La régulation crypto aux États-Unis est sous tension ce mercredi 20 mai 2026. La sénatrice républicaine Cynthia Lummis a averti que la Chine et l’Europe cherchaient à devancer Washington dans l’encadrement et la direction du secteur des actifs numériques. Présidente de la sous-commission bancaire du Sénat sur les actifs numériques, elle estime que l’inaction du Congrès pousse les entreprises américaines à s’installer ailleurs, là où les règles sont plus claires. Le signal compte autant que le constat.
Le cadre français comme point de comparaison
Pour un lecteur français, la lecture est inversée. Quand Washington cite l’Europe comme rival réglementaire, elle vise un cadre déjà opérationnel. MiCA est pleinement applicable dans l’ensemble des États membres depuis le 30 décembre 2024. La date du 1ᵉʳ juillet 2026, parfois confondue avec l’entrée en vigueur, correspond en réalité à la fin de la période transitoire accordée à certains acteurs nationaux. Cette clause de grand-père permet aux prestataires actifs sous le droit national avant fin 2024 de continuer jusqu’à l’obtention de leur agrément.
En France, l’AMF supervise cette bascule. CrypCool, en tant que prestataire enregistré PSAN au sein du Groupe AuCOFFRE, opère précisément dans ce cadre de conformité, dont les contours fiscaux sont détaillés dans notre dossier fiscalité crypto. La perception d’un avantage réglementaire européen, désormais relayée outre-Atlantique, valide la logique d’un encadrement précoce plutôt que tardif.
Lummis pousse deux textes avant son départ
Côté législatif, deux projets concentrent l’attention. Lummis appelle le Congrès à voter rapidement le CLARITY Act, qui vise à définir la classification des actifs numériques, et le GENIUS Act, centré sur les standards d’émission des stablecoins. Tous deux progressent en commission en vue d’un vote en 2026. L’argument de fond reste constant : selon la sénatrice, les entreprises ne détestent pas la régulation, elles détestent l’incertitude.
Trump signe deux décrets financiers
Le 19 mai 2026, le président Donald Trump a signé deux décrets. Le premier cible les règles qui bloquent l’accès des fintech et des firmes crypto à l’infrastructure bancaire centrale ; le second met à jour les exigences d’identification des clients au titre du Bank Secrecy Act. Ce second texte vise d’abord les risques de blanchiment et l’immigration irrégulière, et non la crypto au sens strict, comme l’a précisé une version finale revue à la baisse par rapport au projet initial. Les décrets demandent par ailleurs à la Réserve fédérale d’évaluer un accès direct des sociétés financières non bancaires à ses circuits de paiement.
L’ETF Bitcoin de Truth Social retiré
Autre fait marquant : le groupe de Donald Trump a renoncé à ses ETF crypto. Trump Media & Technology Group a retiré, le 19 mai 2026, ses dépôts auprès de la SEC pour trois fonds, dont le Truth Social Bitcoin ETF et le Truth Social Bitcoin & Ethereum ETF. Le sponsor Yorkville America explique vouloir basculer vers un cadre réglementaire différent, sous le ’40 Act plutôt que le ’33 Act. Le contexte pèse : ce retrait illustre l’intensité de la guerre des frais sur un marché américain des ETF Bitcoin au comptant estimé à 57,4 milliards de dollars.
CFTC contre le Minnesota
Sur le terrain judiciaire, le régulateur des dérivés a contre-attaqué. La CFTC a déposé une plainte contre le Minnesota pour bloquer une loi, signée par le gouverneur Tim Walz, qui ferait de l’exploitation d’un marché de prédiction un délit pénal. L’agence demande une injonction préliminaire pour empêcher l’entrée en vigueur de la loi le 1er août 2026. Le texte criminalise aussi les contrats événementiels liés à la météo, utilisés par les agriculteurs.
Le signal pour les marchés
La régulation crypto aux États-Unis avance donc par à-coups, entre décrets pro-fintech et frictions fédérales-étatiques. Le marché reste calme : le Bitcoin s’échange autour de 77 070 dollars ce 20 mai, en hausse d’environ 506 dollars sur vingt-quatre heures, un niveau que l’on peut suivre en direct sur notre cours du Bitcoin. L’enjeu réel n’est pas le prix immédiat mais la trajectoire institutionnelle. Si CLARITY et GENIUS aboutissent, le calcul des firmes tentées par l’offshore change. Sinon, l’alerte de Lummis ressemblera moins à une prédiction qu’à un constat tardif. Pour qui souhaite se positionner dès maintenant, il reste possible d’acheter du Bitcoin dans un cadre conforme.