Icône Bitcoin (BTC)

BTC

— € —%
Ethereum (ETH)

ETH

— € —%
VeraOne (VRO)

VRO

— €/g —%

La fracture franco-allemande s’élargit sur l’euro tokenisé

Actualité du

13 mai 2026

Stablecoin euro : ce mercredi 13 mai 2026, la sortie de Denis Beau, premier sous-gouverneur de la Banque de France, ouvre une fracture stratégique au sommet de l’Eurosystème. Dans un entretien à CoinDesk publié hier, le banquier central français appelle à « une mobilisation conjointe des acteurs publics et privés » pour faire émerger un euro tokenisé. Objectif : concurrencer les stablecoins libellés en dollar qui captent l’essentiel d’un marché numérique en pleine expansion.

Paris pousse pour une coexistence public-privé

Denis Beau ne désavoue pas l’euro numérique de banque centrale. Il défend une architecture plus large. Le sous-gouverneur veut combiner monnaie de banque centrale, dépôts tokenisés et stablecoins en euro émis par des banques européennes. Cette ligne s’inscrit dans la continuité de son discours du 26 mars à Nicosie, où il avait déjà exposé un « triple objectif » pour la zone euro.

La position de Beau a un poids politique direct. Le ministre français de l’Économie Roland Lescure avait jugé le mois dernier « non satisfaisant » le faible volume des stablecoins libellés en euro. Paris veut une réponse industrielle, et vite.

La BCE campe sur sa ligne défensive

À Francfort, le ton reste tout autre. Le 8 mai dernier, Christine Lagarde a martelé que « l’argument en faveur de la promotion des stablecoins libellés en euros est bien plus faible qu’il n’y paraît ». La présidente de la BCE intervenait au Forum économique Banco de España Latam, à Roda de Bará. Elle privilégie une voie purement publique : la monnaie numérique de banque centrale.

Son arsenal d’arguments est connu. Risque de panique en cas de stress de marché. Affaiblissement de la transmission de la politique monétaire. Migration des dépôts bancaires vers des actifs non bancaires. Lagarde a rappelé l’épisode de mars 2023, lorsque l’USDC s’était déprécié à 0,877 dollar après l’effondrement de Silicon Valley Bank.

Un marché dominé par le dollar à 98 %

Le décor macro explique l’urgence. Le marché global des stablecoins a franchi 300 milliards de dollars, contre moins de 10 milliards il y a six ans. Près de 98 % de ces jetons restent indexés sur le dollar, USDT (Tether) et USDC (Circle) en tête. Ce déséquilibre fait peser un risque de « dollarisation numérique » sur la finance européenne, terme que Lagarde elle-même a employé.

Qivalis, le test grandeur nature attendu fin 2026

L’urgence est aussi industrielle. Le consortium Qivalis réunit douze grandes banques européennes : BNP Paribas, ING, BBVA, UniCredit, Société Générale, Danske Bank et d’autres établissements de premier plan. Le projet vise un stablecoin euro conforme à MiCAR, sous supervision néerlandaise, avec un lancement commercial au second semestre 2026. L’infrastructure technique a été confiée à Fireblocks.

C’est précisément ce projet que la Banque de France soutient ouvertement, et que la BCE regarde avec méfiance. Le calendrier va devenir explosif. Le Parlement européen doit voter en mai 2026 sur le règlement de l’euro numérique. Le déploiement grand public reste visé pour 2029.

Une bataille macro pour la souveraineté monétaire

Le débat dépasse la mécanique technique. Il s’agit de savoir qui contrôlera les rails du règlement tokenisé en zone euro. Le projet Pontes de l’Eurosystème, qui doit relier les blockchains à TARGET, sera lancé en septembre 2026. La feuille de route Appia trace l’horizon 2028 d’un écosystème pleinement interopérable.

Pour CrypCool, PSAN enregistré auprès de l’AMF, cette divergence interne à l’Eurosystème est un signal majeur. Elle conditionne la régulation à venir des stablecoins en zone euro, l’évolution probable de MiCAR et l’arbitrage entre actifs publics et privés tokenisés. Pour les détenteurs français de cryptos, le sujet rejoint celui de la fiscalité 2026 et de DAC8, qui structurent l’environnement réglementaire applicable.

L’enjeu désormais, c’est la vitesse d’exécution. La BCE veut tenir 2029. Les banques européennes veulent prendre des parts dès 2026. Le stablecoin euro privé arrivera donc bien avant l’euro numérique public. Et la Banque de France a choisi son camp.