MARA Holdings (ex-Marathon Digital), poids lourd américain du minage de Bitcoin, vient de franchir un cap en Europe avec l’acquisition d’Exaion, une filiale d’EDF positionnée sur le calcul haute performance (HPC), l’infrastructure cloud et des activités liées à la blockchain. Le point clé, côté français, n’est pas seulement industriel : l’État a donné son feu vert à la transaction, mais sous des conditions jugées contraignantes avec notamment une gouvernance renforcée par des intérêts français et l’entrée de Xavier Niel au capital de la structure française liée à l’opération.
Le marché corrige. Mais les infrastructures, elles, continuent de se consolider. Depuis le halving d’avril 2024, la pression économique sur les mineurs s’est accentuée : revenus unitaires divisés, concurrence plus rude, arbitrage permanent sur le coût de l’électricité et la qualité des sites. Dans ce contexte, les acteurs capables de sécuriser des capacités énergétiques et informatiques sur la durée prennent un avantage décisif. Exaion, adossée à l’écosystème EDF, a justement construit une proposition “européenne” autour d’infrastructures et d’exigences de souveraineté (hébergement, sécurité, contraintes réglementaires).
L’accord s’inscrit dans une trajectoire initiée en 2025 : MARA avait annoncé un investissement d’environ 168 millions de dollars pour acquérir 64 % d’Exaion, avec une option pour monter davantage au capital selon des jalons définis. Aujourd’hui, la validation politique et administrative rend l’opération réellement opérante sur le terrain.
Ce rachat raconte surtout une mutation : le minage n’est plus une activité opportuniste branchée sur un cycle haussier. C’est une industrie capitalistique, où la maîtrise de la chaîne – énergie, data centers, capacité de calcul, contrats long terme – compte autant que le prix du bitcoin. Et en choisissant la France, MARA envoie un message clair : l’Europe redevient un espace stratégique pour le “digital energy”, à condition d’en accepter les garde-fous.