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Quand la loi américaine démolit le modèle USDC de Circle

Actualité du

25 mars 2026

CLARITY Act : Circle perd 20 % en une séance historique

Ce mardi 24 mars 2026, le CLARITY Act et son projet d’interdire le rendement stablecoin ont déclenché la pire séance boursière de Circle depuis son introduction en bourse en juin 2025. L’action CRCL a abandonné près de 20 % en séance. Elle est passée d’environ 125 à 101 dollars. Plus de 4,6 milliards de dollars de capitalisation ont été effacés selon les données de marché. Coinbase perdait près de 10 % dans la même séance, entraîné par le même texte législatif provisoire.

La fuite du texte CLARITY Act secoue les marchés crypto

Le catalyseur : une version de travail du Digital Asset Market Clarity Act, transmise lundi à la Blockchain Association et aux représentants bancaires pour examen, selon des sources rapportées par CoinDesk et CNBC. Le langage est ambitieux. Les plateformes seraient interdites d’offrir un rendement « directement ou indirectement » pour la simple détention d’un stablecoin. Tout ce qui serait « économiquement ou fonctionnellement équivalent » à un dépôt bancaire rémunéré se trouverait également visé. Les récompenses liées à l’activité des utilisateurs resteraient permises — à condition de ne pas ressembler à des intérêts. La SEC, la CFTC et le Trésor auraient douze mois pour définir précisément ce qui est autorisé.

Pourquoi le modèle USDC est dans le collimateur

Pour Circle, la menace est structurelle. L’USDC ne verse pas directement de rendement à ses détenteurs. Mais la chaîne de valeur repose sur un mécanisme indirect. Circle perçoit les intérêts sur ses réserves, majoritairement des bons du Trésor américain. Elle en redistribue une part à Coinbase, principal distributeur de l’USDC. Coinbase finance à son tour des programmes de récompenses pour ses utilisateurs. C’est précisément ce modèle de pass-through que le texte provisoire cible.

Le rendement stablecoin indirect, via des accords de partage entre émetteur et distributeur, se trouve explicitement dans le collimateur. Amir Hajian, analyste chez Keyrock, résume l’enjeu : le projet de loi arracherait « le tapis sous le modèle de distribution qui tire l’adoption des stablecoins ». Coinbase tire environ 20 % de ses revenus de l’USDC. Brian Armstrong avait déjà retiré son soutien à une version antérieure du CLARITY Act en janvier, précisément sur ce point. Yahoo Finance le confirme : la tension entre l’industrie crypto et les banques sur ce sujet n’a jamais été résolue.

Tether choisit ce moment pour annoncer son audit Big Four

Le timing double la pression sur Circle. Le même 24 mars, Tether annonçait avoir mandaté un cabinet Big Four non nommé pour son premier audit complet des réserves d’USDT. Jusqu’ici, Tether ne publiait que des attestations trimestrielles, jamais de vérification formelle intégrale. L’USDT est le premier stablecoin mondial, avec 184 milliards de dollars de capitalisation. L’USDC est deuxième, à 78,6 milliards.

Si l’audit de Tether est concluant, l’avantage comparatif de Circle sur la transparence – sa principale arme commerciale face à un concurrent longtemps opaque – s’en trouve mécaniquement réduit. Et cela intervient au moment précis où son modèle économique futur est attaqué par la loi.

Le paradoxe est saisissant. Circle, symbole de conformité réglementaire depuis ses débuts, voit sa trajectoire commerciale menacée par la réglementation elle-même. Pour les investisseurs particuliers et institutionnels qui détiennent de l’USDC, la question de la sécurité et de la transparence des émetteurs prend une nouvelle dimension.

Circle face au paradoxe réglementaire : la conformité ne suffit plus

Plusieurs voix plaident contre la panique. Owen Lau, de Clear Street, a qualifié la réaction de « surréaction ». L’USDC ne verse pas de rendement direct. Le texte n’est pas encore loi. Simon Dedic va plus loin : l’interdiction du rendement passif protégerait en réalité Circle. La société conserverait l’intégralité des intérêts sur ses réserves sans pression pour les redistribuer aux utilisateurs finaux. ARK Invest a acheté pour 16,3 millions de dollars de CRCL dans la séance du 24 mars, après le plongeon. Circle reste en hausse de plus de 30 % depuis le début de l’année 2026, après cette correction.

La question que le Congrès va trancher pour tout l’écosystème

Le CLARITY Act n’est pas encore loi. Il reste en négociation au Sénat, avec un passage en commission Banking Committee ciblé pour la seconde quinzaine d’avril. Le texte final peut encore évoluer. Mais la question centrale est désormais posée sans ambiguïté : les stablecoins rémunérés sont-ils une innovation légitime ou un dépôt bancaire non régulé qui court-circuite les règles prudentielles ? La réponse conditionnera l’ensemble de l’écosystème, pas seulement Circle.

Ce cadre américain, une fois tranché, se diffusera inévitablement à la réglementation MiCA en cours de déploiement en Europe. Les détenteurs français d’USDC doivent également garder à l’esprit que la flat tax 2026 et les obligations DAC8 s’appliquent à chaque cession ou échange, indépendamment de l’issue législative américaine.