La fiscalité crypto en Allemagne change de nature. Le 9 septembre 2026, le Handelsblatt a révélé un projet de loi du ministère fédéral des Finances, dirigé par le vice-chancelier social-démocrate Lars Klingbeil. Le texte supprime l’exonération totale dont bénéficient aujourd’hui les plus-values sur cryptos détenues plus de douze mois et les soumet à un prélèvement forfaitaire de 25 %.
Un placement comme un autre, taxé comme les actions
Aujourd’hui, un Allemand qui revend ses bitcoins après un an ne paie rien. S’il vend avant, le gain rejoint son revenu imposable, au barème progressif, jusqu’à 45 %. Le projet remplace ce régime par celui des valeurs mobilières : 25 % de retenue à la source, quelle que soit la durée de détention, plus la surtaxe de solidarité de 5,5 % appliquée à l’impôt, soit 26,375 % au total.
Le ministère justifie la réforme en une phrase, citée par le Handelsblatt : « les crypto-actifs constituent de plus en plus une forme de placement privé ». Un placement se taxe donc comme les autres. Les revenus du staking, c’est-à-dire la rémunération obtenue en immobilisant ses jetons pour sécuriser un réseau, et ceux du prêt de cryptos deviendraient des revenus du capital, selon Blocktrainer, qui a consulté le projet.
Les détenteurs actuels sont protégés
Le texte ménage l’existant. Seules les cryptos achetées après le 31 décembre 2026 tomberaient sous le nouveau régime. Les positions acquises avant conservent l’exonération après un an, d’après la WirtschaftsWoche. En contrepartie, les pertes sur cryptos deviendraient déductibles des gains sur actions, ce que la loi interdit aujourd’hui. L’abattement annuel de 1 000 euros sur les revenus du capital s’appliquerait aussi aux cryptos. Les plateformes prélèveraient l’impôt à la source à partir de janvier 2028.
Berlin attend 160 millions d’euros de recettes en 2028, puis 350 millions par an vers 2031. Le précédent autrichien invite à la prudence : Vienne a supprimé sa période de détention en 2022 et n’a encaissé que 33,8 millions d’euros en 2024, rappelle Trending Topics.
Ce que la réforme change pour les investisseurs français
Le projet aligne l’Allemagne sur la France. Depuis 2019, les plus-values crypto des particuliers français relèvent du prélèvement forfaitaire unique, porté à 31,4 % au 1er janvier 2026 (12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux), comme le rappelle le point CrypCool sur la flat tax 2026. L’argument de la concurrence fiscale allemande, souvent avancé contre les plateformes françaises, disparaît. La fiscalité crypto en France ne serait plus l’exception européenne, mais la norme.
Le signal dépasse Berlin. L’Europe banalise la crypto : ce n’est plus un objet à part, mais un placement avec ses impôts et ses compensations de pertes. La France a déjà pris ce chemin avec la hausse de la flat tax et l’échange automatique DAC8, qui obligera les prestataires enregistrés, dont CrypCool en tant que PSAN, à transmettre les données de leurs clients au fisc.
Un texte encore loin du vote
Le projet reste un projet. Le ministère l’a diffusé mi-août aux autres ministères pour coordination, et le cabinet ne l’a pas encore adopté. La WirtschaftsWoche évoque un dépôt au Bundestag en septembre, un vote fin novembre et un passage au Bundesrat le 18 décembre 2026. Une pétition pour le maintien de l’exonération a dépassé les 30 000 signatures en un jour, selon BTC-Echo, ce qui impose une audition publique au Bundestag. Les investisseurs qui veulent mesurer l’effet d’un tel prélèvement sur leur stratégie peuvent le tester avec le simulateur fiscal crypto.
FAQ
L’Allemagne va-t-elle taxer les cryptos détenues plus d’un an ?
Oui, si le projet est voté. Les cryptos achetées à partir du 1er janvier 2027 seraient taxées à 25 %, plus surtaxe de solidarité, quelle que soit la durée de détention. Celles achetées avant gardent l’exonération après douze mois.
Quel est le taux d’imposition des cryptos en France par rapport à l’Allemagne ?
La France applique 31,4 % depuis le 1er janvier 2026 (12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux). L’Allemagne prévoit 26,375 % surtaxe comprise, avec un abattement de 1 000 euros par an.
Quand la nouvelle fiscalité crypto allemande entrerait-elle en vigueur ?
Le régime viserait les achats postérieurs au 31 décembre 2026, avec un prélèvement à la source par les plateformes à partir de janvier 2028. Le texte n’a pas encore été adopté en conseil des ministres.