Hier mercredi 18 mars 2026, la Securities and Exchange Commission (SEC) a approuvé les actions tokenisées Nasdaq, autorisant la seconde bourse mondiale à permettre à certains titres de s’échanger sous forme de jetons numériques sur blockchain. La décision, s’appuie sur le dossier que Nasdaq avait initialement déposé en septembre 2025. C’est la première fois qu’un régulateur de premier plan intègre explicitement la technologie blockchain dans l’architecture réglementaire des marchés actions américains.
Un programme pilote encadré par la DTCC
Le périmètre initial est précisément délimité. Les actions du Russell 1000, qui regroupe les mille plus grandes capitalisations boursières américaines, ainsi que les ETFs adossés au S&P 500 et au Nasdaq 100 sont éligibles à la négociation tokenisée. Les participants autorisés choisiront, ordre par ordre, de régler leurs transactions en format traditionnel ou en format tokenisé.
Les titres tokenisés conservent exactement les mêmes attributs que leurs équivalents classiques. Même ticker boursier, même code CUSIP, mêmes droits de vote, mêmes dividendes. La compensation et le règlement restent assurés par la Depository Trust Company (DTC), l’organisme central des marchés actions américains, avec maintien du cycle T+1 actuellement en vigueur. La surveillance de marché ne change pas. Nasdaq et la FINRA supervisent les deux formats à partir des mêmes données sous-jacentes. Les premiers échanges tokenisés sont attendus d’ici la fin du troisième trimestre 2026.
Un cadre sans dérogation : la blockchain entre par la grande porte
La commissaire Hester Peirce, qui pilote la Crypto Task Force de la SEC, l’a rappelé sans ambiguïté. Les titres tokenisés restent des valeurs mobilières soumises aux lois fédérales sur les valeurs mobilières. Aucune dérogation, aucun régime parallèle. Pour les investisseurs, c’est une garantie. Lla sécurité et la conformité du système existant s’appliquent sans rupture à la couche blockchain. La philosophie du régulateur est lisible : intégrer la technologie dans l’infrastructure existante, pas la substituer à elle.
Nasdaq-Kraken et ICE-OKX : une convergence en accélération
La décision de la SEC ne tombe pas dans le vide. Le 9 mars 2026, Nasdaq avait annoncé un partenariat avec Payward, maison mère de Kraken, pour développer un « Equity Transformation Gateway » destiné à la distribution mondiale de versions tokenisées d’actions cotées. Nasdaq a simultanément conclu un accord avec Seturion, la plateforme de règlement tokenisé du groupe Boerse Stuttgart, pour raccorder ses marchés européens à cette infrastructure.
Le 5 mars, Intercontinental Exchange (ICE), propriétaire du New York Stock Exchange, avait réalisé un investissement stratégique dans la plateforme OKX, valorisée à 25 milliards de dollars, avec pour objectif explicite de proposer des actions tokenisées et des produits dérivés adossés aux titres cotés au NYSE. En quinze jours, les deux plus grandes bourses mondiales ont toutes deux formalisé leur engagement dans la tokenisation des marchés actions.
Ce n’est plus une expérimentation. C’est une réorientation structurelle de l’infrastructure de marché mondial.
Ce que cela change pour les marchés crypto et les investisseurs
Le marché des actifs réels tokenisés (RWA) dépassait 29 milliards de dollars sous gestion en 2025. McKinsey projette un marché à 2 000 milliards de dollars d’ici 2030. Standard Chartered table sur 30 000 milliards d’ici 2034. La validation de la SEC confère à ce segment une légitimité réglementaire inédite. Elle positionne les États-Unis comme acteur central de la finance tokenisée mondiale. Pour mieux situer ce mouvement dans les grandes tendances qui structurent le secteur, lire notre analyse des perspectives du marché crypto pour 2026.
Pour les marchés crypto, le signal est structurel. La blockchain cesse d’être cantonnée aux seuls actifs numériques natifs. Kraken et OKX ne sont plus de simples plateformes d’échange. Elles deviennent des partenaires d’infrastructure des grandes bourses historiques. Cette convergence accélère l’institutionnalisation d’un secteur qui réclamait depuis des années une telle validation.
Ce que cela implique pour les investisseurs français
En Europe, le régime pilote DLT (Distributed Ledger Technology), actif depuis 2023, ouvre une voie similaire encore peu empruntée. CrypCool, opérateur PSAN agréé par l’AMF et filiale du groupe AuCOFFRE, suit ces évolutions : la tokenisation de l’or physique via VeraOne constitue déjà une application opérationnelle de ce paradigme en France. Le mouvement que vient d’entériner la SEC sur les actions tokenisées Nasdaq renforce la légitimité d’une approche qui marie actifs traditionnels et infrastructure blockchain. Les régulateurs des deux côtés de l’Atlantique la reconnaissent désormais comme valide.