Trois jours après le piratage Binance du 29 octobre, la plateforme a rouvert les retraits le dimanche 1er novembre 2026 à 6 h (UTC). Ses clients ont retiré 4,65 milliards de dollars en neuf heures et demie et en ont déposé 1,01 milliard. La sortie nette, 3,64 milliards de dollars, représente 2,1 % des avoirs de la plateforme, selon les chiffres de Binance relayés par The Block.
Piratage Binance : une réouverture par étapes
Le réseau bitcoin a rouvert le premier. Ont suivi l’ether, le BNB, le XRP et les stablecoins USDT et USDC. À 12 h 36 (UTC) les quinze réseaux de cette première phase fonctionnaient de nouveau. Les autres restent soumis à des contrôles de sécurité, sans calendrier annoncé.
Binance décrit un pic de retraits dans les premières heures, puis un ralentissement. Son fondateur Changpeng Zhao en déduit que 98 % des avoirs sont restés sur la plateforme.
Une ruée évitée, selon les seuls chiffres de Binance
Une plateforme qui gèle ses retraits fait craindre une ruée des clients. Ce scénario avait emporté FTX en novembre 2022. Il ne s’est pas produit à ce stade, mais le ratio de 2,1 % appelle deux réserves. Il rapporte la sortie nette aux 171 milliards de dollars d’avoirs relevés le 28 octobre, la veille du vol. Les données de DefiLlama, indépendantes de la plateforme, sont aussi moins favorables : 4,05 milliards de dollars de sorties nettes sur 24 heures. Sur la même période, les dix plateformes suivantes n’ont reçu qu’environ 368 millions de dollars. La majeure partie des fonds retirés n’est donc pas allée chez les concurrents.
L’étude BPCE sur les cryptoactifs présentée le 21 octobre relevait déjà que 17 % des détenteurs français peinent à récupérer leur argent. La disponibilité des fonds y arrivait en tête des critères de choix d’une plateforme.
Binance rachète les jetons volés sur ses fonds
Environ 6,3 milliards de dollars ont été dérobés le jeudi 29 octobre vers 20 h (UTC) dans les portefeuilles chauds de Binance. Ces portefeuilles restent connectés à Internet pour servir les retraits quotidiens. Le précédent record, chez Bybit en février 2025, portait sur environ 1,5 milliard de dollars. Le FBI a attribué l’attaque le 31 octobre à TraderTraitor, un groupe de pirates lié à la Corée du Nord. Le butin est converti surtout en ether, avant d’être blanchi par la finance décentralisée, précise le communiqué du FBI cité par BleepingComputer.
Binance affirme avoir déjà reconstitué environ 95 % des avoirs volés, contre 80 % puis 90 % lors de ses précédents points. Elle a racheté les jetons sur le marché et de gré à gré, détaille Forbes. L’argent provient de son fonds d’urgence SAFU, constitué pour indemniser les clients, de son fonds d’assurance sur les contrats à terme et de sa trésorerie. Les 5 % restants correspondent à des jetons peu échangés, plus longs à acquérir. La plateforme supporte seule la perte, tandis que le butin reste en grande partie aux mains des pirates.
Les stablecoins gelés, pas le bitcoin ni l’ether
Les émetteurs de stablecoins peuvent bloquer à distance les jetons qu’ils ont émis. Tether, Circle et Ripple, avec les réseaux Arbitrum et Optimism, ont gelé 2,85 milliards de dollars d’actifs volés, selon The Hacker News. Le bitcoin et l’ether n’ont pas d’émetteur central et échappent à ce blocage. Pour eux, les enquêteurs n’ont d’autre levier que le suivi des adresses des pirates.
Une indemnisation qui ne relève pas de MiCA
Le droit européen encadre précisément la perte d’actifs dans la garde des cryptoactifs par une plateforme. L’article 75 du règlement MiCA rend le prestataire agréé responsable d’une perte due à un incident qui lui est imputable. Cette responsabilité est plafonnée à la valeur de marché des actifs au moment de la perte.
Binance ne détient pas cet agrément. Elle a retiré le 24 juin 2026 sa demande déposée en Grèce. Depuis le 1er juillet elle n’offre plus de nouveaux services aux résidents de l’Union, mais leur laisse la possibilité de retirer. L’indemnisation de ses clients européens repose donc sur son engagement commercial, et non sur cette obligation.
Un vol qui pèse d’abord sur l’ether
L’annonce du vol avait fait reculer le bitcoin de près de 5 %, l’ether de près de 6 % et le BNB, le jeton de Binance, de près de 10 %, rapporte Euronews. Le cours de l’ether reste le plus exposé. Les pirates échangent leur butin contre de l’ether, puis le convertissent par étapes pour le blanchir.
Binance a joué le rôle inverse. Pour reconstituer les soldes de ses clients, elle a acheté environ 6 milliards de dollars de jetons en trois jours. Le vol a ainsi mis face à face deux intervenants contraints, des pirates pressés d’écouler et une plateforme obligée de racheter.
La preuve de réserves attendue le 3 novembre
Binance a photographié ses réserves le 31 octobre à 0 h (UTC) et promet la vérification cryptographique d’ici au 3 novembre. Chaque client pourra alors contrôler que son solde figure dans le total déclaré, couvert par des actifs réellement détenus. L’exercice mesure la couverture des dépôts à une date donnée. Il ne remplace pas un audit des comptes et ne renseigne pas sur l’ensemble des dettes de la plateforme. Pris avant la réouverture des retraits, cet instantané dira si Binance a bien comblé le trou laissé par le vol.