Tether a renoncé à demander une licence MiCA à cause d’une seule règle sur ses réserves. Paolo Ardoino, dirigeant du premier émetteur mondial de stablecoins, l’a redit cette semaine. Le 22 septembre 2026, les banques centrales de l’Union européenne ont demandé à Bruxelles de supprimer cette même règle.
La règle des 60 % de dépôts que Tether refuse
MiCA oblige les émetteurs de jetons adossés à une monnaie à déposer 30 % des fonds reçus auprès de banques européennes. Le seuil monte à 60 % pour les jetons jugés significatifs, c’est-à-dire les plus diffusés. Un dépôt bancaire n’est pas un coffre. La banque qui le reçoit le prête. Le déposant en devient créancier et supporte ses difficultés.
Tether place au contraire ses réserves en bons du Trésor américain à court terme, vendables chaque jour de bourse. Son attestation du deuxième trimestre affiche 4,11 milliards de dollars de réserves excédentaires, moitié moins qu’au trimestre précédent. En face, 184,6 milliards d’USDT circulaient fin juin 2026. Déposer 60 % de cette somme reviendrait à confier plus de 110 milliards de dollars au bilan de quelques banques.
La BCE vise la même règle, pour un motif inverse
Dans leur contribution à la révision de MiCA remise le 22 septembre 2026, la Banque centrale européenne et les banques centrales nationales demandent la suppression de ce plancher de dépôts. Elles proposent de le remplacer par des exigences de liquidité. Ces seuils viennent du projet de normes techniques de l’Autorité bancaire européenne : une part des réserves mobilisable en un jour ouvré, une autre en cinq jours. Leur crainte porte sur la banque, pas sur le jeton. Un dépôt massif adossé à un seul stablecoin peut s’évaporer en une journée, quand les porteurs demandent tous leur remboursement. Le même document réclame l’extension de l’interdiction de rémunérer les stablecoins au prêt, à l’emprunt et au staking. Émetteur et régulateur décrivent le même risque. Chacun redoute d’en être la victime.
Ce que la suppression changerait pour l’USDT en Europe
L’USDT, faute de licence MiCA, a quitté les plateformes européennes mises en conformité. Kraken a fixé au 31 mars 2025 la date limite de conversion pour ses clients de l’Espace économique européen. Binance a suivi, et son propre agrément européen reste bloqué. Tether ne garde qu’une présence indirecte dans l’Union. Elle passe par sa participation minoritaire d’août 2025 dans Bit2Me, plateforme espagnole agréée. Le débat porte sur un point simple : où sont les fonds, et qui peut le vérifier.
Une porte que la BCE veut pouvoir refermer
Les mêmes banques centrales réclament le pouvoir d’interdire l’émission de jetons libellés en devises tierces. La cible est le dollar. Les stablecoins pèsent 292,3 milliards de dollars le 24 septembre 2026. L’USDT en représente 183,5 milliards. L’EURC, principal jeton en euro, en pèse 461 millions. Soit un euro numérique privé pour quatre cents dollars. Si la révision supprime le plancher de dépôts, l’obstacle invoqué par Tether tombe. L’Union se donnerait au même moment le moyen de fermer son marché aux jetons en dollars.
FAQ
Pourquoi Tether n’a-t-il pas de licence MiCA ?
Son dirigeant invoque l’obligation de déposer 30 % des fonds reçus auprès de banques européennes, seuil porté à 60 % pour les jetons significatifs. Tether préfère détenir des bons du Trésor américain à court terme, qu’il peut revendre chaque jour de bourse.
Peut-on encore acheter de l’USDT sur une plateforme européenne ?
Non sur les plateformes conformes à MiCA. Kraken a fixé au 31 mars 2025 la date limite de conversion pour ses clients de l’Espace économique européen, et Binance a retiré les paires concernées.
Que changerait la suppression de la règle des 60 % ?
Elle lèverait l’obstacle invoqué par Tether pour rester hors du marché européen. Mais la BCE demande dans le même document le pouvoir d’interdire les jetons libellés en devises tierces, dollar compris.