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Le dollar numérique qui paie ceux qui le font circuler

Actualité du

1 octobre 2026

Le stablecoin Open USD (OUSD) est en service depuis le mercredi 30 septembre 2026. Coinbase, Mastercard, Shopify, Stripe et Visa ont engagé plus d’un milliard de dollars pour l’amorcer. Sa particularité : les revenus de ses réserves reviennent aux entreprises qui le diffusent, et non à son émetteur.

Des réserves confiées à BlackRock, BNY et Lead Bank

Un OUSD vaut un dollar. Le jeton est émis par Bridge, la filiale de Stripe spécialisée dans les stablecoins. Ses réserves sont conservées chez BlackRock, BNY et Lead Bank. Une attestation est publiée chaque mois, précise l’annonce officielle d’Open Standard. Une attestation est un contrôle mené par un tiers à une date donnée. Elle vérifie que les réserves couvrent les jetons en circulation, sans valoir audit complet.

Le jeton circule sur quatre blockchains : Ethereum, Solana, Base (le réseau de Coinbase) et Tempo (soutenu par Stripe). Il s’échange déjà sur Coinbase, Kraken et Uniswap. Les entreprises peuvent créer et rembourser des OUSD à parité, sans frais ni plafond de volume. L’accès passe par Stripe, Mastercard et Visa, et par Coinbase à partir de ce 1er octobre.

Plus de 200 membres, sans Tether ni Circle

Le consortium Open Standard revendique plus de 200 membres, contre 140 lors de l’annonce de juin. Il réunit notamment BlackRock, Standard Chartered et Google. UBS et le japonais SBI Holdings l’ont rejoint récemment. Les deux leaders du marché manquaient à l’appel en juin : Tether, émetteur de l’USDT, et Circle, émetteur de l’USDC. Aucun ralliement de leur part n’a été annoncé depuis.

Le rendement des réserves change de mains

Un émetteur de stablecoin vit des intérêts de ses réserves. Celles-ci sont placées surtout en bons du Trésor américain, des prêts de court terme à l’État fédéral. Chez Circle, ces intérêts ont pesé 668 millions des 701 millions de dollars de revenus au deuxième trimestre 2026, soit 95 %, selon ses résultats trimestriels.

Tether et Circle dominent ce marché. En avril, Tether en détenait environ 62 % et Circle environ 25 %, selon Fortune. Tous deux conservent l’essentiel de ces intérêts. Circle n’en reverse qu’une partie à quelques partenaires, Coinbase en tête.

Open Standard inverse la logique. Après une commission de gestion, il redistribue la majeure partie des intérêts à ses membres. La répartition suit l’offre et les volumes que chacun génère. Le consortium promet aussi « l’écrasante majorité » de son capital sur quatre à cinq ans, selon les mêmes critères, rapporte CoinDesk. Les cinq fondateurs démarrent à parts égales, sans bonus spécifique.

Le GENIUS Act vise l’émetteur, pas le distributeur

Le GENIUS Act encadre les stablecoins aux États-Unis depuis juillet 2025. Il interdit à l’émetteur de verser un intérêt aux détenteurs. Ses dispositions s’appliqueront pleinement le 18 janvier 2027. Open Standard ne rémunère donc pas les porteurs d’OUSD. Il rémunère les distributeurs : plateformes d’échange, fintechs, réseaux de paiement. Ceux-ci restent libres d’en reverser une part à leurs clients, sous forme de récompenses.

Le procédé existe déjà. Coinbase affiche des récompenses sur l’USDC, financées par Circle. L’OUSD en fait toutefois la règle commune à tous ses membres, et non un accord bilatéral.

Lecture macro : la rente du dollar numérique se partage

Pour les émetteurs installés, l’enjeu est leur marge. Si le revenu des réserves part chez les distributeurs, un modèle dépendant à 95 % des intérêts devient fragile. Le marché l’a compris dès juin : l’action Circle avait perdu 13 % après l’annonce, selon Fortune.

L’enjeu touche aussi la politique monétaire. Le revenu d’un stablecoin suit les taux de la Réserve fédérale américaine. Quand elle les baisse, les bons du Trésor rapportent moins et la somme à partager fond. Le modèle d’Open Standard dépend donc des taux américains autant que de son adoption.

Une stratégie à double détente pour Visa

Visa illustre cette course. Le réseau figure parmi les validateurs de la blockchain Arc lancée par Circle le 16 septembre. Il cofonde pourtant l’OUSD, concurrent direct de l’USDC. Les banques suivent la même pente, comme le montre l’alliance de Citi et Coinbase sur les paiements des entreprises en stablecoins.

Un modèle en porte-à-faux avec l’Eurosystème

En Europe, ce schéma heurte la position des banques centrales. Le 22 septembre, elles ont demandé d’étendre l’interdiction de rémunérer les stablecoins à ses formes indirectes. Notre brève sur la rémunération des stablecoins détaille cette demande. Un partage des intérêts via des distributeurs correspond précisément à ce qu’elles veulent proscrire.

Le signal est net. Les géants du paiement ne veulent plus seulement transporter le dollar numérique de Tether et Circle. Ils veulent capter, puis répartir, les intérêts qu’il rapporte.

FAQ

Qui émet le stablecoin Open USD ?

L’OUSD est émis par Bridge, filiale de Stripe, pour le consortium Open Standard. Ses réserves sont conservées chez BlackRock, BNY et Lead Bank, avec une attestation publiée chaque mois.

Comment Open USD partage-t-il ses revenus ?

Après une commission de gestion, Open Standard reverse la majeure partie des intérêts de ses réserves aux entreprises membres, au prorata de l’offre et des volumes qu’elles génèrent. Il prévoit aussi de leur distribuer l’essentiel de son capital sur quatre à cinq ans.

Les détenteurs d’OUSD touchent-ils un intérêt ?

Non, pas directement : le GENIUS Act interdit à l’émetteur de rémunérer les détenteurs. Les distributeurs, eux, sont rémunérés et peuvent reverser une part à leurs clients sous forme de récompenses.