21 Millions ou presque

Qui n’évoque pas Bitcoin sans mentionner sa limite d’émission à 21 millions ? Il n’y aura jamais plus de 21 millions de bitcoins !’ nous dit-on, souvent avec emphase.

En réalité, et quel que soit l’angle sous lequel on se place, il y en aura toujours moins. Voici pour vous, chers lecteurs, quelques petites friandises sur ce sujet. Et pardon d’avance aux réfractaires, car nous ferons un peu de mathématiques. Nous allons nous pencher sur la formule la plus inspirante du code Bitcoin, celle dont l’implication monétaire déflationniste fait de son jeton un objet de plus en plus rare à mesure que le temps passe, celle surtout dont l’exécution pratique est un modèle de confiance déterministe :

Ou si vous le préférez ainsi : ‘Sigma de n’allant de 0 à 32 pour 210000 fois 50 sur 2 exposant n’

‘n’ étant le nombre de divisions par deux de la récompense pour le minage, aussi appelé ‘halving’.

21 millions: une théorie déjà éloquente


Que nous dit cette formule ? D’abord, qu’elle est assurément mathématique : elle s’applique donc de manière neutre et automatique, indépendante de l’engouement pour Bitcoin et de la valeur de son jeton, mais surtout de toute autorité qui souhaiterait en manipuler la circulation ! Elle permet une émission préprogrammée, à tout moment, prévisible et non modifiable.

En détail, elle nous explique :

  • Qu’il y aura 32 halvings au total (nous en sommes actuellement au troisième). C’est donc une formule FINIE, même si son dénouement est encore loin. (Pourquoi 32 et pas 33 ? Nous y reviendrons à la fin…)
  • Que nous commençons à 50 pour la récompense et que celle-ci est divisée par 2 exposant le numéro de halving à mesure que le temps passe (actuellement 50/2³ soit 6,25)
  • Que la période entre chaque division est de 210 000 blocs.

L’unité temporelle dans Bitcoin est exprimée en ‘bloc’. Le système se calibre et s’autorégule pour qu’un bloc soit écrit toutes les 10 minutes en moyenne (et précisément 10 minutes/bloc sur 2048 blocs). Ce n’est pas anodin : cela permet d’établir et de programmer de manière fiable un rythme régulier. 210 000×10 minutes nous donnent alors une durée calendrier d’un petit peu moins de 4 années.

Selon cette formule, le dernier bloc sera donc miné à l’issue du 32ᵉ halving, soit en 2140. Mais surtout, le calcul de cette formule démontre que le résultat N’aboutit PAS à 21 millions ; opérez-le et il ne vous retournera au final que 20 999 999,9769. C’est donc mathématique, il n’y aura JAMAIS 21 millions de bitcoins.

21 millions: une pratique subtile

Et en réalité, il y en aura encore moins. Le code de Bitcoin intègre cette formule en son sein et les mineurs doivent s’y soumettre s’ils veulent que leur bloc soit pris en compte par le réseau. Mais il y a une petite subtilité. Chaque mineur constitue lui-même son bloc en y plaçant des transactions en attente ET en ajoutant une transaction qui mentionne sa possible récompense, la fameuse ‘coinbase’.

Ensuite, il se lance dans la fastidieuse tentative de résolution d’une image réciproque de hashage pour son bloc, en espérant être le premier à trouver la solution. Si c’est le cas, son bloc sera placé à la suite de la blockchain, rendra sa coinbase légitime aux yeux du réseau et lui octroiera réellement les nouveaux bitcoins en récompense… Sauf qu’il n’est pas obligé de réclamer l’entièreté de la récompense

De fait, si techniquement un bloc est d’office rejeté lorsque sa coinbase indique une récompense plus élevée, il ne l’est pas lorsque celle-ci est inférieure au nombre attendu. Il sera bel et bien accepté. Folie ! Direz-vous. Accomplir un travail pour une récompense délibérément réduite… Qui ferait cela ? Figurez-vous que c’est déjà arrivé : au bloc n°124723, miné le 18 mai 2011, un mineur inconnu s’est octroyé une récompense de 49,99 bitcoins au lieu de 50. Expérimentation ? Geste militant ? Allez savoir. Mais le fait est que, dès lors, le nombre final de bitcoins réellement émis sera encore inférieur à ce que la formule a prévu.

Remarque : il existe un autre cas, plus subtil, où le mineur a délibérément détruit les frais de transactions dans son bloc. Mais cela nous éloigne du sujet…

21 millions: une philosophie du désir


La beauté de cette formule, c’est son caractère asymptotique : comprenez une progression géométrique qui démarre très fort, accélère très fort pour ensuite ralentir tout aussi fort et finir sur une montée de plus en plus lente, presque plate. Visuellement, cette courbe évoque ‘ Γ ‘, le gamma majuscule de l’alphabet grec.

Qu’en déduire ? Que malgré une trajectoire qui nous mène jusqu’en 2140, le nombre de bitcoins actuellement minés est déjà important par rapport au nombre final. Au moment d’écrire ces lignes, il existe plus de 19300000 bitcoins émis sur la blockchain, soit presque 92 % du total.

Cette loi de distribution a permis la mise à disposition très rapide d’une grande majorité des jetons, la réalisation d’un (cyber) espace économique dédié, la gratification de l’intérêt accordé par les premiers adoptants. Et vu le succès, une incitation extrêmement forte à s’impliquer pour essayer d’obtenir les derniers – qui seront distillés de plus en plus lentement.

C’est une idée de génie, quasiment machiavélique : il y avait beaucoup de bitcoins à obtenir au début, quand ils valaient très peu, et moins, terriblement moins, à mesure que le temps passe et qu’ils valent de plus en plus. Ce qui alimente à la fois leur rareté, mais aussi leur désirabilité.

Perdus corps et âmes

Ajoutons enfin les bitcoins dont les clés privées furent perdues. Ils sont estimés à 20 %, principalement oubliés pendant les premières années où la plupart furent traités avec nonchalance. Un cinquième ! Ce n’est pas rien…Il y a aussi les bitcoins minés par Satoshi lui-même et qui n’ont pas bougé depuis fin 2011, depuis qu’il a cessé de communiquer. Ils sont plus d’un million. Tous ces bitcoins demeurent bien présents dans la blockchain, mais sont irrécupérables, plus jamais transférables, comme ‘figés’. La sécurité cryptographique est à ce prix.

Sont-ils devenus inutiles au système ? Pas complètement, car leur perte a entraîné une sorte de concentration de valeur vers les 80 % restants, par un procédé que nous pourrions considérer proche de la déflation. Finalement, nous obtenons le nombre de bitcoins en circulation et transférables – ‘utilisables’ dirons-nous : 17 millions, au doigt mouillé. Est-ce un problème d’avoir si peu d’unités monétaires ? Non, car en vérité, il y en a beaucoup plus. Une centaine de millions de fois plus.

Satoshi est innombrable


Car un bitcoin, ça n’existe pas. Vous ne trouverez nulle part, dans le code ou dans le système, une chose telle qu’elle se nomme ‘bitcoin’. Vous ne trouverez que des Satoshi. En réalité, tout se compte et s’échange en Satoshi dans ce réseau. Et le Satoshi, c’est la plus petite unité du système, mais c’est aussi LA SEULE UNITÉ QUI EXISTE RÉELLEMENT dans le protocole.

À partir de lui, tout n’est qu’une question de table de conversion. Un bitcoin, c’est cent millions de Satoshi. Un millibitcoin, c’est cent mille Satoshi. Etc. Pour des raisons pratiques, on a longtemps compté en bitcoin et on le fait encore. Mais qui sait, un jour, tout le monde comptera en Satoshi…

En attendant, le nombre réel d’unités monétaires du système s’élève alors – toujours au doigt mouillé – à 1700 000 000 000 000 de Satoshi. Il y a donc largement de quoi faire jusqu’en 2140 !

… Et pourquoi n’y a-t-il que trente-deux halvings dans la formule mathématique ? Parce qu’un trente-troisième ferait en sorte que la récompense se fractionne SOUS le Satoshi, ce qui n’est pas possible. En conclusion, nous en conviendrons, il se cache bien des choses insoupçonnées sous ce ‘21 millions’ !


Quels wallets pour sécuriser ses cryptos ?

Au total, près de 3 milliards de dollars de cryptoactifs ont été volés en 2022. Ce type de vol peut se produire pour de nombreuses raisons et la plus importante provient des utilisateurs eux-mêmes. Lorsqu’il s’agit d’utiliser une adresse électronique correcte, de configurer un mot de passe fort ou d’activer l’authentification 2FA, ces éléments entraînent parfois des faiblesses et donc, une brèche exploitable pour les pirates. Par conséquent, choisir la sécurité la plus adaptée à vos besoins est la clé pour vous protéger des attaques. Les portefeuilles cryptés ou wallets peuvent être la solution.

Or, il existe deux grandes familles de portefeuilles, que l’on appelle généralement portefeuilles chauds (hot wallets) et portefeuilles froids (cold wallets). Les hot wallets sont toujours connectés et permettent de réaliser des transactions facilement et rapidement. Les cold wallets quant à eux permettent de stocker vos crypto-monnaies hors ligne en toute sécurité. En somme, chacun d’entre eux a ses avantages et ses inconvénients, et nous sommes là pour découvrir lequel vous convient le mieux. Nous expliquons dans un autre article comment fonctionne un portefeuille.

Les différents types de portefeuille crypto ou wallets


Hot wallets

Laisser ses Crypto-monnaies sur un exchange

La première chose que l’on fait lorsqu’on découvre les crypto-monnaies est de créer un compte chez un courtier et d’acheter ses crypto-monnaies sur sa plateforme. En faisant cela, vous avez la possibilité de les y laisser. Cependant, cette pratique pose deux problèmes. Premièrement, et en référence aux problèmes des utilisateurs ci-dessus, vous pouvez être piraté. Deuxièmement, la plateforme peut être piratée.

Précisons que vous ne pouvez pas résoudre cette deuxième partie de votre côté. Dès lors, vous devez choisir une plateforme qui prouve détenir les fonds et possède de hauts standards de sécurité. Toutefois, vous pouvez améliorer le premier point de façon radicale. Tout d’abord en changeant votre email personnel pour un email dédié qui n’est pas lié à un autre type de compte révélant des informations personnelles (comme un compte Amazon par exemple), en complexifiant votre mot de passe et en passant d’un 2FA par SMS à un 2FA généré automatiquement.

Le bon côté des choses, c’est que vous pouvez laisser la partie gestion de la sécurité de vos actifs principalement à la plateforme que vous utilisez, un email, un mot de passe et c’est tout fait. Et en échange, la plateforme vous génère des adresses qui vous permettent de recevoir, retirer et échanger des crypto-monnaies. Et surtout, comme toutes vos adresses sont liées à l’échange, vous pouvez faire des transactions presque instantanément.

D’un autre côté, vous ne pouvez pas gérer vos adresses. La plateforme d’échange stocke les clés privées et ne vous permet pas de les utiliser librement. Et donc, si la société offrant les services d’échange est piratée ou pire, décide de s’enfuir avec votre argent, vous risquez de ne pas pouvoir récupérer vos fonds.

Web wallet

Ce que l’on peut appeler les « web wallets » sont des portefeuilles disponibles sur le web, pour la plupart gratuits, et facilement accessibles dès lors que vous disposez d’une connexion internet. Il peut s’agir de portefeuilles disponibles sur un site Web comme Myetherwallet, ou d’une extension de navigateur comme le Brave wallet ou Metamask. Étant donné que vous stockez vos crypto-monnaies sur Internet, vous êtes moins bien protégé que sur d’autres types de portefeuilles et vous pouvez être la cible d’attaques de « phishing » et autres.

Pros and cons wallets

Wallet mobiles et logiciels

Il s’agit de logiciels vous permettant de stocker vos crypto-monnaies, directement sur votre ordinateur. Que vous soyez sous Linux, Windows ou Mac, ces portefeuilles vous permettent d’avoir un contrôle total sur vos clés privées et vos fonds. Le risque principal de ce type de wallet est le risque de piratage de votre machine qui pourrait donner accès à vos cryptos au hacker.

Les wallets mobiles ont tendance à être les mêmes que les wallets logiciels mais sous forme d’applications smartphone. La différence majeure réside toutefois dans la portabilité de votre portefeuille. S’il se trouve sur votre smartphone, vous pouvez l’avoir où et quand vous en avez besoin. Mais se promener avec toutes ses cryptos dans sa poche présente aussi plus de risques. Même avec une phrase de récupération et la plupart des mesures de sécurité activées, vous mettez vos fonds en danger en cas de perte ou de vol de votre appareil.

Smart-contracts wallets

Les wallets smart-contract sont généralement construits sur la blockchain Ethereum ou fonctionnant de la même manière. En raison de leur nature spécifique, ils possèdent des capacités uniques. Parmi elles, vous trouverez :

  • L’authentification multi-signatures
  • La récupération sociale, qui est la récupération de votre accès par des tiers définis au préalable
  • Des limites de retraits
  • Des listes blanches et noires personnelles
  • Des alertes de fraude ou le verrouillage d’urgence

La plupart de ces fonctionnalités sont codées à partir d’un code source ouvert ou privé et il peut être complexe pour les débutants de manipuler ce type de wallet. Nous expliquons cela dans un autre article sur le fonctionnement des portefeuilles de contrats intelligents.

Cold wallets

Wallets matériels ou "hardware wallets / hardwallets"

Contrairement aux Hot wallets, les cold wallets stockent les clés privées hors ligne. Non connectés à Internet, ils permettent à leurs utilisateurs, par le biais de leur logiciel ou de clés cryptées, de gérer et d’envoyer des crypto-monnaies sans exposer leurs fonds ou leur clé privée.

Paper Wallet

Ce type de wallet vous permet de maîtriser totalement le stockage de vos crypto-monnaies hors ligne. Vous pouvez les générer à partir de certains sites Web une phrase de récupération que vous pouvez ensuite inscrire sur un morceau de papier, de le graver sur un morceau de métal, ou de le crypter, c’est vous qui décidez !

Ce type de stockage peut cependant présenter des vulnérabilités lorsque vous souhaitez utiliser les fonds. Un enregistreur d’écran ou de frappe au clavier qui infecte votre ordinateur peut servir à subtiliser votre phrase de récupération.

Conclusion

C’est en connaissant les avantages et inconvénients de chaque solution que vous pouvez faire un choix éclairé.
Chez CrypCool, nous vous proposons la simplicité d’accès sans compromis sur la sécurité avec une solution de conservation de vos actifs sur des portefeuilles matériels stockés en coffre-fort. Les fonds sont audités et auditables. Nos clients sont seuls propriétaires de leurs cryptos qui et ne seront jamais prêtés ou utilisés pour le compte de la société.

Démarrer avec CrypCool


Le prix du bitcoin ? Des cycles !

delà

L’évolution du prix du bitcoin depuis sa première cotation jusqu’à ce jour est une histoire fascinante de volatilité, de sentiments exacerbés et d’adoption croissante.

Première cryptomonnaie à avoir reçu un taux de change, Bitcoin demeure dominant dans le ‘marché crypto’. En cela, il constitue une interface incontournable avec le monde financier traditionnel, suscitant un intérêt grandissant de la part de ses acteurs.

Une fois n’est pas coutume, nous allons nous attarder sur l’évolution du prix du bitcoin depuis sa genèse jusqu’à nos jours.  Observer d’éventuelles tendances, phénomènes répétitifs ou exogènes nous mènera à nous livrer à l’exercice d’une vague prédiction.

Avertissement


Bien évidemment, le présent article n’est pas un conseil en investissement. Les performances passées ne peuvent garantir des performances futures.

Comme nous tentons de comprendre les facteurs qui ont contribué à sa progression à travers le temps, un petit résumé historique semble donc de mise.

Au commencement, jeton de pacotille


Les premiers jours du réseau et du jeton qui y circule ont surtout été marqués par la curiosité et l’expérimentation.

Tournant en circuit pratiquement fermé au sein d’une petite communauté de spécialistes de la cryptographie, l’éventualité d’un prix n’était alors qu’une préoccupation secondaire.

L’important était de contribuer, avec son créateur, à l’amélioration de son code. En le faisant tourner, on l’opposait à d’éventuels obstacles techniques afin d’en améliorer la robustesse.

Les premières transactions étaient donc gratuites et principalement réalisées entre expérimentateurs curieux. La demande générée n’a pas été énorme.

Le minage s’opérait alors avec de simples ordinateurs domestiques étant donné que la puissance de calcul nécessaire était encore marginale.

L’étape du prix de revient

Le 17 mars 2010, Bitcoin sort officiellement de ‘l’entre-soi’.

Un premier échange documenté s’opère sur la tristement célèbre plateforme Mt. Gox, basée à Tokyo, au Japon. À l’époque, Mt. Gox était alors principalement utilisée pour l’échange de cartes Magic: The Gathering, un jeu de cartes à collectionner populaire.

Un utilisateur au pseudonyme de « dwdollar » publie une annonce sur le récent forum Bitcointalk. Il offre d’acheter 10 000 bitcoins au prix de 0,003 dollar la pièce – probablement l’équivalent de son prix de revient. Un utilisateur surnommé « jercos » répond à l’annonce et accepte la vente.

À l’époque, le bitcoin était évidemment très peu connu et sa valeur était d’autant plus faible.

Cependant, cette vente a ouvert la voie à d’autres transactions et au développement de bourses d’échange de plus en plus spécialisées et populaires.

(Mt.Gox deviendra plus tard la plus grande bourse d’échange de bitcoins. Elle fera faillite en 2014 en raison de problèmes de sécurité et de gestion par son PDG)

Cette époque a ajouté une couche de commodité qui a attiré plus de personnes vers Bitcoin. Le nombre croissant d’utilisateurs a commencé à faire monter le prix de son jeton.

"To the moon"


Première bulle – le risque

Peu de temps après, toujours en 2010, le Bitcoin connaît sa première bulle spéculative lorsque son prix passe de quelques centimes à plus d’un dollar en l’espace d’une poignée de mois.

Cette flambée du prix a été alimentée par le début d’une attention médiatique et l’intérêt d’une toute première cohorte d’investisseurs à risque.

Cette bulle dégonflera finalement, ramenant le prix du Bitcoin à environ 0,30 Dollar.

Mais la pompe venait de s’amorcer…

Deuxième bulle – l’Asie

Les trois années qui suivront seront marquées par une stabilité relative du prix, avec des fluctuations mineures et une augmentation lente, mais assez constante.

C’est aussi l’apparition du premier matériel professionnel spécifiquement dédié au minage (l’ASIC Miner de Avalon).

En 2013, Bitcoin recommence à attirer une attention accrue de la part des médias et des investisseurs. En avril, son prix explose subitement. Il atteint près de 260 dollars, donnant le coup d’envoi à une nouvelle bulle spéculative. Cette fois-ci, la demande en provenance d’investisseurs asiatiques joue un rôle majeur. Elle pousse le prix d’un bitcoin à des niveaux sans précédent.

Des traders professionnels commencent à considérer le bitcoin comme un investissement lucratif, attirés par ses rendements potentiels élevés et sa volatilité.

La crise chypriote et les difficultés économiques au sud de l’Europe sont un adjuvant possible à cette bulle.

Mais elle dégonflera à nouveau, entraînant une chute importante du prix.

En décembre 2013, le Bitcoin s’échangeait autour de 1200 dollars. Mais en février 2014, il était retombé en dessous de 200 dollars.

Cette volatilité sera attribuée à la saturation du marché, à la réticence des commerçants à accepter Bitcoin et au début d’une réglementation par certains états.

Troisième bulle – l’institutionnel

Les années suivantes, le prix continuera de fluctuer considérablement, mais sans atteindre les sommets de 2013.

Il faudra attendre 2017 et une nouvelle vague d’intérêt pour en propulser le prix à des niveaux records. Le bitcoin passe alors de moins de 1000 dollars en janvier 2017 à près de 20 000 dollars en décembre de la même année.

Cette flambée du prix semble avoir été principalement causée par l’arrivée de premiers investisseurs institutionnels. De fait, des fonds spéculatifs et des milliardaires charismatiques commencent à considérer Bitcoin tantôt comme alternative économique viable, tantôt comme objet formidable de spéculation.

Cette troisième bulle finit encore par dégonfler en 2018, ramenant le prix à environ 3000 dollars. Cette fois, la chute de prix aura été attribuée à la méfiance des investisseurs envers un possible durcissement de la réglementation, une multiplication des cyberattaques sur les plateformes d’échange et une vague de prises de profit de la part de premiers acheteurs.

En outre, certains commencent à connaître un peu Bitcoin. Ils s’inquiètent ouvertement de ses possibles limites techniques. La scalabilité et les frais de transaction, font douter de sa capacité à devenir une véritable monnaie d’usage.

Remarque


C’est à cette époque que le réseau de surcouche Lightning sera développé puis déployé.

Quatrième bulle – le refuge

Après sa correction de 2018, le prix du bitcoin connaît une période de volatilité relativement élevée, avec des hausses et des baisses drastiques, particulièrement au second semestre 2019, puis semble finalement se stabiliser dans une fourchette plus étroite.

La perception du marché commence à évoluer, le considérant tantôt comme une réserve de valeur similaire à l’or, tantôt comme une nouvelle technologie, un moyen potentiel de paiement décentralisé.

Il faut aussi noter que la vision du marché devenait bien plus complexe car, depuis la troisième bulle, la découverte du prix était ‘perturbée’ par l’essor d’une multitude d’autres cryptomonnaies, qui offraient – ou prétendaient offrir – d’autres fonctionnalités et des performances améliorées. On ne savait plus où donner de la tête.

En 2020, Bitcoin connaît une nouvelle phase de croissance spectaculaire après un très bref enfoncement. Cette fois, la pandémie de COVID-19 vient jouer un rôle d’amplificateur et de nombreux investisseurs cherchent une réserve de valeur alternative dans un environnement économique incertain.

Les ‘assouplissements quantitatifs’ assumés par les banques centrales depuis plus d’une dizaine d’années prennent un sacré coup d’accélérateur et renforcent l’intérêt pour des actifs non manipulables, voire décentralisés comme Bitcoin.

Le prix d’un bitcoin passe alors de moins de 5 000 dollars en mars 2020 à plus de 60 000 dollars en avril 2021, conduisant à une nouvelle vague de spéculation et d’attention médiatique.

Encore une bulle ? De plus en plus d’observateurs de marchés notent – enfin – des similitudes entre cette flambée de prix et les précédentes et s’interrogent : plusieurs bulles pour un même actif ?

En mai 2021, Bitcoin reperdra une bonne moitié de sa valeur par rapport à son sommet et fluctuera ensuite encore à la baisse.

Aujourd’hui, nous en sommes au même point…

À noter que le 7 septembre 2021, le bitcoin devient monnaie légale au Salvador et qu’en novembre 2022, la plateforme FTX fait faillite avec fracas (mais finalement avec des effets limités sur le prix du bitcoin).

Une succession de bulles


A l’évidence, Bitcoin ne vit pas une bulle, mais bien une succession de bullesà fréquence assez stable – pour des raisons logiques que nous allons explorer.

Avant toute chose, il demeure important de souligner que certaines des fluctuations du prix évoquées dans le résumé plus avant peuvent être attribuées à des événements exogènes tels que les réglementations gouvernementales, les annonces de sociétés majeures, de personnalités charismatiques, les vulnérabilités technologiques ou les problèmes de sécurité de plateformes.

Cependant, dans de nombreux cas, elles sont le résultat d’une combinaison de facteurs prévisibles, tels que l’offre et la demande, la perception en tant que réserve de valeur/moyen de paiement, l’adoption croissante et enfin la psychologie de marché.

Des facteurs qui s’exacerbent mutuellement et qui, nous le pensons, vont se représenter à nouveau dans le futur.

Le halving

C’est le facteur qui mérite d’être cité en premier.

À une fréquence de 210 000 blocs minés, la récompense par bloc est brutalement divisée par deux, ce qui provoque à la fois un choc de rentabilité pour les mineurs, mais également une raréfaction subie de nouveaux jetons disponibles à la vente. La demande vit sa vie, mais l’offre s’effondre de moitié. La conséquence prévisible est une augmentation importante du prix sur un marché qui se réajuste à cette nouvelle condition.

N’ayons crainte pour le réseau, car de leur côté, les mineurs anticipent : ils passent des contrats plurimensuels et accumulent une trésorerie de guerre pour supporter le choc.

Et de fait, on constate que les montées de prix sont à chaque fois consécutives de quelques mois au fameux halving.

Aujourd’hui, à lire certains commentaires sur les réseaux sociaux, la chose est devenue tellement sûre qu’elle paraît aller de soi. Demeurons cependant prudents, le marché aime se jouer des certitudes et, aussi efficace que soit le halving en tant que force de rappel, ses effets s’opèrent parfois avec un long décalage et de possibles fluctuations contraires.

Cours du BTC : Des influences plurielles


La macroéconomie

La valeur perçue de Bitcoin est fortement influencée par l’environnement économique en général.

L’inflation, les taux d’intérêt, l’évolution du dollar, les politiques monétaires ou encore l’instabilité économique mondiale jouent un rôle dans l’évolution de son prix. Chacune de ces données contribue tantôt à influencer l’appétit, tantôt le rejet des acteurs financiers pour le bitcoin.

De manière générale, on peut dire que cet appétit dépend de la présence d’une liquidité suffisante sur le marché.

Retirez-la et le prix trinquera en conséquence.

Mais si les banques centrales repartent en assouplissement et baissent les taux comme elles ont l’habitude de le faire depuis plusieurs années (car elles n’ont pas beaucoup le choix)… c’est open bar !

La psychologie

Comme pour tout actif financier, le sentiment du marché joue un rôle important dans l’évolution du prix du bitcoin. Cette psychologie présente un caractère répétitif observé.

De Minsky à Wickoff en passant par la courbe de Rodrigue, il a été démontré que tout marché se trouve en permanence influencé par des comportements irrationnels dominés par la peur, la cupidité, l’optimisme / le pessimisme, et ce, de manière cyclique.

Identifier le moment du cycle d’un marché est donc une donnée importante pour les investisseurs, car le prix du bitcoin en dépend.

Notons bien qu’à côté de cette psychologie irrationnelle, il y a quelque chose de particulier au bitcoin : ses similitudes avec le métal précieux.

Appelons cela de la ‘psychologie rationnelle’.

La perception de Bitcoin en tant que réserve de valeur alternative joue un rôle de plus en plus important, à tel point que d’aucuns le sacralisent déjà au même titre que l’or.

Nombreux sont ceux qui y voient une nouvelle forme de protection contre les politiques monétaires agressives mises en œuvre par les banques centrales, perception tout aussi renforcée par leurs récentes politiques récessionnistes.

Nous partageons ce point de vue et sommes convaincus que Bitcoin peut servir de couverture contre ces politiques au vu de sa quantité totale limitée à (presque) 21 millions d’unités qui en fait une forme de valeur rare et non manipulable.

L’adoption

Bitcoin attire de plus en plus d’utilisateurs et son adoption se fait progressivement, par périodes rapides, suivies de moments de respiration.

Cette adoption va parfois de pair avec des améliorations techniques. Par exemple, le réseau Lightning permet des petits paiements Bitcoin pratiquement instantanés et à très peu de frais.

Dans de nombreux endroits de la planète, des hommes et des femmes s’y intéressent. En effet, ils trouvent plus judicieux d’employer le jeton et son infrastructure que de faire appel aux solutions conventionnelles.

Certains états vont jusqu’à l’envisager en tant que monnaie légale (à ce jour, seul le Salvador a sauté le pas). D’autres essaient de contraindre leur population en l’interdisant, mais avec des résultats plus que mitigés.

Bien évidemment, cette adoption crée un nouveau besoin qui entraîne à son tour un ajustement du prix à la hausse.

Nous pensons que si cette adoption atteint une masse critique, le prix du bitcoin commencera à croître de manière plus linéaire et à beaucoup moins fluctuer.

L’ossification

L’ossification du bitcoin sur les marchés financiers avance de concert avec son adoption.

Elle fait référence à sa présence désormais de plus en plus habituelle dans les portefeuilles et à sa maturation croissante. Avec un volume et une capitalisation boursière de plus en plus élevés, les mouvements de prix sont régulièrement décorrélés des actifs traditionnels. Un objet de diversification qui a prouvé sa résilience par le passé, un outil d’investissement contribuant à augmenter la demande.

La réglementation croissante joue aussi un rôle important : des pays ont adopté une législation plus claire et moins restrictive concernant Bitcoin, ce qui a renforcé la confiance des investisseurs. Ces dispositions légales ont pour objectif d’écarter les acteurs peu scrupuleux du marché, ce qui a un impact positif sur la perception de Bitcoin.

Enfin, le développement d’infrastructures financières plus solides autour de Bitcoin permet une meilleure gestion des risques et une meilleure liquidité sur les marchés.

(N’oublions tout de même pas si vite la débandade de FTX…)

Aujourd’hui encore, un nombre croissant de demandes de titrisation (ETF Bitcoin) par des acteurs majeurs du marché US monopolise la scène médiatique.

Conclusion


Au-delà de certains événements exogènes indéniables, les schémas de croissance et de correction du prix du bitcoin mettent en évidence un caractère cyclique avéré.

En examinant attentivement l’historique du bitcoin, on peut identifier que ces tendances se répètent généralement par périodes approximatives de 4 à 5 années. En effet, elles sont influencées par un certain nombre de facteurs économiques et psychologiques.

Outre un cycle évolutif d’offre et de demande dû au halving et à son adoption progressive, les mouvements de prix du bitcoin sont, comme tous les autres, influencés par des facteurs psychologiques et comportementaux. Ces derniers peuvent varier en fonction de la perception du risque et de la confiance. Par ailleurs, leur durée semble assez bien correspondre avec les autres facteurs.

Lorsque le prix du bitcoin recommence à augmenter au moment propice, cet ensemble de facteurs s’aligne pour porter le prix de plus en plus haut. Ceci explique la répétition de bulles que l’histoire de Bitcoin nous montre clairement.

Prédiction

Il est difficile de donner une perspective de prix précise pour Bitcoin. Mais, en demeurant raisonnables et en nous basant sur ce qui précède, nous pouvons malgré tout estimer plusieurs choses.

La première, c’est qu’une ‘nouvelle bulle’ devrait se présenter à nous courant 2024-2025.

Deuxièmement, que l’augmentation du prix devrait être plus modérée (attention : en indice multiplicatif !)

Enfin, que l’intensité des fluctuations du prix devraient progressivement diminuer. Au début du bitcoin, la volatilité journalière pouvait être de 90 pourcents.

Bien sûr, tout ceci est avancé sous réserve d’événements exogènes imprévisibles.

Voyons si l’avenir nous donne raison…

Cours Bitcoin


livres sur les cryptos

Livres sur les cryptos: les 'Bit-livres'

C’est sans nul doute à la fois charmé et instruit par notre série d’articles (…!!!…) qu’une question avide brûle les lèvres du lecteur de Crypcool :

‘Mais où pourrait-on trouver une littérature francophone de qualité expliquant davantage la cryptomonnaie ?’

Il est vrai que la grande majorité des parutions dans ce domaine sont éditées en anglo-saxon.
Pourtant, il existe bel et bien nombre de pépites publiées en français, qui traitent excellemment du sujet.
Aujourd’hui, nous allons donc nous plonger dans cette bibliographie incontournable qui garnira bientôt bibliothèques et chevets – si ce n’est déjà fait – La ‘Bit-livres’ !
Cette liste n’est pas exhaustive. D’une part, des discours de qualité passent sûrement entre les mailles de nos filets et d’autre part, de nouveaux auteurs continuent de s’emparer brillamment du sujet.

Par souci de facilité, nous séparerons les titres selon trois grands thèmes.

En premier lieu, nous listerons les livres généralistes, aisés à lire et destinés au tout public.
La plupart du temps, ils sont commis par des maîtres de la vulgarisation. Fréquemment vus dans les médias, ils sont reconnus pour leurs aptitudes à répondre de manière à la fois succincte et juste.

En second, nous trouverons un niveau à la fois plus intellectualisé, enrichissant, y compris pour les affranchis. Ecrit généralement dans un langage plus soutenu, il pousse le lecteur vers un questionnement plus subtil et des détails moins évidents sur Bitcoin et les cryptomonnaies, dans un cheminement parfois proche du philosophique.

Pour terminer, nous aborderons des titres qui sont à vocation plus large, économique, traitant des dysfonctionnements de notre système monétaire et financier. Ces derniers ouvrent la voie directement ou non vers des alternatives de préservation comme le métal précieux et/ou Bitcoin.
Il n’y aura pas de classement à proprement parler et chacun demeurera juge des ouvrages qui retiendront sa préférence.
Cependant, nous n’aborderons pas les écrits à vocation purement technique.

Omnia dicta… divulganda sunt (la vulgarisation)


Bitcoin et cryptomonnaies faciles

écrit par Alexandre Stachtchenko et Claire Balva, publié aux éditions First, est un guide pratique et didactique permettant de comprendre et d'utiliser les cryptomonnaies, en particulier Bitcoin.
Ensuite, il plonge dans l'univers complexe de sa blockchain. Il décrit en détail comment fonctionne cette technologie révolutionnaire. Celle-là même qui permet des transactions sécurisées et transparentes sans passer par un tiers de confiance.

Le livre aborde également les différents types de cryptomonnaies existantes, en expliquant leurs particularités et leurs différences avec Bitcoin. De l’Ethereum au Ripple en passant par le Litecoin, les grandes cryptomonnaies du marché et leurs projets sont présentés.

Le livre se conclut par une réflexion sur l’avenir des cryptomonnaies et les opportunités qu’elles offrent.

Tout sur Bitcoin: Le comprendre et l'utiliser

est un livre écrit par David St-Onge, à la fois expert et bon vulgarisateur. Ce livre est une ressource complète pour comprendre les concepts essentiels de Bitcoin et comment l'utiliser de manière efficace.

L'auteur commence par démystifier la technologie de Bitcoin, la fameuse ‘blockchain’. Expliquant en termes simples comment fonctionne la première cryptomonnaie, il met l'accent sur sa décentralisation et sa sécurité. Il explore également les différents types de portefeuilles Bitcoin disponibles. Il explique comment choisir celui qui correspond le mieux à ses besoins.

Ensuite, St-Onge plonge dans l’économie de Bitcoin. Il aborde des sujets tels que l’offre limitée de Bitcoin, le minage et la récompense en bloc, ainsi que le rôle des mineurs dans le réseau. Il passe également en revue les avantages et les risques associés à l’utilisation de Bitcoin en tant que monnaie numérique et alternative aux systèmes financiers traditionnels.

L’auteur aborde enfin les aspects juridiques et fiscaux de Bitcoin. Il explique comment les gouvernements du monde entier traitent cette nouvelle technologie. Il offre aussi des conseils sur la manière de se conformer aux réglementations en vigueur.

En outre, le livre explore les différentes utilisations de Bitcoin au-delà de sa vocation en tant que monnaie. St-Onge décrit des cas d’utilisation tels que le financement participatif, les contrats intelligents et les applications décentralisées. Par ailleurs, ces exemples offrent ainsi une vision globale des possibilités offertes par cette technologie.

Bitcoin et crypto-monnaies

de Gilles Quoistiaux est une analyse plus journalistique de Bitcoin, de la blockchain et des cryptomonnaies. Cet ouvrage permet au lecteur de comprendre le fonctionnement de Bitcoin par le prisme des médias. Ce faisant, il met le doigt sur l'impact qu'il a sur l'économie, la finance et aussi la politique.

En introduisant simplement les notions de monnaie et de système de paiement, l'auteur explique les principes fondamentaux du fonctionnement de Bitcoin. Il présente les concepts de la chaîne de blocs, le mining et les différentes étapes d'une transaction.

Il explique également les avantages et les défis auxquels font face les cryptomonnaies en général, notamment en termes de sécurité, de réglementation et d’évolution technologique.

Comme d’autres, le livre de Gilles Quoistiaux ne se limite pas seulement à Bitcoin. Il examine également d’autres cryptomonnaies populaires comme Ethereum, Ripple et Litecoin, ainsi que les différents types de portefeuilles numériques disponibles pour les stocker.

L’auteur discute des avantages potentiels de la décentralisation et de la transparence offertes par cette technologie. Il insiste également sur les risques liés à la volatilité des prix, à la spéculation excessive et aux utilisations illégales.

Enfin, le livre se termine par une réflexion sur l’avenir des cryptomonnaies.

Bitcoin comprendre et investir

de Philippe Herlin est un livre facile à lire qui propose une analyse de Bitcoin et de son potentiel d'investissement.

L'auteur commence par rappeler les fondamentaux du Bitcoin, en expliquant son fonctionnement et en abordant quelques aspects techniques.

Il s'attache ensuite à décrire les avantages et les quelques limites de cette monnaie numérique, notamment en comparant le Bitcoin aux monnaies traditionnelles.

Le livre analyse également son potentiel d’investissement. L’auteur examine en détail les différentes façons d’investir dans le Bitcoin ; que ce soit en achetant directement des Bitcoins, en investissant dans des sociétés liées à la cryptomonnaie ou en utilisant des plateformes de change. L’auteur donne également des conseils pratiques pour bien gérer son portefeuille de Bitcoins et éviter les pièges éventuels.

Philippe Herlin ne se contente pas non plus d’un regard purement économique sur le Bitcoin. Il prend également en compte les aspects politiques et sociétaux de cette monnaie. Il met en garde contre les risques d’une dévaluation des monnaies traditionnelles et explique pourquoi le Bitcoin peut représenter une alternative intéressante, « une planche de salut ».

Dii minores scrutantur minutias (les détails)


Bitcoin : La Monnaie Acéphale – deuxième édition

est un livre écrit par Jacques Favier et Adli Takkal-Bataille qui explore en profondeur le phénomène Bitcoin.

Le terme "acéphale" signifie sans tête, ce qui souligne la nature décentralisée de cette monnaie et son fonctionnement autonome.

Au fil des chapitres, les auteurs examinent les origines du Bitcoin. Ils reviennent sur les travaux du mystérieux Satoshi Nakamoto et sur ce qu’ils ont pu déduire de ses intentions.

Ils plongent un peu plus dans les aspects techniques du Bitcoin, expliquant les principes de la cryptographie et de la blockchain.

Le livre se penche également sur l’impact économique et financier du Bitcoin. Il explore son fonctionnement en tant que moyen de paiement. L’ouvrage en examine les avantages, notamment en ce qui concerne les questions de sécurité et de confidentialité.

Les auteurs analysent également les effets potentiels du Bitcoin sur les systèmes financiers traditionnels, notamment sur la réglementation et le rôle des intermédiaires financiers.

En plus de ces aspects techniques, économiques et financiers, les auteurs abordent également les implications philosophiques et politiques du Bitcoin. Ils explorent les idéaux de liberté et d’autonomie derrière cette monnaie. Ils exposent par ailleurs les possibilités de transformation radicale du système monétaire mondial.

« Bitcoin : La Monnaie Acéphale » est un livre exhaustif et néanmoins accessible qui donnera au lecteur une compréhension approfondie du Bitcoin.

Le Livre de Satoshi

est un ouvrage passionnant qui explore la genèse et le développement de Bitcoin.

Écrit par Phil Champagne et publié par les éditions Konsensus Network, le livre plonge le lecteur dans l'univers mystérieux et révolutionnaire de Satoshi Nakamoto, le créateur du Bitcoin, à travers ses deux années de dialogues sur les forums.

Le Livre de Satoshi commence par une introduction détaillée sur la technologie du Bitcoin. Les principes de base de la cryptographie et du fonctionnement de la blockchain sont expliqués de manière concise et accessible. Le lecteur novice est dès lors capable de comprendre en profondeur le concept du Bitcoin.

L’auteur présente ensuite la figure énigmatique de Satoshi Nakamoto, dont l’identité réelle reste encore aujourd’hui inconnue. Phil Champagne enquête sur les diverses théories et spéculations concernant l’identité de Nakamoto, tout en exposant les preuves et les indices qui étayent ces suppositions. Un véritable enquête de profiling !

Le livre dévoile après les débuts tumultueux du Bitcoin et son adoption progressive par une communauté de passionnés. L’auteur raconte les premières transactions ainsi que les différents défis et obstacles auxquels Bitcoin a dû faire face pour se faire une place dans le monde financier.

Enfin, Le Livre de Satoshi explore les conséquences économiques et sociales de l’émergence du Bitcoin. Il décrit son potentiel à révolutionner le système monétaire mondial. L’auteur en analyse les avantages et les inconvénients et propose une réflexion approfondie sur son avenir et son impact sur notre société.

En somme, Le Livre de Satoshi est un ouvrage captivant qui plonge les lecteurs dans l’univers complexe et passionnant de Bitcoin et de son créateur. Il offre une vue d’ensemble exhaustive de son histoire et de ses enjeux tout en nous invitant à réfléchir aux implications de cette technologie sur notre monde.

Tempus est observandum (le contexte)


La fin des banques ?

écrit par Philippe Herlin et publié par les éditions Eyrolles, explore le paysage financier actuel et remet en question le rôle des banques traditionnelles dans l'économie mondiale.

L'auteur commence par montrer comment les banques sont devenues de plus en plus puissantes au fil des années et ont acquis un pouvoir considérable sur l'économie.

Cependant, il avance l'idée que cette puissance est désormais menacée par les avancées technologiques et la montée en puissance de Bitcoin et des cryptomonnaies.

Herlin soutient que les banques traditionnelles sont confrontées à de nombreux défis, notamment la concurrence croissante des fintechs, qui offrent des services financiers similaires à ceux des banques, mais de manière plus transparente et moins coûteuse.

De plus, l’auteur aborde également la question de la confiance envers les banques suite aux nombreux scandales financiers et aux crises économiques récentes.

Le livre explore également le rôle de Bitcoin et démontre comment il pourrait remplacer tout ou partie du système bancaire actuel.

Herlin argumente en faveur de la décentralisation de la finance. Il souligne l’importance de la véritable technologie blockchain dans cette évolution.

L’auteur ne prétend pas que les banques traditionnelles disparaîtront complètement. Cependant, il argumente que leur modèle d’affaires doit être repensé. Il propose des solutions concrètes pour adapter les services bancaires aux nouvelles réalités économiques, notamment en termes de réglementation et de protection des consommateurs.

Les Faits sont têtus

est un livre écrit par Olivier Berruyer et publié par les éditions les Arènes. Dans cet ouvrage captivant, l'auteur explore le domaine complexe de l'information politique et économique. Il y propose une réflexion sur la véracité des faits présentés par les médias.

Olivier Berruyer, fondateur du site historique d'informations "Les Crises" (désormais Elucid), remet en question le discours dominant de nos sociétés modernes. Il tente de dévoiler la manipulation et la désinformation qui peut se cacher derrière la mise en forme de l’information.

L’auteur décortique les mécanismes par lesquels les faits sont présentés et analysés. Il montre notamment comment les médias participent à la construction de notre réalité.

En partant de nombreux exemples concrets, Olivier Berruyer met en lumière les biais et les intérêts qui influencent les médias. Il nous invite à remettre en question nos certitudes et à être plus vigilants dans la consommation de l’information. Les faits sont présentés comme des éléments indépendants de nos opinions et de nos croyances. Néanmoins, la réalité est bien plus complexe. En effet, nos médias ont le pouvoir de sélectionner, d’occulter ou de déformer les informations pour les adapter à leur propre agenda.

Avec un langage accessible et des arguments solides, l’auteur propose une réflexion profonde sur la façon dont nous percevons le monde qui nous entoure.

Les faits ne sont pas toujours objectifs, ils sont souvent interprétés et manipulés selon les intérêts en jeu. Olivier Berruyer invite les lecteurs à faire preuve de discernement, à croiser les sources et à remettre en question le discours dominant. Cet ouvrage est un must du genre.

L'étalon Bitcoin

est un ouvrage rédigé par Saifedean Ammous offre une analyse approfondie du bitcoin en tant que pur objet monétaire, et de son rôle potentiel en tant qu'étalon.

Publié aux éditions Dicoland, ce livre propose une exploration audacieuse et détaillée de l'histoire de la monnaie, des systèmes monétaires actuels et de l'importance potentielle du bitcoin dans l'avenir économique.

Ammous, en économiste et universitaire renommé, présente son argumentaire en faveur de l’adoption de Bitcoin – comme l’or autrefois – en tant qu’étalon monétaire. En effet, ce dernier pourrait devenir une référence de valeur reconnue pour les biens et services échangés dans une économie. En examinant les caractéristiques et les avantages de Bitcoin, l’auteur fait valoir que celui-ci possède les qualités nécessaires pour devenir un étalon monétaire viable et durable.

Dans son livre, Ammous explore également l’histoire des systèmes monétaires et les conséquences délétères des politiques monétaires actuelles sur l’économie mondiale.

Il critique le système de monnaie fiduciaire existant, qui repose principalement sur la confiance dans les gouvernements et les banques centrales. Dès lors, il propose Bitcoin comme une alternative décentralisée et transparente.

« L’étalon Bitcoin » est un ouvrage clair et accessible. Celui-ci présente des concepts économiques complexes de manière compréhensible pour les lecteurs non spécialistes. Il offre une analyse rigoureuse questionnant les bases du système monétaire actuel et propose une vision alternative pour l’avenir.

Comment les banques kidnappent le Bitcoin

écrit par François Remi et publié par les éditions Chronica, aborde un sujet d'actualité brûlant : la relation tumultueuse entre les banques traditionnelles et la cryptomonnaie la plus célèbre, le bitcoin.

Dans cet ouvrage, François Remi démystifie la bataille qui se joue entre les banques et le système informatique, le réseau décentralisé bâti autour de Bitcoin.

L'auteur s'appuie sur des recherches approfondies et des témoignages pour montrer comment les banques tentent d'influer sur le cours et l'avenir de Bitcoin.

Le lecteur découvre ainsi les différentes méthodes utilisées par les banques pour essayer de s’approprier cette monnaie numérique, qui menace leur hégémonie dans le système financier. L’auteur explore notamment les tentatives de régulation de la part des gouvernements, les campagnes de peur et de désinformation menées par les institutions bancaires pour décourager les investisseurs, ainsi que les efforts déployés pour créer leurs monnaies numériques centralisées.

François Remi analyse également les enjeux économiques de cette confrontation entre banques et Bitcoin. Il expose les bénéfices potentiels que peut apporter la cryptomonnaie et les risques qu’elle fait peser sur les banques traditionnelles. L’auteur envisage également le scénario d’un avenir où Bitcoin pourrait supplanter complètement les monnaies traditionnelles. Ensuite, il envisage les conséquences que cela aurait sur le système financier mondial…

Voilà, dans cet article un peu plus long qu’à l’habitude, nous avons proposé une bibliographie non-exhaustive mais qui regorge déjà de nombreux trésors. Ils sauront ravir tous les amateurs de lecture passionnante sur le sujet. Les thèmes abordés devraient satisfaire les goûts et les envies de chacun, quel que soit son profil de lecteur.

Chaque livre de cette liste est empreint d’une signature particulière, que ce soit par la profondeur de sa réflexion, la beauté de sa plume ou la puissance de son explication.

De notre point de vue, cette bibliographie témoigne de la diversité et de la richesse de la littérature francophone spécialisée. Elle nous montre que chaque livre est une porte ‘à notre taille’ vers la cryptomonnaie, vers de nouvelles connaissances et qu’il est toujours possible d’apprendre et de réapprendre, peu importe nos aptitudes et préférences.

Ainsi, elle constitue une invitation à la lecture hors des médias habituels, un petit guide précieux pour partir à la véritable découverte de Bitcoin et de ses pairs !


Visuel représentant un conflit entre les mineurs Bitcoin

La guerre des blocs

Dans le présent article, nous revenons sur une période particulièrement tumultueuse qui a sévi sur Bitcoin en 2017 et dont le dénouement se situa au mois d’août de la même année.

Nous allons parler de désaccords, de divisions, de trahisons parfois, de solutions extrêmes, d’échanges à la limite de la correction, de ‘forks‘ puis finalement d’une lente et progressive victoire du bon sens, décidée par la majorité ; bref, une véritable guerre technique et idéologique… qui finit bien : la ‘guerre des blocs’.

Gonflé ‘à blocs’


Un conflit latent existait déjà depuis longtemps chez les bitcoineurs, alimenté par des désaccords sur la meilleure façon de faire évoluer le réseau Bitcoin afin de répondre à sa croissance et améliorer ses performances.

Au centre de la polémique se trouvait la taille maximale des blocs de la blockchain.

Pour rappel : la taille du bloc fut limitée à 1 Mb afin de garantir le modèle de sécurité de Bitcoin par la décentralisation, ceci combiné à une preuve de travail ajustable faisant ‘découvrir’ la solution au puzzle d’un bloc toutes les 10 minutes en moyenne. La contrepartie, c’est qu’une telle taille de bloc à cette fréquence relativement basse limite le nombre de transactions inscrites au registre à environ 7 par seconde, ce qui est totalement insuffisant pour un passage à une plus grande échelle d’adoption.

Et à cette époque déjà, le nombre de transactions atteignait régulièrement la capacité limite du réseau à les traiter, ce qui provoquait des retards de validation et des frais de transaction élevés.

Deux grandes écoles


Pour remédier à ce problème, une proposition originale, mais assez élaborée, poussée par des développeurs et appelée Segregated Witness (traduire ‘témoin séparé’ ou SegWit) avait été introduite.

SegWit consistait à réorganiser la structure interne du bloc en séparant (‘segregate’) les données de transactions des données de signatures (‘witness’), ce qui permettait d’assouplir la capacité de traitement et d’ouvrir la voie au réseau de surcouche Lightning.

Malgré un certain consensus autour de l’introduction de SegWit, il demeurait toujours des désaccords sur la manière de le mettre en œuvre, poussés par des incertitudes techniques.

Généralement, les plus techniciens favorisaient SegWit pour Lightning alors qu’en face, certains membres influents de la communauté proposaient d’augmenter simplement la taille des blocs pour permettre plus de transactions.

Les désaccords furent tels qu’ils donnèrent lieu à une division dans la communauté Bitcoin, avec deux factions émergentes : ceux qui soutenaient une augmentation, fixe ou variée, de la taille des blocs, connus sous le nom de « bigblockers » et ceux qui soutenaient SegWit, connus sous le nom de « segwiters ».

Les premiers avançaient en ordre dispersé : plusieurs groupes travaillaient sur des solutions spécifiques : d’abord Bitcoin XT qui prônait un passage des blocs à 8 Mb mais qui fut abandonné au profit de Bitcoin Classic à 2 Mb, Bitcoin Unlimited qui supprimait la limite en taille et la remplaçait par un vote dynamique des mineurs, le fork Bitcoin Cash à 8 Mb, etc.

Mais pour prendre action, tous en appelaient aux mineurs qui, selon eux, constituaient les véritables décisionnaires dans cette affaire. La balance pencherait là où irait la puissance de calcul.

Sauf que Bitcoin n’a pas de véritable dirigeant capable d’imposer sa décision et la majorité des mineurs restait prudente… on touchait à leur fonds de commerce.

Instinctivement, les mineurs pouvaient sembler favorables à des blocs plus grands mais cette logique n’était pas si implacable : le choix demeurait hasardeux et une proportion non-négligeable d’entre eux ne parvenait pas à prendre position.

Dès lors, le temps passant, nos deux factions continuaient de se disputer sans cesse sur les forums et les médias, se renvoyant arguments et contre-arguments, provoquant une véritable guerre des mots et des idées, souvent vitriolés et allant parfois même jusqu’aux attaques personnelles entre membres de la communauté.

L’annonce de futurs forks de Bitcoin, envisagés par des ‘bigblockers’ parmi les plus orthodoxes, ne fit que rajouter de l’huile sur le feu.

Rappel : un « fork » est essentiellement une scission dans le réseau, où une version du Bitcoin existant diverge en deux versions distinctes avec de nouvelles règles.

Le fork le plus connu de cette guerre des blocs est Bitcoin Cash qui, bon an mal an, survivra en tant que cryptomonnaie du top 20 et ce malgré encore un fork ultérieur.

Ceux préférant SegWit envisageaient quant à eux une mise en place directe sur le réseau principal.

Le conflit était à son paroxysme.

Bonne ou mauvaise pour les affaires ?


Cette guerre des blocs a aussi eu des conséquences financières importantes pour les détenteurs de Bitcoin.

L’incertitude entourant ce conflit a contribué à la volatilité des prix du bitcoin en 2017, en plein marché haussier, avec des augmentations et des baisses parfois spectaculaires.

Pour certains investisseurs, ce conflit était de mauvais augure et ils craignaient même pour l’avenir du réseau. En outre, ils anticipaient de faire face à des soucis de gestion lorsque des forks tels que Bitcoin Cash seraient introduits, créant de nouvelles cryptomonnaies incompatibles.

Le débat s’était donc étendu au monde des investisseurs et des traders, les premiers appréhendant le risque et les seconds l’appréciant.

Mais une chose demeurait évidente pour ce petit monde des affaires : personne ne voulait voir Bitcoin se briser en mille morceaux.

Une histoire de BIPs

Concrètement, dès le début, une version du logiciel Bitcoin modifiée ainsi qu’un BIP avaient déjà été proposés par des développeurs pour tenter l’adoption d’une mise à niveau (rappel : le BIP pour ‘proposition d’amélioration de Bitcoin’ est un document qui propose une modification motivée du code de Bitcoin) ; malheureusement, elle plafonnait à moins de 30 % d’adhésion et ne semblait plus pouvoir évoluer. De toute évidence, les lignes ne bougeaient plus.

Il faudra plusieurs mois et un enchaînement assez complexe, une imbrication de différents autres BIPs, dans les détails desquels nous n’allons pas rentrer.

(Pour en savoir plus, un excellent livre sur le sujet est ‘The Blocksize War’ de Jonathan Bier)

Clairement, l’enjeu de ceux-ci était de motiver un maximum de mineurs à signaler leur accord pour SegWit – ou pas – mais tout en avançant très lentement par peur de scissions malencontreuses.

Un BIP fut néanmoins particulier et mérite notre attention : en mars 2017, un développeur au pseudo de ‘Shaolin Fry’ publia une proposition originale qui, si elle était acceptée, contenait une condition particulière activant automatiquement – mais indirectement – SegWit au 01 août.

On l’appellera ‘UASF’ (voir plus loin). De notre point de vue, cette proposition contribuera énormément à la résolution du conflit.

Lentes et douloureuses tribulations


Après quelques campagnes pour ou contre des BIPs, des victoires et des déconvenues dans les deux camps, une forme d’apaisement émergea enfin grâce à un compromis connu sous le nom de « New York Agreement » ou « SegWit2x« , un accord qui prévoyait dans un premier temps l’activation de SegWit selon l’idée de Shaolin Fry et ensuite une augmentation de la taille des blocs à 2 Mb en novembre 2017 via un hard fork.

Plus tard, la partie ‘2 Mb’ de ce compromis sera abandonnée en raison de désaccords persistants sur cette augmentation de taille.

Mais la première partie sera un succès grâce à l’UASF.

Une anarchie démocratique

Le User Activated Soft Fork (traduire ‘soft fork activé par les utilisateurs’ ou UASF) est un concept essentiel dans le fonctionnement de Bitcoin. Il représente le pouvoir que possèdent les utilisateurs de participer activement à une mise à niveau du système.

Malgré l’absence d’un consensus clair sur des blocs plus grands ou sur SegWit, l’adoption de ce dernier a finalement progressé dans les faits avec la prise en charge par un nombre grandissant de nœuds.

Un UASF est assez simple à initier, il suffit de charger un logiciel de nœud complet mis à disposition, qui exécute les nouvelles règles de la mise à niveau proposée.

Dans ce cas précis, il s’agissait d’une règle particulière qui rejetterait à un moment donné les blocs n’ayant pas le format ‘SegWit’. Les utilisateurs pouvaient de surcroît signaler leur soutien à la mise à niveau en ajoutant leur adresse Bitcoin à une liste publique.

Une caractéristique très intéressante derrière cet UASF, c’est de faire en sorte que ceux qui rechignent à activer la mise à niveau souhaitée soient finalement contraints de suivre, par l’incitation économique, si les nouvelles règles sont bel et bien adoptées par la majorité.

Le pouvoir ultime de prise de décision se trouvait donc entre les mains du réseau lui-même.

À première vue, cela semblait être un sacré coup de poker, une approche audacieuse, mais néanmoins nécessaire. Considérant le clivage qui existait à l’époque au sein de la communauté, cet UASF n’était pas sans risques : il aurait pu aboutir à un fork contentieux qui aurait maintenu en activité deux chaînes de blocs Bitcoin distinctes, chacune avec ses propres règles et jetons.

Heureusement, une masse critique fut progressivement atteinte et dès lors, il devenait de l’intérêt de tous, même des mineurs indécis, de procéder à l’activation de SegWit.

Ce qui fut fait le 24 août 2017.

In fine, le réseau a signalé qu’il était pour SegWit et qu’au moins 80 % de la puissance de calcul l’avait rejoint. SegWit serait directement activé, sans autre forme de procès.

L’ UASF a bien démontré sa pertinence et son utilité dans ce contexte : il a prouvé qu’il était un outil important et puissant pour permettre aux utilisateurs de faire eux-mêmes des choix fondamentaux pour l’avenir de Bitcoin.

C’est cela qui mit réellement un terme au conflit : une action assez bien coordonnée du réseau, appuyée par un UASF.

Epilogue


Ainsi s’acheva notre ‘guerre des blocs’.

L’activation de SegWit fut lente et douloureuse, mais elle finit par avoir lieu et nous ouvrit la voie vers le réseau de surcouche Lightning qui permet désormais un nombre illimité de transactions Bitcoin, des micropaiements pratiquement instantanés et à très peu de frais.

Quelques irréductibles ‘bigblockers’ partirent se réfugier dans le fork Bitcoin Cash, accompagnés d’une petite fraction des mineurs. Ils se chamailleront encore après mais, étonnamment, Bitcoin Cash demeurera.

La morale de l’histoire

Théâtre de luttes pour donner une direction nouvelle et déterminante à Bitcoin, la guerre des blocs nous a montré des choses positivement intéressantes.

Tout d’abord, elle témoigne de la difficulté de modifier les règles de fonctionnement de Bitcoin si une partie du réseau manifeste des réticences. Un long processus de débats et de mises en avant d’arguments devient très vite nécessaire.

Ensuite, même si leur puissance de calcul assied la sécurité du protocole, ce ne sont pas les mineurs qui détiennent le pouvoir de décision ultime. Leur intérêt primaire est de suivre la majorité des utilisateurs dans une chaîne où ils pourront écrire des transactions et empocher des récompenses et des frais.

Enfin, les simples utilisateurs sont en capacité de participer à la détermination des choix stratégiques pour le réseau.

À ceux qui critiqueraient ces longs tâtonnements, nous répondons qu’ils sont la conséquence – et même la marque – d’une véritable démocratie active, rendue nécessaire par le consensus décentralisé et l’impératif économique.

Là aussi, Bitcoin excelle et constitue un modèle du genre.


Ethereum, qui es-tu ?

La naissance du cadet de Bitcoin


Ethereum est le deuxième cryptoactif en terme capitalisation de marché. C’est Vitalik Buterin, un informaticien Russo-canadien passionné par Bitcoin depuis 2011 qui le crée en 2015. Souhaitant étendre les possibilités de Bitcoin à d’autres usages que le paiement, Buterin, a d’abord participé au développement du Bitcoin. Il décida ensuite de créer une blockchain indépendante. Son unité de compte est l’Ether (ETH).

La révolution est en marche

Comparable à un super-ordinateur décentralisé, cette blockchain permet notamment d’héberger des “DApps” (Decentralized applications). Applications décentralisées, Ces dApps fonctionnent au moyen de “Smart contract” ou contrat intelligent, un concept imaginé quelques décennies plus tôt par Nick Szabo, dont les travaux ont inspiré Satoshi Nakamoto, le créateur de Bitcoin.
Programmes autonomes, ces smart-contracts s’exécutent quand les paramètres requis par le créateur sont remplis. Ceux-ci permettent notamment de limiter le risque de contrepartie. Une fois toutes les conditions d’exécution du contrat réunies, celui-ci s’exécute et aucune des parties ne peut faire défaut. Ces contrats sont tout de même limités à l’environnement blockchain Ethereum. Il reste néanmoins possible d’ajouter certaines données extérieures puissent grâce à l’utilisation d’oracles, des programmes capables d’importer des données extérieures à la blockchain dans celle-ci.

Nos chemins se séparent ici…


L’utilisation de ces smart-contract a également rendu possible la création de “DAOs” (Decentralized Autonomous Organisation) ou organisation autonome décentralisée. Ces organisations décentralisées fonctionnent sous l’égide d’une gouvernance assurée par un ensemble de règles prédéfinies. La première fut créée en 2016 sous le nom de “The DAO”, forte d’une levée de 150 millions de dollars en ether. Elle fut cependant victime d’un hack détournant les fonds investis.
La communauté Ethereum décida alors de réaliser un “Fork fort”, c’est-à-dire un changement de règles, tel qu’un logiciel validant un bloc selon les anciennes règles verra les blocs produits selon les nouvelles règles comme invalides. Dans ce type de fork, tous les nœuds destinés à fonctionner conformément aux nouvelles règles doivent mettre à jour leur logiciel.
Par conséquent, la communauté décida de reprendre la blockchain dans son état précédant le hack, afin de restituer les fonds volés à The DAO. Une partie minoritaire de la communauté n’a pas souhaité rejoindre le fork. En a résulté une séparation de la blockchain primaire en deux blockchains distincte : Ethereum Classique sur laquelle le hack a eu lieu et Ethereum qui a recommencé la validation de bloc avant le hack.

Un écosystème riche, créatif et ouvert

Ainsi, les deux blockchains partagent le même historique avant le fork, mais sont complètement indépendantes après celui-ci. C’est ce procédé qu’on utiliserait sans doute en cas d’attaque majeur contre une blockchain. Ethereum donne en outre la possibilité de créer des crypto-monnaies sur sa blockchain, que l’on appelle “tokens” ou jetons, qui se différencient des “coins” ou pièces que sont bitcoin ou l’ether, qui possèdent leur propre blockchain.
Le standard de token le plus commun est l’ERC-20, qui est le plus proche d’un coin. C’est notamment celui qu’on utilise dans le cadre des “ICOs” (Initial coin offering), des levées de fonds réalisées en cryptoactifs contre des cryptoactifs liés aux projets financés. Le second standard le plus courant et connu est l’ERC-721 qui attribue une propriété unique à chaque token, plus connu sous l’appellation “NFT” pour “Non-Fungible Token” ou jeton non fongible.

Stagner, c’est reculer !


La blockchain Ethereum n’est pas figée dans le marbre. Elle conserve une évolutivité orchestrée grâce à une réflexion commune, ainsi qu’une prise de décision issue d’un consensus adopté par la communauté.
Ethereum 2.0, également appelé Serenity, est une mise à jour majeure du réseau Ethereum visant à améliorer ses performances, sa sécurité et sa durabilité.

Cette mise à jour concerne deux principaux aspects de la blockchain Ethereum :

  • Le passage de PoW à PoS
  • Le sharding

Le passage de la preuve de travail, dite PoW (Proof of work), à la preuve d’enjeux, appelée PoS (Proof of stack), modifie le mécanisme de consensus d’Ethereum. L’objectif est de réduire drastiquement l’impact écologique de l’écosystème Ethereum, et d’en améliorer la scalabilité. La preuve d’enjeux fonctionne grâce à une mise en gage d’une certaine quantité d’Ether par les validateurs, qui servent de garantie pour participer au consensus, donc à la sécurité du réseau.

2.0

Ethereum 2.0 est déployé en plusieurs phases. Son lancement démarre en 2020 avec la phase 0 (Beacon Chain). L’implémentation Beacon Chain s’inscrit dans la lignée du passage de PoW au POS. C’est une nouvelle chaîne de blocs PoS qui coordonne les validateurs et gère le mécanisme de consensus PoS. Elle est déjà opérationnelle depuis décembre 2020.

Ethereum 2.0 introduit par ailleurs le sharding, qui vise à améliorer la sécurité, l’évolutivité et la performance de la blockchain. Le sharding consiste à diviser la chaîne de blocs en de multiples fragments appelés « shards« . Cela permet de traiter plusieurs transactions simultanément. Cette implémentation est possible grâce à la coordination via la Beacon Chain. Celle-ci sert de point central de coordination pour les shards. Elle enregistre les en-têtes de blocs de chaque shard, coordonne la sélection des validateurs, et gère le consensus de preuve d’enjeu pour tout le réseau.

Le sharding permet par ailleurs une réduction des frais de transaction, et du décongestionnement du réseau, améliorant ainsi l’expérience des utilisateurs.

Cap vers le large

En résumé, Ethereum 2.0 est une mise à jour majeure du réseau Ethereum qui vise à améliorer ses performances, sa sécurité et sa durabilité en adoptant la preuve d’enjeu, le sharding et d’autres innovations technologiques. Ce processus se fait progressivement par le biais de phases de transition.

L’enjeu était de taille pour la blockchain Ethereum. Les yeux de la cryptosphère étaient rivés sur cette transition. A bien des égards, celle-ci pouvait être risquée. Mais son jeu en valait la chandelle. Le déploiement d’Ethereum 2.0 s’est finalement déroulé en douceur, étape par étape, et constitue une véritable réussite, de bon augure pour la suite.

La blockchain Ethereum est une prouesse technologique, évolutive, proposant un écosystème riche aux champs des possibles nombreux. Celle-ci avance avec prudence, préférant le consensus et la sécurité pour continuer sa quête.


Bitcoin à la vitesse de l'éclair

Encore un poncif


‘Bitcoin n’est pas une bonne monnaie pour des échanges en masse et à très peu de frais. On ne peut pas payer son café avec’.

Nous l’avons vu, le modèle de sécurité et de décentralisation de la reine des cryptomonnaies est conçu sur une base fixe et raisonnable de la taille des blocs afin de permettre à n’importe qui sur le réseau de l’enregistrer.

Pour être valide, un paiement doit être écrit dans un bloc et cette opération dure une dizaine de minutes en moyenne.

Nous savons aussi que l’écriture d’une transaction dans un bloc fait l’objet d’un marché annexe d’offres et de demandes pour les frais de mineurs, le placement des transactions dans le bloc à venir étant priorisé aux utilisateurs offrant le plus de ‘pourboires’, décidant eux-mêmes du degré d’urgence du paiement.

En pratique, le réseau Bitcoin seul permet environ 7 transactions par seconde pour des frais variant à des équivalents de 0,50 à parfois 20 euros en fonction de l’engorgement de la mempool (et de la taille de transaction).

‘Pas très efficace pour une monnaie qui se veut universelle’ entendons-nous encore sur les plateaux télés…

… Déjà résolu !

En vérité, ce problème – dit ‘de scalabilité’, entendez : passage à une plus grande échelle – est résolu depuis 2018 et opérationnel depuis 2019 !

La solution trouvée est un réseau de surcouche, c’est-à-dire déployé parallèlement au réseau Bitcoin, qui prend et délivre des informations sur la blockchain Bitcoin, mais qui fonctionne indépendamment de celui-ci.

Son nom : ‘Lightning Network’ ou ‘Réseau Eclair’.

Une vieille idée


Selon la légende, Satoshi Nakamoto lui-même aurait écrit un morceau de code permettant à une transaction en cours d’exécution d’être modifiée au dernier moment par son initiateur, mais il ne l’aurait finalement pas intégré.

Vers 2013, cette idée est reprise dans un article, mais à l’époque, elle est considérée peu pratique, car elle ne fonctionne que dans un seul sens et présente d’autres limites techniques.

Finalement, en 2015, deux développeurs écrivent alors un document technique où le procédé est grandement amélioré et ses obstacles surmontés (Joseph Poon et Thaddeus Dryja – ‘Bitcoin Lightning Network : Scalable Off-Chain Instant Payments).

Dès 2016, 4 entreprises de l’écosystème crypto planchent alors sur une exécution pratique de ce procédé.

En 2018, comprenant que l’interopérabilité de leurs solutions est une clé pour la réussite, elles s’unissent pour produire une liste de standards open source, les BOLT’s – pour ‘Basis Of Lightining Technology.

Dans un monde où la concurrence est âpre, le fait est suffisamment rare pour être relevé et salué.

Ces BOLT’s sont accessibles à tous et n’importe quelle société désirant développer un projet sur Lightning peut les reprendre pour y être parfaitement compatible.

Mais de quoi s’agit-il ?

Lightning est un réseau qui s’appuie sur Bitcoin.

Il profite donc de son modèle de sécurité sans autorité de confiance.

Cependant, le protocole de Lightning fait usage pour lui-même d’autres règles et d’autres compromis.

Un point qui a toute son importance : les transactions effectuées sur Lightning sont de véritables transactions Bitcoin, valides et publiables à n’importe quel moment sur la blockchain Bitcoin, mais qui peuvent demeurer indéfiniment sur Lightning si on le souhaite.

Lightning permet des micropaiements Bitcoin, quasiment instantanés (quelques secondes au maximum) et à très peu de frais (de l’ordre de quelques satoshis).

Depuis l’arrivée de Lightning, Bitcoin pourrait désormais être considéré comme un gros coffre-fort et Lightning comme le véritable porte-monnaie.

Eh oui ! Aujourd’hui, il est tout à fait possible de payer sa baguette, son café ou sa bière en bitcoin !

Le canal de paiement


La brique de l’édifice Lightning s’appelle le ‘canal de paiement’.

Il s’agit d’une transaction particulière initiée sur la blockchain Bitcoin, qui transfère du bitcoin en pointant vers une nouvelle adresse un peu spéciale – dite ‘2/2’ – car partagée par deux copropriétaires.

Cette transaction obéit à des conditions spécifiques permettant d’ouvrir automatiquement une communication entre les deux interlocuteurs sur le réseau Lightning, appelée le ‘canal’.

Nos deux compères vont alors utiliser cette communication pour partager, selon des règles strictes, du bitcoin apporté dans la transaction initiale.

Ils vont se payer l’un l’autre en communiquant et se mettant d’accord – par les mathématiques – sur la manière dont les fonds se répartissent entre eux.

Comparons : imaginons partager à deux un ancien porte-monnaie (vous savez, ce vieux modèle avec un fermoir à deux boules).

À l’intérieur, il y a une séparation en tissu partageant en deux le contenu.

On peut décider que la partie de gauche appartient à l’un et celle de droite à l’autre.

Faisons alors passer les sous d’un côté à l’autre de cette séparation en fonction des paiements que nous nous faisons, à l’abri des regards indiscrets.

Un canal fonctionne aussi simplement que cela.

Chic et pas cher

La proposition du Lightning Network repose donc sur ce principe : ‘les canaux de paiement bidirectionnels’ qui sont à chaque fois établis entre deux parties qui souhaitent effectuer des transactions entre elles.

Ils permettent de s’envoyer des paiements autant de fois qu’on le souhaite sans avoir besoin d’afficher chaque transaction dans la blockchain Bitcoin.

Ces transactions sont mutuellement signées pour être valides et demeurent stockées dans le canal, hors de la chaîne de blocs.

Ainsi, nos deux participants peuvent continuer à effectuer des transactions autant de fois qu’ils le souhaitent (tant qu’ils disposent de fonds suffisants dans le canal, bien évidemment).

Il en résulte une réduction considérable de la congestion de la blockchain et rend possibles des paiements plus rapides, moins coûteux… Et aussi plus confidentiels.

À chaque fois, le solde de chacun est mis à jour à l’intérieur du canal au fur et à mesure que de nouvelles transactions sont effectuées et les répartitions précédentes font l’objet d’un échange de clés de révocation.

Cette mise à jour est cryptographiquement sécurisée à travers un mécanisme appelé ‘Hash Time-Locked Contracts’ ou HTLC.

Contrat à déclenchement différé


Lorsqu’une transaction est effectuée dans le canal, un contrat HTLC est créé.

Ce contrat spécifie une condition de délai pendant lequel la transaction peut être révoquée.

Si les bonnes conditions sont remplies dans les délais impartis, la transaction est validée et les fonds sont transférés au destinataire.

Sinon, les fonds sont retournés à l’expéditeur.

Magie des réseaux

Mais quel avantage aurions-nous à utiliser un canal à deux ?

Parce que ces canaux peuvent aussi communiquer en réseau, pardi !

Les paiements dans Lightning peuvent être routés et relayés à travers plusieurs canaux.

Par exemple, si A veut envoyer des fonds à C, mais n’a pas de canal direct avec C, A peut faire transiter par un canal de paiement avec B qui a un canal de paiement avec C.

C’est très simple : il suffit d’utiliser des contrats HTLC successifs, où chaque participant valide la transaction et transfère à la partie suivante ; de relais en relais, la transaction finit par atteindre le destinataire final.

Cela s’appelle le ‘paiement multi saut’ (‘multi hop’, en anglais)

Fermeture du canal


À un moment donné, si au moins un des participants ne souhaite plus utiliser Lightning et terminer ses transactions hors chaîne pour revenir sur Bitcoin, il peut créer une transaction de clôture qui va consolider les deux soldes du canal.

Cette transaction est ensuite diffusée sur la blockchain Bitcoin, où elle est confirmée et enregistrée… mais seulement après un certain délai.

La ruine du tricheur

Car attention !

Malheur à lui si c’est un petit filou qui a décidé non pas de publier deux soldes finaux corrects, mais une ancienne répartition qui lui est plus favorable, car dans ce cas l’autre partie dispose alors d’un temps réaction non-négligeable.

Pour quoi faire ? Pour prendre tous les fonds qui se trouvent dans le canal en utilisant les clés de révocations : c’est ‘la transaction de pénalité’.

L’honnêteté dans Lightning est garantie par ce risque de punition totale. C’est une arme de dissuasion massive, capable de faire tout perdre au tricheur.

Une confidentialité accrue

Un paiement effectué sur Lightning ne se voit pas sur la blockchain.

Sur cette dernière, on ne peut voir que la transaction initiale et celle de fermeture.

Tout le reste est enregistré dans le canal et connu uniquement des deux participants.

Cerise sur le gâteau, la communication entre les canaux se fait au moyen de ce qu’on appelle un ‘routage en oignon’, un procédé de communication par relais chiffré et très efficace (semblable à TOR, pour les connaisseurs).

De cette façon, un canal qui relaie un paiement ne connaît ni l’émetteur ni le destinataire de celui-ci, ce qui améliore d’autant la confidentialité.

En résumé


Lightning offre plusieurs avantages.

Tout d’abord, il permet d’effectuer des transactions instantanées, à la vitesse télécom, puisque contrairement aux paiements sur la chaîne de blocs principale qui nécessitent une confirmation des blocs, les transactions dans Lightning s’opèrent en dehors de la chaîne.

Ensuite, Lightning permet des frais de transaction considérablement réduits. Étant donné que les transactions sont effectuées hors chaîne, les frais associés à l’utilisation du réseau Bitcoin sont éliminés. Ces frais ne sont payés que pour l’ouverture et la fermeture des canaux, ce qui en fait une option très économique pour de petits paiements.

Enfin, Lightning offre une évolutivité accrue pour la taille de Bitcoin, son passage à une échelle ‘universelle’. Compte tenu du nombre limité de transactions que la blockchain peut traiter, il permet de réduire considérablement sa congestion en effectuant des transactions hors d’elle. Ainsi, Bitcoin peut gérer un nombre de transactions d’un autre ordre de magnitude sans compromettre la sécurité et la décentralisation du réseau.

Aujourd’hui, de plus en plus de commerçants acceptent Bitcoin et le paiement en Lightning, pour eux bien plus pratique et rapide.

C’est entre autres le cas de certains bars… Alors, à votre santé !

Contrairement à Bitcoin, la sécurité de Lightning repose sur le maintien d’une connexion active entre les participants. Si l’une des parties ne répond pas pendant une période prolongée, cela peut entraîner une immobilisation inutile de fonds pour l’autre partie.

Cela peut aussi entraîner une perte dans certains cas.

Heureusement, des mécanismes tels que le « Watchtower » ont été proposés pour résoudre ce problème en permettant à une tierce partie de surveiller plusieurs canaux de paiement et ainsi protéger les participants.


L'anonymat Bitcoin

Bitcoin est depuis longtemps présenté par ses détracteurs comme un système de paiement anonyme, permettant de réaliser des transactions illicites sur le darkweb’.

Drogues, armes, faux documents etc. seraient subitement devenus beaucoup plus faciles à se procurer grâce à cette ‘invention diabolique’… comme si le cash en dollars n’en faisait pas déjà assez ?

Pareille présentation ne devrait-elle pas suffire à nous en détourner séance tenante ?

A priori oui, mais en fait non. Et cela mérite que l’on s’y attarde.

Aujourd’hui, nous allons un peu soulager notre conscience rudement malmenée par ce poncif de comptoir.

Pas anonyme mais pseudonyme


L’anonymat et le pseudonymat sont des termes utilisés dans le contexte de la vie privée et des transactions en ligne. Cependant, on amalgame trop souvent le second avec le premier alors qu’ils présentent des caractéristiques et des implications très distinctes.

L’anonymat fait référence à l’état d’être inconnu ou non identifiable, où la véritable identité d’une personne est complètement dissimulée, impossible à déterminer.

Le pseudonymat quant à lui consiste à utiliser une identité ou un nom d’utilisateur cohérent, mais fictif, qui ne révèle pas la véritable identité.

Et le terme réellement pertinent à employer lorsqu’il s’agit de Bitcoin est ‘pseudonymat’.

De fait, lorsqu’on génère une adresse Bitcoin, on le fait sans divulguer la moindre information personnelle. Aucune vérification formelle d’identité n’est requise par le réseau pour créer cette adresse et donc aucune identification personnelle n’y est associée. Cela permet à un individu d’opérer sous le pseudonyme d’une adresse en effectuant ses transactions sur le réseau.

L’utilisateur de Bitcoin est donc ‘représenté’ par une adresse publique qui n’est a priori qu’une suite de caractères dérivée d’une clé publique.

Mais dès la première transaction, cette adresse se retrouve mentionnée sur la blockchain, visible de tous. Elle est en quelque sorte comparable à un numéro de compte dans un grand livre ouvert.

Or, la blockchain Bitcoin enregistre tout, n’oublie rien et tout le monde peut la scruter ; par conception, c’est entre autres cela qui permet de résoudre le problème technique de la double dépense.

Ainsi, bien qu’elle ne révèle pas directement l’identité de son propriétaire, une adresse sur la blockchain permet une traçabilité totale car elle expose publiquement toutes les transactions tenantes et aboutissantes qui lui sont associées.

Dès lors qu’un lien peut être établi entre l’identité d’une personne et cette adresse, son historique entier de transactions peut alors être dévoilé avec une simplicité et une facilité toutes informatiques.

Cela change beaucoup de choses.

Les chasseurs de prime


Depuis de nombreuses années, des sociétés se sont d’ailleurs spécialisées dans l’analyse des données de la blockchain et proposent leurs services à des tiers afin de les aider à découvrir les identités réelles des utilisateurs qui sont derrière certaines adresses… avec plus ou moins de succès.

Une des plus connues est la société américaine Chainanalysis.

En général, leurs clients sont des services administratifs ou de force publique, dont les propres données et techniques d’infiltration rendent possible le croisement de plusieurs faisceaux d’indices, à la fois intérieurs, mais également extérieurs à la cryptomonnaie, afin d’identifier le contribuable ou le justiciable. Ces sociétés agissent pour eux tels des chasseurs de prime.

Un sujet qui défraye actuellement la chronique dans ce domaine est le projet Arkham Intelligence, qui veut rendre l’analyse de la blockchain ‘à la portée de tous’, moyennant finances bien sûr et employant son propre jeton ARKM pour ce faire. Leur dernière idée fumeuse est la création d’une place de marché où les identités derrière les adresses pourrait faire l’objet d’offres et de demande…

Soyons-en bien conscients, nous laissons toujours des traces numériques. Elles vont de l’enregistrement sur un site à la caméra de surveillance de magasin, en passant par le fournisseur d’accès à internet.

Un anonymat complet est très difficile à atteindre, presque impossible ; et malgré de bonnes pratiques, voire même des précautions paranoïaques, il arrive toujours bien un moment où nous baissons notre garde et rendons quelques données exposables.

Un peu de protection tout de même


Cependant, la conception actuelle des portefeuilles Bitcoin permet aux utilisateurs de créer de nouvelles adresses pour chaque transaction, améliorant ainsi leur degré de confidentialité.

Ce processus, traduit de l’anglais par ‘évitement de réutilisation d’adresse’, rend plus difficile la mise en lien de plusieurs transactions entre elles.

En générant à chaque fois de nouvelles adresses, les utilisateurs Bitcoin peuvent partiellement ‘casser’ la traçabilité et rendre plus laborieuse la surveillance de leurs activités.

Mais même avec cet évitement, l’anonymat n’est jamais garanti, car des méthodes plus avancées et une analyse technico-légale peuvent toujours parvenir à révéler une identité derrière une adresse spécifique.

Bitcoin n’a pas été conçu pour nous garantir de rester anonymes, mais seulement pour nous apporter un degré de confidentialité suffisant eut égard aux services qu’il fournit.

Un investigateur motivé, muni des outils adéquats et disposant d’accès exclusifs à des bases de données administratives, parviendra probablement à ses fins.

La course aux armements

De leur côté, les développeurs n’ont de cesse d’améliorer la confidentialité des transactions.

Les uns ont mis au point des cryptomonnaies aux procédés rendant opaques les informations sur leur blockchain. C’est par exemple le cas de Monero ou encore celui de Zcash, dont les vertus de confidentialité sont vantées par Edward Snowden lui-même.

Mais leur efficacité est telle que certaines places de marché ont dû les délister sous la pression des régulateurs ! C’est une raison qui explique pourquoi elles sont si peu employées.

Les autres ont inventé des méthodes de mélange de jetons et d’adresses afin de rendre extrêmement difficile toute tentative de traçage.

En réponse, de nouvelles techniques ont été développées pour suivre et analyser les transactions Bitcoin de manière plus efficace, souvent avec la consultance de cerveaux ayant travaillé dans ‘l’autre camp’…

Ainsi, on est aujourd’hui capable d’utiliser l’analyse approfondie de réseau, les algorithmes de regroupement et d’autres méthodes d’investigation sophistiquées pour relier plusieurs adresses à la même activité, puis la même identité.

Que du bon sens


En fin de compte, le pseudonymat dans Bitcoin permet aux utilisateurs de séparer leurs transactions en ligne de leur identité réelle et demeure un outil utile pour préserver la vie privée… jusqu’à un certain point.

Avec du bon sens et une franche honnêteté, cette particularité devrait déjà attirer les gens préoccupés par l’utilisation abusive d’informations personnelles ou le suivi non autorisé de leurs activités personnelles.

Et, là où nous pensons immédiatement à des gouvernements totalitaires, nous omettons très souvent le marketing intrusif, qui est pourtant tout aussi délétère pour la vie privée.

En gros, Bitcoin peut bien nous protéger de la surveillance de masse, mais pas de la surveillance ciblée.

Enfin, pour les plus techniciens d’entre nous, pourquoi ne pas créer son propre nœud complet Bitcoin afin qu’il relaie nos transactions parmi les autres ? Combiné avec le réseau de communication TOR, il assurera un degré de confidentialité plus que correct.

Et de la tolérance

Ni l’anonymat ni le pseudonymat ne veulent forcément dire que l’on a quelque chose de répréhensible à cacher, à se reprocher. Une affaire privée, sensible, confidentielle doit pouvoir être respectée et ne pas être soumise au risque systématique d’être dévoilée.

Avec un accès trop facile à l’information, la tentation serait pourtant omniprésente.

Préserver sa vie privée est une bonne pratique et doit continuer à être considéré comme tel.

Une citation d’Edward Snowden résume bien cette idée :

« Prétendre que le droit à la vie privée ne vous intéresse pas car vous n’avez rien à cacher est comme le fait de dire que la liberté d’expression ne vous intéresse pas parce que vous n’avez rien à dire. »

Prise de conscience

Avant tout, il demeure essentiel de réaliser qu’un secret informatique n’est plus absolu depuis l’avènement des réseaux, que si la cryptographie protège efficacement, il y a cependant bien d’autres moyens de se faire découvrir, car nous laissons quantités d’autres traces par ailleurs.

Les criminels ayant employé Bitcoin s’en sont rendu compte bien trop tard…

Dans tous les cas, l’honnêteté et la prudence restent de mise.

Une histoire très médiatisée est celle de Silk Road, un site fermé par le FBI en 2013 et l’arrestation de son créateur, Ross Ulbricht. Les Services Fédéraux réussissent à mettre la main dessus grâce à l’infiltration d’agents et la découverte d’une adresse IP non masquée. Cette dernière mènera à des serveurs en Islande, puis au traçage des transactions sur la blockchainBitcoin.

En conclusion, Bitcoin est un outil monétaire généraliste, il respecte la vie privée de ses utilisateurs grâce au pseudonymat, mais il est une mauvaise monnaie pour couvrir des activités illicites.

Les dollars ou les euros en cash fonctionnent bien mieux !!!


Fork, la fourchette sceptique

Nous savons que le monde merveilleusement ésotérique de Bitcoin s’est doté d’un vocabulaire chamarré.

Déjà dans les articles précédents, nous avons été bombardés de toute sorte de termes nouveaux : minage, blockchain, hachage, clé, adresse, BIP, graine, phrase mnémonique, etc.

Et lorsque nous croyons enfin en avoir fait le tour, voici que l’on entend parler de ‘forks’.

C’est un fait, nous sommes loin d’en avoir fini. Quel monde passionnant !

Nous voilà repartis pour un petit tour dans le dico de la crypto.

Des forks, il y en a des souples, des durs, des temporaires et des durables.

Lorsque nous consultons des forums ou des podcasts spécialisés, nous relevons parfois les commentaires suivants : ‘Monero est plus démocratique grâce à son hard fork RandomX de 2019’

ou encore ‘Zcash est un fork de Bitcoin utilisant la technologie Zk-Snark’

Fork ? Quésaco ?

La fourche bifide


Techniquement, un ‘fork’ définit un moment particulier où peuvent coexister deux états différents d’une même blockchain.

On pourrait visualiser cela ainsi : la chaîne de blocs se sépare en deux de façon ‘bifide’, prend la forme d’une fourche à deux dents.

Cela arrive de temps en temps dans Bitcoin et encore plus souvent dans certaines autres cryptomonnaies.

À quoi cela est-il dû et quelles en sont les conséquences ?

Le cas du minage


Ce cas de figure particulier est certainement le plus trivial. Il se produit également dans d’autres cryptos.

Nous pouvons déjà le qualifier de ‘fork’.

Vu que Bitcoin est un réseau mondial, nous savons que la propagation d’une information met environ 15 secondes pour atteindre tous ses nœuds.

Endéans ce délai, il est tout à fait possible que deux mineurs A et B trouvent leurs solutions respectives de bloc et les diffusent chacun de leur côté.

Comme chaque solution A ou B est valide, les nœuds qui ont reçu d’abord l’information du mineur A vont la considérer comme légitime et accepter son bloc, tandis que ceux qui ont reçu en premier celle du mineur B l’acceptent tout autant.

Le réseau ‘se scinde’ alors, car nous avons bien là sur le réseau deux états différents de la chaîne, deux registres presque identiques excepté la dernière page qui diffère – le dernier bloc.

Heureusement, cette situation ne perdure pas, car dix minutes en moyenne plus tard, un mineur qui travaillait à partir d’un de ces deux blocs A ou B va trouver sa solution avant les autres, ajouter son bloc, rendre la chaîne plus longue de son côté et tous les nœuds s’aligneront alors sur lui, la récompense du bloc précédent A ou B sera finalement attribuée à celui qui l’a miné et il ne sera plus tenu compte de l’autre bloc (on l’appellera bloc ‘orphelin’).

La probabilité d’un tel cas de figure est faible (environ 2 à 3 fois par semaine).

La probabilité qu’il se reproduise consécutivement est infime et, de toute manière, le même processus de réalignement resterait d’application.

Ceci justifie pourquoi un mineur qui ‘gagne’ un bloc doit attendre un certain délai avant de pouvoir dépenser sa récompense et les pourboires (on ne sait jamais…)

Pour les transactions qui se trouvent dans le bloc A ou B, ce n’est pas tant un problème ; 99,99 % de celles-ci sont logiquement identiques dans les deux blocs car chaque mineur aura cherché à maximiser son gain en pourboires en sélectionnant prioritairement les mêmes.

Mais cela explique d’autant plus pourquoi il est toujours recommandé d’attendre de deux à six blocs après, pour la considérer comme ‘confirmée’ et irréversible.

Le paradoxe routier


L’autre cas de figure, bien plus visible et exposé sur les forums, se rapporte à un changement dans les règles du protocole.

C’est ici que les qualifiants ‘hard’ ou ‘soft’ prennent tout leur sens.

Nous savons que ces règles sont appliquées de manière automatique par l’exécution d’un logiciel ; elles sont d’office respectées par les machines afin de demeurer au sein du bon réseau et d’avoir des transmissions qui sont bien prises en compte.

Mais étant donné que notre réseau est libre et distribué, une partie ‘sceptique’ de celui-ci – majoritaire ou non – peut douter des règles actuelles et librement se mettre d’accord sur de nouvelles règles de protocole qui seraient d’application à partir d’un moment déterminé.

Si ces règles sont plus contraignantes, on parlera paradoxalement de ‘soft fork’ et si elles sont plus souples de ‘hard fork’.

Un peu bizarre, n’est-ce pas ?

Pour expliquer cette logique, voici une analogie didactique : les règles du protocole sont une sorte de code de la route, une liste de règles qui font loi afin que la circulation s’opère sans accidents.

Si nous décidons de modifier une règle, de sorte que la vitesse maximale qui était permise auparavant devienne désormais interdite, nous la rendons plus stricte. On parlera de ‘soft fork’.

Pourquoi ? Parce que les nouvelles règles demeurent dans le cadre des anciennes : si nous devons désormais rouler à maximum 90 km/h là où auparavant la vitesse maximale était de 120, nous respectons toujours bien la limite antérieure des 120, n’est-ce pas ?!

Par contre, si nous modifions une règle pour permettre une limite de vitesse moins contraignante, supérieure là où ce n’était pas possible auparavant, on parlera de ‘hard fork’ car les nouvelles règles sortent du cadre des anciennes : nous pouvons désormais rouler à 120 là où c’était maximum 90, nous ne respectons plus l’ancienne limite des 90…

Concrètement, l’introduction de règles différentes ou de nouveaux procédés dans un protocole de blockchain décentralisé entraîne un fork.

Les softs forks sont rétrocompatibles – ils acceptent toujours les anciennes règles – alors que les hards forks ne le sont jamais : des anciennes règles sont invalidées et des informations propagées selon les nouvelles règles ne sont plus acceptées dans le réseau initial.

Un schisme confessionnel


Les forks peuvent être proposés par n’importe qui sur le réseau.

Mais pour avoir une chance de remporter l’adhésion d’au moins une partie des nœuds, ils doivent faire l’objet d’un explicatif motivé et sont souvent suivis de longs débats contradictoires.

Si une proportion suffisante de nœuds décide de suivre les nouvelles règles proposées, ils vont ‘activer’ le fork – en lançant une nouvelle version du logiciel de protocole – et le réseau va se scinder, chaque blockchain continuant sa route de son côté.

Un peu comme dans un divorce, on a partagé une histoire commune puis on se sépare.

Exemple bien connu : Bitcoin et Bitcoin Cash

Si la toute grande majorité des nœuds reste sur l’ancienne chaîne ou rejoint la nouvelle, la probabilité est grande que celle qui est tombée en désuétude disparaisse tout simplement (la puissance de minage demeurant n’étant plus suffisante pour assurer son modèle de sécurité).

La naissance de re-jetons

S’il y a assez de nœuds et de puissance de minage de chaque côté, les deux chaînes perdurent et deux cryptomonnaies existent de fait.

Ce qui implique que quiconque possédait une adresse avec des jetons sur la chaîne originelle avant la scission se voit également propriétaire d’une même quantité de jetons sur la nouvelle.

Les anciens et les nouveaux jetons ont chacun un prix de marché et continuent leur vie sur leur blockchain respective en appliquant des règles différenciées.

Nous ne pourrons pas déplacer ces jetons d’un réseau à l’autre sans effectuer d’opération de change, car ils ne sont pas du tout interchangeables : les deux réseaux sont devenus distincts.

Ils ont ‘fourché’ – et même ‘fourché fort’.

Est-ce une forme d’inflation ? Oui, en quelque sorte, mais n’oublions pas que la quantité totale de nœuds n’a pas changé ni forcément les usages, ce qui influence le prix réel de chaque jeton (par exemple, si la nouvelle chaîne doit encore faire ses preuves).

Bitcoin l’alpha


Nous l’aurons déduit : si nous remontons la ‘généalogie fork’ de nombreuses cryptomonnaies, nous allons retrouver Bitcoin en tant que parent de souche. Certaines n’ont changé que quelques paramètres mineurs alors que d’autres ont expérimenté des modèles plus élaborés.

Bien sûr, il y a eu aussi de nouvelles cryptomonnaies originelles, construites de toutes pièces avec leur propre bloc de genèse. Pourtant, même là, il semble juste de dire que Bitcoin a montré le chemin.

Le monde des cryptos est comme un grand réseau routier avec plein de bifurcations, plein de fourches…

Remarque


Il existe des versions différentes de Bitcoin Core, ce logiciel qui permet de transformer notre ordinateur en nœud. Elles sont mises au point par d’autres développeurs et poursuivent souvent d’autres objectifs. Par approximation, on les appelle également ‘forks ‘ ou parfois ‘forks logiciels’ mais, dans leur majorité, elles ne changent ni les règles du protocole ni le comportement du réseau et demeurent entièrement compatibles avec ce dernier.

Elles n’impliquent donc pas de véritable fork sur Bitcoin.


Pousse-partout

Politique de l’extrême


Récemment, un livre bizarre a défrayé la chronique. Il s’agit de l’ouvrage de Mme Nastasia Hadjadji ‘no crypto’, un petit livre rose cherchant désespérément à démontrer les racines idéologiques d’extrême droite de Bitcoin.

Outre le fait que, selon nous, il ne s’agisse que d’un pamphlet wokiste orienté et déguisé en recherche ‘objective’ par des références glanées dans les pires articles sur le sujet,

Nous avons vu la communauté cryptoenthousiaste perdre son temps et son énergie à réagir, contredire, même tenter en vain de raisonner l’autrice et, ce faisant, lui donner indirectement une certaine visibilité.

Nous n’en commenterons donc pas plus, une critique au scalpel a déjà été rédigée par un référent dans le domaine du Bitcoin.

Mais cet incident a tout de même un bénéfice, celui d’interroger sur les caractéristiques politiques de Bitcoin… et même au-delà.

Souverain de par son existence


Car il est vrai que son fonctionnement évoque quelque chose de politique, de souverain :

  • Proposer une manière nouvelle et intéressante d’interagir avec autrui ;
  • Créer un nouvel espace marchand ;
  • Récompenser ceux qui se donnent du mal pour le système avec la monnaie même du système
  • Présenter un ensemble de règles simples, évidentes, de bon sens, en tant que ‘constitution’
  • Offrir un service équivalent, traiter de manière égalitaire tous ses membres
  • Rendre toute attaque bien trop coûteuse en moyens matériels et énergétiques
  • être imperméable à toute influence extérieure, continuer son chemin de manière autodéterminée
  • Développer chez ses utilisateurs une forme de militantisme et un esprit de cohésion.

En existant, Bitcoin crée une communauté, en motive les actions et les développements à la fois collectifs et individuels.

Il faut bien reconnaître que tout ceci est éminemment politique, une sorte de nation autoproclamée.

Dès lors, la tentation de s’interroger sur son clivage est facile…

Alors, de gauche ou de droite ?

Dans quel terreau aurait-il pris son essor ?

Principes universels

Bitcoin est apparu au milieu de scientifiques et de techniciens, beaucoup ayant des convictions fortes, conscients avant l’heure qu’un réseau informatique global pourrait aussi bien inonder l’humanité de bienfaits que mettre en danger les grands principes du droit humain.

Leurs intentions ont bien évidemment percolé à travers leurs réalisations.

Affichant clairement leurs opinions, ils se posent en défenseurs de la liberté, de la vie privée et des droits individuels, considèrent que ces idées sont indispensables à une vie heureuse.

Entre autres, observant que le cash représente une forme de monnaie peu contrôlable et pas censurable, ils se sont attelés depuis les années ‘90 à la création d’une version électronique pour internet.

Au bout de presque 20 ans de recherches et d’essais infructueux, Bitcoin est enfin né.

Du cash électronique, oui. Mais avaient-ils prévu qu’il présenterait des caractéristiques similaires à l’or ? On peut répondre par l’affirmative en repensant à ‘Bitgold’, une de leurs tentatives de cryptomonnaie.

Ainsi, il n’est pas surprenant qu’ils aient voulu une monnaie qui s’affranchisse des velléités spoliatrices des gouvernants, tout comme l’or a pu le faire durant des siècles.

Mais liberté, vie privée, droits individuels sont des principes qui font (heureusement) partie intégrante d’un grand nombre d’idéologies politiques.

Donc, à moins de tomber dans une doctrine extrême les refusant catégoriquement, il est évident que Bitcoin puisse convenir à toutes.

Point n’est besoin de la logorrhée exaltée de Mme Hadjadji sur le sujet.

Une autre réalité

Mais la subtilité est ailleurs. Bitcoin est plus vaste, ‘supra’politique en quelque sorte.

Au-delà, il plonge ses ramifications dans l’anthropologie par l’incitation individuelle, la sociologie par le groupe, la philosophie par le rationnel et le juste… sans parler de l’économie, bien sûr.

De notre point de vue, sa vraie nature est plurielle, instinctive, elle se trouve ailleurs, au sein même du vivant.

Car Bitcoin n’est pas le rejeton d’une idéologie politique, il est tout simplement vivant.

Bitcoin vivant


Mais la subtilité est ailleurs. Bitcoin réellement est plus vaste, ‘supra’politique en quelque sorte.

Au-delà, il plonge ses ramifications dans l’anthropologie par l’incitation individuelle, la sociologie par le groupe, la philosophie par le rationnel et le juste… sans parler de l’économie, bien sûr.

De notre point de vue, sa vraie nature est plurielle, instinctive ; elle se trouve ailleurs, au sein même du vivant.

Car Bitcoin n’est pas le rejeton d’une idéologie politique, il est tout simplement vivant.

« Bitcoin est le premier exemple d’une nouvelle forme de vie qui respire sur internet.
Il vit, car il peut rémunérer des personnes pour le maintenir en vie.
Il vit car il offre un service utile que les gens sont prêts à payer.
Il vit car n’importe qui, n’importe où, peut en répliquer une copie grâce à son code.
Il vit car toutes les copies en cours d’exécution communiquent constamment entre elles.
Il vit car si une copie est corrompue, elle est rapidement mise à l’écart, sans tracas ni désordre.
Il vit car il est radicalement transparent : n’importe qui peut voir son code et savoir exactement ce qu’il fait. »

Cette citation n’est pas du docteur Frankenstein, mais bien du professeur Ralph Merkle, pionnier de la cryptographie asymétrique et dont une des inventions – ‘l’arbre de Merkle’ – est un constituant de la blockchain.

Cette définition est criante de vérité. À celle-ci, nous pourrions encore ajouter :

– que son cœur bat toutes les 10 minutes en moyenne, au rythme des blocs;

– qu’il s’améliore continuellement grâce à des développeurs open-source de classe mondiale;

– que c’est un ‘adolescent’, avec de temps à autre de terribles crises de croissance (notons bien que nous ne parlons pas forcément de son prix);

– qu’il retient absolument toute information qu’on lui fournit dans sa blockchain;

– qu’il a un caractère fort car on ne peut le manipuler;

– qu’enfin, par design, il est capable d’opposer une immunité face à chaque attaque et d’en sortir même renforcé.

Bitcoin est un protocole fonctionnant en réseau, mais oui, il adopte aussi un mécanisme proche du biologique : il vit, se développe en se répliquant de plus en plus jusqu’à atteindre sa maturité.

C’est sa fonction objective.

Il présente une configuration matérielle transformant l’énergie pour conserver en son intérieur de l’information dans le temps – ceci est une des plus belles définitions heuristiques du vivant.

Comme nous le faisons avec la nourriture pour conserver et perpétuer notre ADN, lui fait usage des machines et de l’énergie de calcul pour préserver et transmettre sa chaîne de blocs.

Tel un organisme vivant, il fonctionne donc, de façon dynamique et cohérente, pour assurer son maintien.

Une autre similitude est toute darwinienne : open source, Bitcoin accepte que des variations de lui-même soient créées et qu’elles subissent une sélection naturelle.

Laisser se développer librement d’autres configurations de soi, des versions modifiées, éventuellement rivales ou plus aptes à remplir certaines fonctions, c’est typiquement ce qu’il rend possible, jusqu’à parfois en intégrer les meilleures améliorations en son propre sein.

Il s’optimise en permanence, il se soumet… à une évolution.

La version actuelle de Bitcoin est la numéro 22.

Parfaitement rétrocompatible avec les versions précédentes, elle est cependant beaucoup plus riche techniquement et permet de ‘travailler’ les transactions avec une panoplie de plus en plus large d’outils et de méthodes.

Enfin, de par ses qualités, il se rend utile et fiable à son milieu. (En poussant un peu le bouchon, on pourrait dire qu’il ‘séduit’ pour se reproduire)

Un incroyable champignon


Dans une série d’articles parus en 2018, le mycologue Brandon Quittem proposait une piste originale : considérer Bitcoin comme une espèce de champignon.

Tel le personnage de Pacôme, comte de Champignac, Brandon plaçait alors sa grille de lecture champignonneuse sur Bitcoin et observait : pas de cerveau central, pas de centre névralgique dont la destruction entraîne la mort de l’organisme. Anti-fragile par nature, capable de survivre à de longues périodes défavorables, son réseau de nœuds agit comme des mycéliums, des neurones qui assimilent et transmettent l’information, qui peuvent à la fois discrètement s’étendre et puis, brusquement, se mettre à croître au grand jour.

À l’évidence, les similitudes sont pertinentes.

Bitcoin serait un drôle de champignon informatique qui rend service à l’humanité.

Pousse-partout

Aujourd’hui, Bitcoin a déjà bien grandi et ne souhaite qu’une seule chose, continuer à s’étendre et à vivre.

Alors arrêtons de lui trouver des racines à droite, à gauche ou au centre.

Cela n’a aucune importance pour lui, il peut véritablement pousser partout.

Et c’est très bien comme cela !