Le stablecoin shekel BILS a reçu hier mardi 28 avril 2026 l’agrément de l’Autorité israélienne CMISA. L’émission revient à Bits of Gold, courtier crypto de Tel-Aviv. Le projet sort d’un sandbox réglementaire de près de deux ans. Solana porte le jeton, Fireblocks assure la conservation, EY signe l’audit.
Un sandbox réglementaire piloté par la CMISA depuis 2024
Le programme pilote a démarré en mars 2024, sous supervision continue du régulateur. La Banque d’Israël avait posé en 2023 les principes distinguant stablecoins adossés au fiat et instruments algorithmiques. Bits of Gold doit loger les réserves de BILS dans des comptes ségrégués au sein de banques israéliennes. La règle exclut toute conservation à l’étranger. Le régulateur conserve ainsi un accès direct et permanent à l’audit du backing. Si l’encours atteignait la taille d’un système de paiement systémique, la supervision pourrait basculer vers la banque centrale.
Architecture du stablecoin shekel : Solana, Fireblocks, EY
Bits of Gold opère depuis plus d’une décennie comme prestataire crypto régulé en Israël. Solana porte BILS, choisie pour son débit et son coût marginal. Fireblocks fournit l’infrastructure institutionnelle de custody, déjà mobilisée sur le projet Eden de la Bourse de Tel-Aviv. EY signe les attestations périodiques. Le démarrage se fera à échelle limitée. Une loi-cadre sur les stablecoins est en préparation. Le régulateur soumettra prochainement un avant-projet à consultation publique.
Stablecoin shekel : pourquoi le signal porte au-delà d’Israël
Le marché mondial des stablecoins dépasse 320 milliards de dollars selon DefiLlama. USDT capte près de 58 % de cet ensemble, USDC environ 24 %. Sur sept jours en avril, plus de 2,5 milliards de dollars d’entrées nettes sont entrés dans le segment. La quasi-totalité du flottant reste libellée en dollar. L’« onchain » devient ainsi une zone d’extraterritorialité monétaire de fait. Pour un régulateur, autoriser un stablecoin shekel réglementé n’est plus un geste symbolique. C’est une mesure défensive : empêcher que l’usage commercial domestique ne migre par défaut vers le billet vert tokenisé.
Une lecture européenne : MiCA et la place limitée de l’euro onchain
Le parallèle avec l’Europe est direct. MiCA structure depuis 2024 le cadre des « jetons de monnaie électronique » (EMT). Plusieurs émetteurs non-conformes ont dû quitter les plateformes du marché unique. L’euro reste pourtant marginal en valeur. Les volumes mensuels de stablecoins euro plafonnent autour de 777 millions de dollars en mars 2026, selon TRM Labs. Cela représente moins de 0,3 % de l’activité totale des prestataires sur actifs numériques. EURC de Circle capte plus de 50 % de cette niche euro. L’écart avec les rails dollar reste néanmoins massif. CrypCool, PSAN enregistré auprès de l’AMF, suit cette dynamique au plus près.
Loi-cadre israélienne et indicateurs à surveiller
Trois indicateurs concentreront l’attention dans les semaines qui viennent. D’abord l’encours effectif de BILS et sa trajectoire de circulation. Ensuite l’arbitrage éventuel entre BILS et USDC sur les paires de change onchain. Enfin l’attractivité du shekel lui-même. La devise s’est appréciée de plus de 20 % face au dollar sur un an, selon Visual Capitalist. Le mouvement israélien confirme une hypothèse de fond : le marché des stablecoins se fragmente progressivement par devise. Chaque juridiction financièrement mature finit par exiger sa propre rampe d’accès au monde onchain.