Ce mardi 24 mars, le bitcoin et le conflit Iran restent la seule variable qui compte dans les salles de marché. Depuis les frappes américano-israéliennes du 28 février 2026 (opération Epic Fury), la première cryptomonnaie mondiale a parcouru une amplitude de plus de 8 000 dollars, entre un plancher à 63 106 dollars le jour des frappes et un sommet intrajournalier à 71 806 dollars décroché lundi 23 mars, après l’annonce présidentielle d’une pause militaire de cinq jours sur les frappes contre les infrastructures énergétiques iraniennes. Une amplitude pilotée, pour l’essentiel, par une poignée de posts sur Truth Social.
Chronologie d’un marché télécommandé depuis Truth Social
Depuis l’opération Epic Fury, le bitcoin a traversé quatre phases distinctes. Premier choc : effondrement de 72 000 à 63 106 dollars en quelques heures, avec plus de 300 millions de dollars de liquidations au total selon Phemex. Rebond progressif : remontée vers 75 912 dollars au fil des deux premières semaines de mars, sur des spéculations de désescalade et un flux institutionnel soutenu via les ETF.
La séquence du week-end du 22-23 mars illustre la mécanique désormais bien rodée. Samedi soir, Trump lance un ultimatum de 48 heures à l’Iran — rouvrir le détroit d’Hormuz ou subir des frappes sur ses centrales électriques. Le bitcoin face au conflit Iran recule aussitôt à 69 192 dollars, avec 299 millions de dollars de liquidations sur 24 heures, dont 85 % sur positions longues, selon CoinDesk. Lundi matin, avant l’ouverture des marchés européens, le BTC dérive vers 67 500 dollars.
La pause de cinq jours : 270 millions de shorts liquidés en minutes
Puis arrive le post Truth Social. Trump annonce une suspension de cinq jours des frappes et cite des conversations « très bonnes et productives » avec Téhéran. Le BTC bondit à 71 806 dollars, déclenchant 270 millions de dollars de positions courtes liquidées en quelques minutes, tandis que 400 millions de dollars de liquidations totales s’accumulent en quatre heures selon CoinDesk. L’agence iranienne Fars dément aussitôt tout contact diplomatique. Le prix perd 1 200 dollars en quelques minutes. Ce mardi 24 mars, le BTC consolide autour de 70 000-71 000 dollars, en hausse de 3,8 % sur 24 heures.
Précision éditoriale : l’affirmation selon laquelle Bloomberg rapportait ce mardi matin une participation imminente de l’Arabie Saoudite et des Émirats au conflit n’a pas pu être confirmée par des sources primaires identifiées à l’heure de publication. Des attaques de drones contre l’ambassade américaine à Riyad avaient été rapportées début mars — la situation dans le Golfe reste instable, mais le périmètre exact de l’engagement saoudien et émirati demeure non établi.
Le détroit d’Hormuz, baromètre macro du BTC
Derrière la volatilité headline se cache un mécanisme de transmission sous-estimé. Le détroit d’Hormuz concentre environ 20 % du pétrole mondial selon l’U.S. Energy Information Administration ; sa fermeture effective depuis fin février a propulsé le Brent à près de 120 dollars le baril en pic, avant que la pause Trump ne le ramène vers 89 dollars lundi. Ce canal est documenté par Phemex : pétrole élevé → inflation → Fed contrainte → taux hauts → pression sur les actifs risqués. La dépendance structurelle du bitcoin aux marchés américains n’a jamais été aussi lisible sur un graphique.
Les bons du Trésor : la variable que Trump ne peut pas ignorer
Sur cette mécanique inflationniste se greffe une contrainte supplémentaire. Depuis le 28 février, les rendements des obligations américaines à 10 ans ont progressé d’environ 45 points de base pour atteindre 4,37 %, leur plus haut depuis juillet 2025 selon CoinDesk. The Kobeissi Letter place la fourchette 4,5 %-4,6 % comme « ligne de démarcation » — le même seuil qui avait forcé Trump à suspendre ses droits de douane massifs en avril 2025. Arthur Hayes, cofondateur de BitMEX, estime qu’un franchissement de 5 % pourrait déclencher une intervention forcée de la Fed. Paradoxe : ce scénario serait, à moyen terme, favorable au BTC via des injections de liquidités massives. C’est précisément pourquoi les tendances de fond du marché crypto en 2026 intègrent désormais les rendements obligataires comme variable de premier ordre — pas uniquement les nouvelles militaires.
ETF bitcoin : les institutionnels créent un plancher inédit
Ce conflit a cependant révélé une dynamique nouvelle, absente de tous les chocs géopolitiques précédents. Les ETF bitcoin au comptant américains ont enregistré 1,1 milliard de dollars d’entrées nettes en trois séances (2-4 mars), alors que la crise s’intensifiait, puis 906 millions de dollars d’entrées nettes sur trente jours au 11 mars selon Phemex. L’ETF BlackRock IBIT a progressé de 1 % une séance où le S&P 500 reculait — une déconnexion notable.
Les institutionnels achètent les creux pendant que les particuliers capitulent
Strategy a acquis 1 031 BTC supplémentaires en mars à un coût moyen de 74 326 dollars l’unité selon The Market Periodical. Ce socle institutionnel crée un plancher acheteur à chaque choc. La corrélation entre le bitcoin et le Nasdaq-100 — encore à ~85 % lors du choc initial du 28 février — s’est progressivement détendue : chaque nouvelle escalade produit une baisse moindre (-9 % le 28 février, -4 % à la fermeture d’Hormuz, moins de 2 % ensuite) selon Phemex. Signal structurel : le BTC absorbe les chocs plus vite et rebondit sur des niveaux plus élevés.
La question demeure ouverte. Tant que le BTC reste 40 % en dessous de son record historique de 126 000 dollars (octobre 2025) et que le détroit d’Hormuz reste sous tension, les arbitrages déclenchés par les posts présidentiels continueront de dicter le cours — avec la même violence dans les deux sens. Pour les détenteurs français exposés à ces mouvements, la fiscalité crypto s’applique à chaque arbitrage, y compris ceux générés à 3h du matin par un tweet géopolitique. Le cours du bitcoin en temps réel reste la référence indispensable pour naviguer dans cette période.