : n’importe qui peut voir son code et savoir exactement ce qu’il fait. »

Cette citation n’est pas du docteur Frankenstein, mais bien du professeur Ralph Merkle, pionnier de la cryptographie asymétrique et dont une des inventions – ‘l’arbre de Merkle’ – est un constituant de la blockchain.

Cette définition est criante de vérité. À celle-ci, nous pourrions encore ajouter :

– que son cœur bat toutes les 10 minutes en moyenne, au rythme des blocs;

– qu’il s’améliore continuellement grâce à des développeurs open-source de classe mondiale;

– que c’est un ‘adolescent’, avec de temps à autre de terribles crises de croissance (notons bien que nous ne parlons pas forcément de son prix);

– qu’il retient absolument toute information qu’on lui fournit dans sa blockchain;

– qu’il a un caractère fort car on ne peut le manipuler;

– qu’enfin, par design, il est capable d’opposer une immunité face à chaque attaque et d’en sortir même renforcé.

Bitcoin est un protocole fonctionnant en réseau, mais oui, il adopte aussi un mécanisme proche du biologique : il vit, se développe en se répliquant de plus en plus jusqu’à atteindre sa maturité.

C’est sa fonction objective.

Il présente une configuration matérielle transformant l’énergie pour conserver en son intérieur de l’information dans le temps – ceci est une des plus belles définitions heuristiques du vivant.

Comme nous le faisons avec la nourriture pour conserver et perpétuer notre ADN, lui fait usage des machines et de l’énergie de calcul pour préserver et transmettre sa chaîne de blocs.

Tel un organisme vivant, il fonctionne donc, de façon dynamique et cohérente, pour assurer son maintien.

Une autre similitude est toute darwinienne : open source, Bitcoin accepte que des variations de lui-même soient créées et qu’elles subissent une sélection naturelle.

Laisser se développer librement d’autres configurations de soi, des versions modifiées, éventuellement rivales ou plus aptes à remplir certaines fonctions, c’est typiquement ce qu’il rend possible, jusqu’à parfois en intégrer les meilleures améliorations en son propre sein.

Il s’optimise en permanence, il se soumet… à une évolution.

La version actuelle de Bitcoin est la numéro 22.

Parfaitement rétrocompatible avec les versions précédentes, elle est cependant beaucoup plus riche techniquement et permet de ‘travailler’ les transactions avec une panoplie de plus en plus large d’outils et de méthodes.

Enfin, de par ses qualités, il se rend utile et fiable à son milieu. (En poussant un peu le bouchon, on pourrait dire qu’il ‘séduit’ pour se reproduire)

Un incroyable champignon


Dans une série d’articles parus en 2018, le mycologue Brandon Quittem proposait une piste originale : considérer Bitcoin comme une espèce de champignon.

Tel le personnage de Pacôme, comte de Champignac, Brandon plaçait alors sa grille de lecture champignonneuse sur Bitcoin et observait : pas de cerveau central, pas de centre névralgique dont la destruction entraîne la mort de l’organisme. Anti-fragile par nature, capable de survivre à de longues périodes défavorables, son réseau de nœuds agit comme des mycéliums, des neurones qui assimilent et transmettent l’information, qui peuvent à la fois discrètement s’étendre et puis, brusquement, se mettre à croître au grand jour.

À l’évidence, les similitudes sont pertinentes.

Bitcoin serait un drôle de champignon informatique qui rend service à l’humanité.

Pousse-partout

Aujourd’hui, Bitcoin a déjà bien grandi et ne souhaite qu’une seule chose, continuer à s’étendre et à vivre.

Alors arrêtons de lui trouver des racines à droite, à gauche ou au centre.

Cela n’a aucune importance pour lui, il peut véritablement pousser partout.

Et c’est très bien comme cela !


‘Fees’ - des pourboires pour le mineur

Cet article est un fondamental des transactions Bitcoin, mais aussi d’autres cryptomonnaies.

Pour le profane, Bitcoin est compris – à juste titre – comme un protocole open source. Et comme l’open source est naturellement – mais parfois injustement – associé à la gratuité d’emploi, la toute première transaction est souvent une petite déception… car des ‘fees’ sont réclamés, des frais de transaction.

Comment cela se fait-il ?

Qu’entend-on exactement par ‘frais’ ?

Il s’agit tout simplement d’un pourboire pour le mineur qui va écrire la transaction dans un bloc de la blockchain.

Voyons pourquoi.

La notion de pourboire


Ce pourboire n’est pas une transaction supplémentaire.

Il représente l’argent que nous laissons délibérément derrière nous lorsque nous recevons l’appoint de notre transaction.

Et pour comprendre cela, un petit détour technique s’impose.

Poussière d’UTXO

Par conception, les paiements effectués dans Bitcoin doivent toujours dépenser des quantités de bitcoins préalablement reçues (excepté celle générée dans le bloc en récompense pour le mineur).

Chacune de ces ‘quantités préalablement reçues’ est indivisible et doit donc être ressortie dans son entièreté pour pouvoir servir à effectuer un paiement.

Pour imager le principe, considérons que chaque quantité de bitcoins a été placée dans une enveloppe particulière lors de son versement sur notre adresse. En conséquence, notre adresse peut contenir un paquet d’enveloppes de montants aussi divers que variés. Pour payer à notre tour, il va donc nous falloir y puiser une ou plusieurs de celles-ci.

On les nomme ‘UTXOs‘ pour ‘Unspent Transaction Outputs’ (traduisez ‘Sorties de Transactions Non dépensées’).

À moins d’avoir reçu préalablement la quantité exacte que nous souhaitons dépenser (cas rare), il nous faut toujours sortir une ou plusieurs UTXOs dont la somme dépasse – de manière optimale – le montant requis. Nous la/les signons cryptographiquement en pointant l’adresse Bitcoin du destinataire et l’excédent nous est alors rendu.

Il est important de noter que tout ceci se réalise dans la même opération de transaction.

Cela semble compliqué mais, du point de vue de l’informaticien, il est bien plus facile de concevoir un système de paiement fonctionnant de cette manière.

Tout l’excédent nous est rendu ? Eh bien, pas tout à fait. Nous allons laisser un peu de sous sur la table pour les mineurs… un ‘pourboire’ qu’ils vont collecter au moment d’écrire le bloc.

Logique implacable


Mais pourquoi ces pourboires ?

La réponse est simple et logique : l’espace disponible dans un bloc de la blockchain Bitcoin est limité par design à la fois pour obéir aux lois de la physique et respecter le modèle de sécurité pair-à-pair.

Il ne faut pas que les blocs soient trop grands, car la blockchain deviendrait proportionnellement énorme et ne pourrait plus être stockée par n’importe qui sur le réseau, ce qui nuirait à sa décentralisation, c’est-à-dire à son incorruptibilité. De fait, ça marche ! À l’heure d’écrire ces lignes, la blockchain Bitcoin existe depuis 15 ans et occupe un espace de stockage de près de 615 Go alors que le prix d’un SSD de 1000 Go coûte moins de 80 euros.

Une blockchain énorme ne pourrait être stockée que sur des serveurs privés appartenant à quelques sociétés, ce qui serait très dangereux en termes de confiance, de résistance à la censure et… devrait se payer d’une manière ou d’une autre, car la tentation de ‘carteliser’ un tel registre serait omniprésente.

Bitcoin étant voulu comme un système sans autorité, ce choix d’une taille limitée est donc logique.

Un marché dans le marché

Cependant, une taille limitée de bloc contraint en conséquence le nombre de transactions qui peuvent être écrites en même temps. Or aujourd’hui, il y a souvent plus de transactions qui s’opèrent sur le réseau que d’espace disponible dans le prochain bloc.

Qui donc aurait le droit de décider lesquelles seraient prioritaires et lesquelles seraient mises en attente ?

Dans un réseau véritablement décentralisé sans autorité, il n’y a qu’une seule bonne manière de gérer la ressource rare que représente la taille du bloc : un espace marchand.

Oui, ces pourboires obéissent tout simplement à la loi du marché, un marché à l’intérieur duquel un véritable livre d’ordres nous indique le prix moyen estimé du pourboire qu’il est nécessaire de payer pour voir la transaction figurer dans le bloc à venir, mais aussi les autres prix estimatifs pour les blocs suivants, en fonction du délai que nous serions disposés à accepter.

Lorsque nous effectuons notre transaction Bitcoin, nous entrons de fait en compétition économique avec tous ceux qui effectuent leur transaction au même moment et qui estiment pour eux-mêmes le degré de priorité de celle-ci. Nous-mêmes demeurons tout aussi libres de déterminer l’importance que nous donnons à notre transaction.

Doit-elle figurer le plus vite possible sur la blockchain ? Peut-elle attendre une heure, un jour, voire une semaine ?

En choisissant le montant du pourboire, nous paramétrons le délai, l’importance que nous donnons à ce paiement. C’est du pair-à-pair. Personne d’autre ne le fait à notre place.

En quelque sorte, ces pourboires représentent le prix de la liberté.

Notons que le pourboire reste techniquement optionnel. À la genèse de Bitcoin, les blocs étaient rarement remplis et les pourboires souvent dérisoires, même parfois nuls. Toutes les transactions étaient malgré tout écrites, chose qui n’est plus envisageable aujourd’hui…

Mempool, une salle d’attente


Lorsque les transactions sont envoyées sur le réseau, elles ne sont pas directement adjointes au bloc en réalisation, mais sont ‘annoncées’ et viennent se placer dans un espace d’attente qui se nomme la ‘Mempool’.

Chaque nœud possède sa Mempool et met à jour en permanence les annonces de transactions qu’il voit circuler sur le réseau (l’annonce d’une transaction Bitcoin met environ une quinzaine de secondes pour être propagée à tous les nœuds)

Chaque ordinateur sur le réseau a donc une vue propre des transactions qui demeurent à écrire sur la blockchain. Et bien évidemment, les ordinateurs des mineurs aussi.

C’est là que chaque mineur va faire son petit marché en repérant les transactions qui offrent le plus de pourboires. Ce sont celles-là qu’il intègre prioritairement dans le bloc sur lequel il travaille, jusqu’à ce qu’il soit rempli. Les autres, celles avec moins de pourboires, attendront les blocs suivants.

S’il est le plus rapide à résoudre son puzzle cryptographique, le mineur pourra légitimement ajouter son bloc à la blockchain et collecter à la fois la récompense ET les pourboires des transactions prioritaires.

Ces dernières seront, ipso facto, écrites en premier dans le grand registre.

Dernière subtilité : toute transaction en attente dans la Mempool reste modifiable, en ce compris le pourboire, en faisant appel à la commande RBF ‘Replace By Fee’, à traduire plutôt par ‘augmenter les frais’ ! Celle-ci est présente sur la plupart des applis portefeuilles.

Une affaire de priorités

Comme expliqué plus avant, déterminer la priorité de notre transaction est une tâche qui nous incombe. Aujourd’hui, toutes les applications portefeuilles Bitcoin intègrent une vue de ce marché des ‘pourboires’ et nous aident à faire notre choix.

Quel sera-t-il ? Il n’appartient qu’à nous… ainsi qu’à la nature de la transaction !

Voyons quelques cas. Que payons-nous ?

– Des articles sur Internet ?

Il nécessite un temps d’emballage et de transport. Ils peuvent bien être payés dans l’heure, voire la journée. Les blocs nécessaires à la confirmation auront été écrits bien avant l’expédition.

– Une vente (ou un achat) de la main à la main ?

Il vaut mieux (faire) payer avec un pourboire prioritaire, surtout si notre vendeur (ou acheteur) est un parfait inconnu. Quelques dizaines de minutes demeurent gérables… et peut-être allons-nous faire connaissance !

– Le transfert d’un portefeuille nous appartenant vers un autre nous appartenant tout autant ?

Alors là, nous pouvons bien attendre jusqu’à plusieurs jours (excepté raison impérieuse, bien sûr)

– Et si nous voulons payer tout de suite et partir ?

Là, le modèle de sécurité de Bitcoin fait de lui un piètre outil pour des paiements réellement instantanés.

Son délai d’attente, bien que de loin inférieur à celui imposé par les banques pour les transferts entre comptes, a longtemps constitué un frein à son adoption.

Notons bien : les paiements par carte bancaire ‘ont l’air’ instantanés mais demeurent réversibles pendant des mois. Les paiements Bitcoin sont irréversibles dès leur écriture sur la blockchain !

Heureusement, depuis 2019, le réseau de surcouche ‘Lightning’ permet d’effectuer de véritables transactions Bitcoin, valides et instantanées à très peu de frais (de l’ordre de quelques Satoshi).

Lightning est aujourd’hui implémenté dans un nombre grandissant d’applications portefeuilles, mais ça, c’est une autre histoire… (sur laquelle nous reviendrons)

Un basculement de la récompense


Tout a été conçu et prémédité avec soin dans Bitcoin.

Ce marché de pourboires – qui permet de consolider le modèle de sécurité décentralisé – est également une garantie de revenus sur le long terme pour les mineurs.

À mesure que le temps passe et que la récompense diminue (la récompense pour un bloc est divisée par deux tous les quatre ans environ), les pourboires vont de plus en plus compléter l’escarcelle des mineurs jusqu’au moment ultime où, vers 2140, ils deviendront leur unique source de revenu.

Et on espère bien sûr que d’ici là, la valeur du bitcoin aura considérablement augmenté !

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Cours Bitcoin

FGDR contre Bitcoin

Nous publions cet article en réaction à l’interview faite par BFM Crypto du Président du Directoire du FGDR, le Fonds de Garantie des Dépôts et de Résolution, qui s’est fendu d’une déclaration à caractère bien anxiogène :

‘Les détenteurs de cryptomonnaies en France n’ont aucune garantie de récupérer leurs fonds en cas de faillite d’un établissement’

Lire l'article

Derrière un discours à l’apparence pondérée, mais ferme, ce que nous décodons relève de la posture théâtrale. Roulant de grands yeux et agitant son grand doigt dans une incantation quasi apocalyptique, la mise en garde est claire : ‘Bitcoin pas bien ! Crypto pas beau !’

Mais que fait-il réellement ? Et de quel droit ?

Il dénigre tout simplement la concurrence, pardi !

FGDR ‘Votre argent est protégé’


Jetons (très temporairement) la lumière sur cet organisme assez peu connu du public et dont la fonction affichée est de se positionner en garant de nos dépôts, c’est-à-dire nous rembourser si notre établissement bancaire/financier fait faillite.

Observons comment les choses y sont organisées et structurées.

Les loups ne se mangent pas entre eux

Affublé d’une tâche d’une telle importance, aussi sérieuse, on pourrait logiquement déduire que ce fonds est géré par l’État, l’Europe ou toute sorte d’entité indépendante, incorruptible et déontologiquement irréprochable.

Mais en fait, non. Ce sont les banquiers eux-mêmes qui en sont les patrons et les actionnaires, certains cumulant parfois les fonctions dans leur banque respective et au sein de ce fonds.

En résumé : ceux-là mêmes qui sont théoriquement censés rembourser nos dépôts sont potentiellement positionnés au sein d’établissements qui pourraient nous faire perdre nos dépôts.

Il est très important de bien comprendre cela pour appliquer une grille de lecture pertinente sur leurs actions et leurs déclarations. Ils sont nourris à la même tambouille.

Ce sont bien des banquiers qui parlent, pas des fonctionnaires assermentés, pas des régulateurs, pas des techniciens économiques.

Et Bitcoin est leur concurrent direct.

Mais ce n’est pas tout.

Un verre d’eau pour éteindre l’incendie


Pour que ce fonds de garantie ait l’air sérieux, il lui faut une trésorerie, n’est-ce pas ?

Vous trouverez donc, sur le site du FGDR un solde qui s’élève à près de 7 milliards d’euros.

Mazette, c’est une somme !

Oui, sauf que les dépôts qui doivent être garantis en France s’élèvent à plus de 2800 milliards d’euros, tous produits d’épargne confondus.

Donc, même si nous sommes nuls en mathématiques, il est d’une évidence de déduire que le taux théorique de remboursement des dépôts en cas de faillite de nos banques n’est que de quelques petits misérables pourcents.

Et ce n’est pas fini.

Assurance risquée tous risques

Nous parlons bien d’un taux théorique de remboursement, car la trésorerie du fonds n’est pas constituée de liquidités, mais bien de placements, des placements dans des produits appartenant… aux banques elles-mêmes que ce fonds est censé garantir en cas de faillite… donc des placements potentiellement faillis !

Ce qui signifie qu’en pratique et dans le pire des cas, le taux réel de remboursement peut tout aussi bien s’élever à… zéro pourcent !

Illusion collective

Mais alors, pourquoi nous avoir affublé de cette coquille vide ?

Pour maintenir notre addiction à la croyance, la fiction selon laquelle le système bancaire et financier est solide, résistant ET garanti.

C’est un fait, ce système demeure stable pour autant qu’on y croie tous ensemble le plus longtemps possible.

‘L’important, ce n’est pas la sécurité, c’est le sentiment de sécurité’

Parce qu’aujourd’hui, en France, si une banque faisait faillite, ce fonds serait balayé comme un fétu de paille. Même l’État serait limité dans sa capacité à intervenir (possibilités d’endettement, disponibilité de finances, bilan de la banque en défaut par rapport au PIB…)

Un peu d’épais bon sens et une petite règle de trois suffisent à nous garantir… que rien n’est garanti ! Que tout ceci n’est qu’une grande opération de communication et de manipulation de l’opinion.

En fin de compte, entendre de la bouche même du président de cet organisme qu’il ne garantira pas nos bitcoins est plutôt logique, voire rassurant.

Parce que Bitcoin ne fonctionne pas comme cela.

Le coffre-fort cryptograhique


Lorsque nous possédons des bitcoins, ils ne sont pas sur notre Ledger, même pas sur notre PC ou smartphone (et même pas au coffre !)

Ils sont sur la blockchain, toujours, immuables et infalsifiables.

Et ils demeurent de vrais bitcoins, pas des unités de compte dans une banque, pas des placements ni des produits titrisés.

Ils sont semblables à des lingots dans un coffre-fort, un coffre numérique surveillé par tous.

Nous n’avons que faire de la pseudo-garantie de ces banquiers. La nôtre est assurée par le réseau distribué, la cryptographie et la preuve de travail.

Ce que nous possédons, ce sont des clés. Des dispositifs de signature qui peuvent faire bouger nos bitcoins à la vitesse de la lumière et les transférer de manière inarrêtable et presque instantanée.

Ce sont ces clés-là qu’il nous faut garantir, et rien d’autre.

Et pour ce faire, nous avons même le droit de choisir entre faire confiance à un professionnel de la garde ou les conserver nous-mêmes.

Mais jamais, nous n’aurons besoin de croire un banquier ou un quelconque fonds de pacotille.


Bitcoin, l’énergie discernée

Nous nous sommes forgés une bonne opinion sur Bitcoin, nous sommes convaincus qu’il est l’or numérique, nous observons chaque jour ses performances et relevons ses caractéristiques de monnaie ultime. Mais il nous reste un sentiment de gêne, une culpabilité entretenue par les diktats écologistes de notre monde actuel : Bitcoin consomme de l’électricité, beaucoup d’électricité.

Et donc nous le cachons peut-être un peu comme s’il était un plaisir coupable, inavouable. Mais non ! Bitcoin n’est pas un monstre, Bitcoin n’est pas une déviance. C’est même un bienfait et nous allons voir pourquoi. Nous allons nous libérer de ce complexe…

À l’origine du narratif anti-Bitcoin de ‘désastre écologique’, il y a une analyse purement quantitative de sa dépense énergétique. C’est d’emblée une mauvaise base de travail. Car – et c’est sûrement choquant de le dire ainsi – mais tous les jours, dans beaucoup d’endroits du monde, il y a une quantité phénoménale d’électricité qui est disponible et qui n’est pas exploitée. Et donc non, il ne suffit pas d’additionner des kilowatts pour obtenir la vérité. L’électricité, c’est spécial, une centrale électrique, c’est particulier et un réseau électrique, ça a ses contraintes.

Voyons cela d’un peu plus près…

La fée électricité


Instinctivement, nous voyons l’électricité comme une ressource matérielle, qui attend patiemment que nous mettions le bouton sur ‘on’ pour se déverser dans la machine. Mais l’électricité ne fonctionne pas comme cela. Elle n’est qu’une transformation temporaire, un état d’énergie, comme peuvent l’être la chaleur ou mieux, le mouvement (c’est du reste un mouvement d’électrons).

Et dans le monde entropique qui nous entoure, la chaleur et le mouvement sont des états qui ont tendance à se dissiper plus ou moins rapidement pour revenir à un niveau stable (température ambiante… arrêt…) Il ne s’agit donc pas vraiment de consommer de l’électricité, mais plutôt de la ‘capter’ au mieux, quand elle est présente.

Dès lors, de par ces caractéristiques, l’électricité est impossible à conserver telle quelle : il lui faut passer par une autre forme (chimique, mécanique…) qui nécessite des dispositifs de stockage dont le rendement est toujours médiocre. Et son transport n’est pas simple : il nécessite un matériau conducteur, qui ne l’est jamais parfaitement et ainsi oppose une résistance (le fameux effet ‘Joule’).

Ainsi, chaque changement de forme ou chaque déplacement d’électricité exigent pour eux-mêmes une partie de l’énergie. Il en résulte des pertes, parfois très grandes. C’est pour cela que les centrales électriques sont historiquement placées au plus près possible de la demande, quitte à acheminer les ressources combustibles jusqu’à elles.

Donc, lorsque l’électricité est disponible, c’est temporaire : il vaut mieux l’employer au plus près de sa source et le plus vite possible. La difficile tâche d’un gestionnaire de réseau consiste à la maintenir stable et permanente. Une tâche d’équilibriste, qui nécessite un apport continuel et des ajustements systématiques.

Un équilibre délicat


Le réseau électrique, quant à lui, est aussi un système particulier. Pour garder une stabilité en tension et en fréquence, il lui est nécessaire de posséder un surplus de production suffisamment pilotable afin d’absorber les pics de consommation à certains moments de la journée (Il lui faut s’aligner sur nos habitudes de consommation, en quelque sorte). Malheureusement, à l’inverse, une partie non négligeable des capacités productrices concernent aujourd’hui des dispositifs à grande inertie et peu pilotables, dont il n’est pas toujours possible de faire varier aussi aisément la sortie.

Que faire alors de l’électricité parfois excédentaire ?

La plupart du temps, les producteurs délestent là où ils le peuvent, ils s’en ‘débarrassent’ dans les confins du réseau interconnecté ou encore cherchent à la vendre à très bas coût à des consommateurs opportunistes. En Europe, le développement continu des réseaux électriques et leur longue utilisation ont permis de bien ajuster la capacité de production aux besoins (avec les soucis que l’on connaît dès qu’une partie de cette capacité est manquante…)

Mais ce n’est pas le cas partout.

Capacité ignorée

Observons ces pays de l’ex-bloc de l’Est, par exemple, où des plans pluriannuels avaient conduit à la réalisation de grands ouvrages d’art producteurs d’électricité, basés sur des développements de populations pour le moins optimistes… qui ne se sont jamais concrétisés.

Observons en Asie, ces véritables villes fantômes sorties de terre, avec les infrastructures prévues pour des millions d’habitants… qui finalement n’en abritent que quelques centaines de milliers. Voyons ces centrales à géothermie en Islande ou au Salvador, tirant leur capacité de production de l’inépuisable énergie des volcans.

Voyons ces grands barrages en Chine, qui tournent ‘à plein’ durant la saison des pluies (et où les mineurs de Bitcoin se livraient autrefois à une véritable transhumance en fonction de la météo). De tous ces moyens existants pour délivrer de l’électricité, combien devraient tourner en sous-régime ?

Beaucoup. Beaucoup trop.

Ah, si seulement il pouvait y avoir un consommateur opportuniste, mobile, immédiatement connectable et facilement délestable au besoin…

Chasse au gaspi

Voilà, voilà. On y arrive. Il faut comprendre ce que signifie concrètement le minage de Bitcoin aujourd’hui et quelle est la stratégie économique du mineur.

Pour miner du bitcoin, point besoin d’industrie lourde, de terrassements ou de construction d’usines. Quelques rayonnages dans un conteneur ou un préfabriqué pour des processeurs, une alimentation professionnelle, un circuit de refroidissement et de quoi accueillir une petite équipe de techniciens. Empreinte au sol négligeable, mobilité optimale par terre, mer et même air. C’est une industrie nomade. Le mineur de Bitcoin est un chasseur-cueilleur. Et il est en safari.

Sa proie ? L’électricité excédentaire, celle dont personne d’autre ne veut, car pour lui, ce sera la moins chère. Et parce que, dans son calcul de rentabilité, le coût en énergie est le poste le plus lourd, il va chercher à se placer dans des lieux où l’offre dépasse significativement la demande, ce qui va lui permettre de négocier un prix qui défie toute concurrence. Sans lui, ce serait zéro. Avec lui, c’est win-win.

Et cerise sur le gâteau, il vient au plus près, donc pas de pertes ! Il est notre consommateur opportuniste. Il vient prendre ce qui est excédentaire. Et pour une raison ‘bêtement’ économique, il ne va pas entrer en concurrence avec la demande domestique ou industrielle locale, qui est à un autre niveau de prix. Il vient ainsi recycler les surplus pour en faire quelque chose : produire du bitcoin.

Par design, c’est un écoresponsable. Lorsque l’excédent se tarit, il va tout simplement voir ailleurs. Car un ailleurs existe toujours. L’électricité est ainsi faite.

Nouvel acteur de transition


On se sent déjà mieux, n’est-ce pas ? Mais ce n’est pas encore terminé… De nos jours, la taille de certains mineurs peut les rendre parties prenantes du réseau électrique.

Et eux ont bien compris que leur activité sera pérenne s’ils s’investissent dans une utilité sociale et s’orientent vers les énergies renouvelables et le recyclage. C’est un calcul pragmatique : comme le prix des sources hydrocarbures fluctuent beaucoup sur les marchés (encore plus dernièrement…), ils les délaissent. Et alors apparaissent des nouveaux usages et des projets d’intégration étonnants.

En exemple, on peut citer la récupération du méthane de torchère. Les puits de pétrole s’accompagnent toujours de ces étroites cheminées destinées à brûler le gaz méthane emprisonné dans les couches géologiques avec le précieux liquide. On le brûle, car il n’est pas rentable de le récupérer. On le brûle pour des raisons de sécurité, mais aussi parce que c’est un gaz à effet de serre 25 fois plus dégradant que le CO2. Sauf qu’on ne le brûle jamais entièrement de cette manière. Quelques pourcents de méthane échappent à la combustion et partent dans l’atmosphère, depuis des décennies.

C’est alors que, récemment, des mineurs de Bitcoin américains ont eu l’idée de brancher des génératrices à la sortie de ces torchères et sont parvenus, non seulement à produire de l’électricité en suffisance, mais encore à brûler le méthane à 100 %, empêchant sa dispersion dans l’atmosphère.

Un autre exemple ? Le support en équilibrage de pointe : certains producteurs passent aujourd’hui des accords avec des mineurs pour qu’en cas de forte consommation du réseau, ceux-ci se déconnectent. Ils sont les seuls à pouvoir le faire, instantanément, sur simple demande. De ce fait, ils deviennent partis prenants du système de stabilisation électrique. Aux dires d’un gestionnaire américain, le minage est devenu une véritable pile économique’.

En projet d’intégration, on citera cette magnifique réalisation d’un mineur français dans le parc des Virunga au Congo, une grande région hydrographique, mais où le réseau électrique est trop peu développé et où les gens ont coutume d’employer le charbon de bois, nocif et responsable d’une grande déforestation locale. En participant à l’amélioration de barrages hydroélectriques et au développement de leur réseau, celui-ci mine du bitcoin tout en encourageant la transition de la population vers une électricité écologique.

Et après ?

L’avenir est proche où des mineurs de Bitcoin exploiteront les capacités productrices d’électricité dans des lieux peu hospitaliers. Ils construiront leurs propres centrales et, qui sait, encourageront une activité humaine dans des endroits inédits.

Par leur profil particulier, eux seuls sont capables de réaliser une telle chose. Une nouvelle économie bien réelle est en mouvement. Il est important de s’en rendre compte

En conclusion

Le minage de Bitcoin est probablement l’activité humaine qui consomme l’électricité avec le plus de discernement.

L’approche quantitative de cette consommation est, au mieux une mauvaise compréhension du domaine, au pire, une manipulation d’opinion.

Alors, posons-nous la bonne question lorsque l’on parle consommation de Bitcoin :

Au lieu de chercher ‘combien d’électricité’, demandons-nous bien plus judicieusement ‘laquelle’. Et continuons à apprécier cet objet, car il est vertueux, même dans ses dépenses…