Le 12 octobre 2026, le G20 a reçu la note du FSB sur les stablecoins. Le Conseil de stabilité financière coordonne les régulateurs des grandes économies. Il y constate qu’aucune crise sévère n’a encore éprouvé ni ces jetons ni les règles qui les encadrent.
Un marché de 300 milliards arrimé au dollar
La note précède de trois jours la réunion des ministres des Finances du G20, le 15 octobre à Bangkok. Les stablecoins sont des jetons conçus pour valoir une monnaie officielle. Leur valeur totale avoisinait 300 milliards de dollars à la mi-2026, quasi inchangée sur un an. Le dollar sert de référence à 99 % de ce montant. Ces jetons servent surtout à entrer et sortir des marchés de cryptomonnaies.
Des porteurs que l’émetteur ne connaît pas
Une banque connaît ses déposants et gère leurs retraits en voyant tout son bilan. L’émetteur d’un stablecoin peut ignorer qui détient ses jetons, dans quel pays, et où surgiront les remboursements.
Face à une ruée, il devrait vendre ses réserves en urgence. La panique pourrait alors gagner la finance traditionnelle. Le jeton s’échange jour et nuit, quand la gestion des réserves suit les horaires des marchés. Les ventes peuvent donc aller plus vite que les remboursements et faire décrocher le jeton du dollar. Le FSB admet qu’un marché profond aide aussi les arbitragistes à ramener le prix vers la parité.
Des marchés de dette déjà sous tension
Andrew Bailey, président du FSB, relève déjà dans sa lettre au G20 une forte volatilité des dettes souveraines. Une vente forcée de réserves s’ajouterait à ces tensions.
L’émission multiple, maillon désigné
Le danger grandit quand plusieurs entités affiliées émettent un même jeton depuis différents pays. Chacune garde ses réserves, et un porteur peut se faire rembourser par n’importe laquelle. En crise, les demandes pourraient converger vers une seule entité, alors que l’argent dort ailleurs. Circle fonctionne ainsi : son USDC est émis aux États-Unis et, pour l’Europe, par sa filiale française.
Sans pouvoir de contrainte, le FSB demande de suivre la localisation des porteurs, des remboursements et des réserves.
Un montage qui divise l’Union
Ce montage divise les institutions européennes. En septembre 2025, le Comité européen du risque systémique, présidé par Christine Lagarde, a tranché. Il a recommandé à la Commission de l’exclure de MiCA lorsqu’un émetteur est établi hors de l’Union.
La Commission attendue au 30 juin 2027
Le Parlement européen a pris le contre-pied le 7 juillet 2026. Sa résolution non contraignante, votée par 390 voix contre 86, réclame un cadre assorti de garanties. La Commission a elle-même écrit en mai, dans sa consultation sur MiCA, que le règlement n’interdit pas ces modèles. Elle doit rendre son rapport d’ici au 30 juin 2027.
Sans réclamer d’interdiction, la note du FSB sur les stablecoins décrit le scénario qui fonde la position du Comité. De cet arbitrage dépend l’accès des Européens aux grands stablecoins en dollar par un émetteur installé dans l’Union.
Paris débat de la fiscalité des stablecoins
Le traitement de ces jetons se joue aussi à Paris. Depuis ce 13 octobre, l’Assemblée nationale examine en séance un amendement redéposé qui vise les jetons de monnaie électronique MiCA. Voté en commission le 7 octobre, il rendrait imposable dès 2027 l’échange d’une cryptomonnaie contre un stablecoin.
Cette conversion reste aujourd’hui sans impôt, selon la fiscalité des cryptomonnaies en vigueur. Bruxelles décidera quels stablecoins circulent en Europe, Paris s’ils restent une étape sans impôt entre deux cryptomonnaies.