Ce jeudi 16 avril 2026, la BIP-361 menace quantique s’impose comme le sujet le plus discuté de l’écosystème Bitcoin. Publié le 15 avril dans le référentiel officiel des propositions Bitcoin sur GitHub, le document porte un titre sans détour : Post Quantum Migration and Legacy Signature Sunset. Ses six co-auteurs incluent Jameson Lopp, directeur technique de Casa. Le constat est précis : des ordinateurs quantiques suffisamment puissants pourraient déchiffrer la cryptographie actuelle de Bitcoin. Un attaquant en mesure d’exploiter cette faille pourrait dépenser les fonds d’autrui sans autorisation.
BIP-361 : une migration en trois phases contre la menace quantique
BIP-361 dépend d’abord de l’adoption préalable de BIP-360. Cette proposition complémentaire introduit le format d’adresse Pay-to-Merkle-Root (P2MR), conçu pour résister aux attaques quantiques. La migration décrite dans BIP-361 ne peut s’enclencher qu’après l’activation de ce prérequis sur le réseau principal.
Trois phases structurent l’ensemble. La phase A bloquerait tout nouvel envoi vers les anciennes adresses vulnérables, environ trois ans après activation. La phase B invaliderait les signatures ECDSA et Schnorr au niveau du consensus, deux ans plus tard. Les pièces non migrées deviendraient alors définitivement inutilisables. Une troisième phase envisage une récupération via preuve à divulgation nulle de connaissance (ZKP). Elle resterait liée à une seed phrase BIP-39, mais demeure à l’état de recherche.
Positions des développeurs
Cointelegraph rapporte que Lopp a qualifié BIP-361 d' »ébauche d’une approche possible », non positionnée pour être adoptée en l’état. Le contributeur Ethan Heilman l’a jugée « excellente » sur GitHub. Il a néanmoins demandé des précisions sur la distinction entre rejeter les transactions héritées et geler les sorties vulnérables. La nuance n’est pas neutre. L’éditeur du BIP, murchandamus, a précisé que « la publication en statut Draft n’est pas un endossement ».
34 % du bitcoin déjà exposé à la menace quantique
Le document livre un chiffre saisissant. Au 1er mars 2026, plus de 34 % de tous les bitcoins présentaient une clé publique exposée on-chain. Cela représente environ 6,7 millions de BTC directement accessibles à tout attaquant disposant d’une capacité quantique.
Le problème structurel tient à la nature des adresses P2PK. La clé publique y figure directement dans le script de sortie, sans hachage intermédiaire. Toute transaction émise depuis ce type d’adresse expose également cette clé. Parmi les 6,7 millions de BTC exposés, 1,7 million se trouvent dans des adresses P2PK de première génération. Les avoirs présumés de Satoshi Nakamoto font partie de cet ensemble. Leur valorisation est estimée à environ 74 milliards de dollars au cours actuel du Bitcoin.
L’algorithme de Shor : le mécanisme d’attaque
Le risque repose sur l’algorithme de Shor. Il permet de remonter d’une clé publique à une clé privée. Selon Bitcoin.com News, un attaquant patient pourrait drainer des fonds sur plusieurs semaines sans déclencher d’alerte visible sur la chaîne.
La menace quantique selon Google et McKinsey
En mars 2026, Google a estimé la menace « plus proche qu’il n’y paraît », selon Decrypt. Certains observateurs retiennent désormais 2029 comme échéance critique. Les feuilles de route de McKinsey situent quant à elles la fenêtre de risque entre 2027 et 2030.
Face à la BIP-361 menace quantique, ce calendrier ne laisse plus de marge. Ce n’est plus un scénario hypothétique à vingt ans. Les co-auteurs citent explicitement ces feuilles de route pour justifier l’anticipation. Attendre la confirmation d’une attaque réussie serait, selon eux, trop tardif.
Ce que BIP-361 implique pour les détenteurs
BIP-361 serait la première mise à niveau de Bitcoin à invalider des transactions existantes. C’est une rupture sans précédent dans l’histoire du protocole. Ses partisans soutiennent qu’autoriser le vol quantique reviendrait à légitimer une redistribution massive de richesse au profit des premiers possesseurs de capacité quantique. Les opposants y voient une atteinte directe au principe fondateur. Frederic Fosco, co-fondateur d’OP_NET, estime que la proposition inverse la promesse originelle du réseau. Selon Decrypt, certains analystes parlent d’un Bitcoin « plus interventionniste ».
Une gouvernance par consensus
La gouvernance de Bitcoin repose sur le consensus des nœuds, des mineurs et des développeurs. Aucune décision ne s’impose unilatéralement. BIP-361 devra convaincre une communauté attachée à l’immuabilité des règles.
Pour les détenteurs établis en France, la question rejoint celles de la sécurité des actifs numériques et de la traçabilité patrimoniale. Ces enjeux s’inscrivent dans le cadre MiCA et les obligations de DAC8 et de fiscalité crypto déjà en vigueur. CrypCool, PSAN enregistré auprès de l’AMF, suivra l’évolution de BIP-361 et ses implications pratiques pour ses utilisateurs.