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Une banque chez soi, sans coffre : le fléau des crypto-rapts

Actualité du

14 septembre 2026

Les crypto-rapts en France changent d’échelle, et l’État change de méthode. Ce lundi 14 septembre 2026, la gendarmerie nationale détaille, dans deux articles publiés les 12 et 13 septembre, une stratégie « offensive et multidisciplinaire » contre ces enlèvements où les ravisseurs forcent la victime à vider son portefeuille numérique. Le même week-end, Revolut a reconnu avoir transmis des données de clients à des escrocs se faisant passer pour une administration.

135 affaires depuis 2023, une tous les deux ou trois jours

Le Parquet national anticriminalité organisée recense 135 faits d’enlèvement ou de tentative depuis 2023, dont 47 dossiers ouverts depuis janvier. Le rythme s’accélère : 18 faits en 2024, 67 en 2025. Un événement lié à la détention de cryptomonnaies survient désormais tous les deux ou trois jours.

Le dispositif associe le GIGN, l’Unité nationale de police judiciaire et le groupe cryptoactifs de l’unité cyber de la gendarmerie, basé à Pontoise. Ce groupe, dont Gendinfo décrit le fonctionnement, trace la rançon en temps réel sur la blockchain, cherche des « opportunités de gel » et pratique le démixing, qui consiste à percer les services de brouillage des fonds.

Le cas de l’Yonne, modèle de l’intervention

Le 13 avril 2026, une mère et son fils sont enlevés dans l’Yonne. Les ravisseurs exigent 400 000 euros en cryptomonnaies. Les otages sont libérés en moins de 24 heures, huit personnes sont interpellées et les fonds sont entravés avant tout transfert. La victime a récupéré l’intégralité de son épargne. Le colonel Patrick Pegeot, chef de la division des opérations de l’UNPJ, résume : « la détention de cryptomonnaies revient à posséder une banque chez soi, mais sans aucune sécurité physique ». Cette menace, que le milieu appelle l’attaque à la clé anglaise, ne vise plus seulement les fondateurs médiatisés.

Revolut a livré passeports et historiques bitcoin à de faux enquêteurs

Cette banque à domicile n’est vulnérable que si l’on sait où elle se trouve. Samedi 12 septembre, Revolut a confirmé à TechCrunch qu’un tiers avait utilisé l’adresse électronique légitime d’une agence gouvernementale pour lui adresser de fausses réquisitions. Selon les éléments publiés par l’enquêteur ZachXBT et repris par The Block, les documents remis comprennent des copies de passeports, des selfies de vérification, des adresses postales, des IBAN, des relevés de compte et l’historique complet des transactions en bitcoin.

La néobanque, qui distribue depuis août son stablecoin euro EURR, parle d’un « nombre limité » de clients. Elle ne le chiffre pas et ne nomme pas le pays de l’agence usurpée. Elle assure que ses systèmes et les fonds n’ont pas été touchés, et dit avoir prévenu les régulateurs financiers et les autorités de protection des données.

Les données KYC, nouvelle responsabilité physique des plateformes

Une adresse, une pièce d’identité et un historique de transactions forment le profil exact que recherchent les commanditaires de rapts pour choisir leurs cibles. Le colonel Pegeot cite d’ailleurs la fuite subie par le service fiscal Waltio, qui « a mis dans la nature les noms et adresses électroniques de dizaines de milliers de clients », parmi les facteurs de l’explosion des affaires.

Le signal dépasse Revolut. Pour les plateformes régulées, les données collectées au titre de la lutte contre le blanchiment sont devenues une responsabilité de sécurité physique envers leurs clients. Le guichet de réponse aux réquisitions, lui, est devenu une porte d’entrée pour les criminels. Depuis le 1er janvier 2026, la directive DAC8 impose en plus aux prestataires de transmettre ces informations aux administrations fiscales européennes, ce qui multiplie les détenteurs légitimes de la donnée, donc les identités à usurper. CrypCool, est soumis aux mêmes obligations de collecte ; sa politique de sécurité et de transparence rappelle qu’aucune administration ne demande de données confidentielles par simple courriel, et que le contrôle de ses propres fonds commence par la discrétion sur ce que l’on détient.

FAQ

Combien de crypto-rapts ont eu lieu en France ?

Le Parquet national anticriminalité organisée recense 135 faits d’enlèvement ou de tentative liés aux cryptomonnaies depuis 2023, dont 47 dossiers ouverts depuis janvier 2026. Le ministère de l’Intérieur, sur un périmètre plus large incluant les extorsions, comptait 77 affaires au premier semestre 2026.

Quelles données Revolut a-t-elle transmises aux escrocs ?

Selon Revolut et l’enquêteur ZachXBT, les fausses réquisitions ont obtenu des copies de passeports ou de permis, des selfies de vérification, des coordonnées postales, des IBAN, des relevés de compte et des historiques de transactions en bitcoin. Le nombre de clients concernés n’a pas été communiqué.

Comment la gendarmerie récupère-t-elle une rançon en cryptomonnaies ?

Le groupe cryptoactifs de l’unité cyber suit les fonds en temps réel sur la blockchain, demande leur gel aux plateformes et « démixe » les transactions passées par des services de brouillage. Dans l’Yonne, en avril 2026, les 400 000 euros exigés ont été entravés et la victime a tout récupéré.