La liste des stablecoin qui dominent le marché aujourd’hui — USDT, USDC, DAI et quelques nouveaux venus — révèle bien plus qu’une simple compétition entre tokens.
Leur poids croissant, leur capitalisation, leur rôle dans la liquidité du marché crypto et la dépendance structurelle qu’ils créent envers les réserves en dollar montrent que ces actifs jouent désormais un rôle charnière entre deux univers longtemps séparés : la DeFi et la finance traditionnelle.
En d’autres termes, si les principaux stablecoins éclairent la convergence entre ces deux mondes, c’est parce qu’ils sont devenus simultanément :
des outils d’usage massif dans l’écosystème crypto,
des relais vers les marchés monétaires traditionnels,
des objets d’attention prioritaire pour les régulateurs.
Et c’est précisément là que se joue la bascule : les stablecoins ne sont plus de simples monnaies numériques de confort ; ils sont devenus des indicateurs avancés de l’intégration progressive entre infrastructures décentralisées et système bancaire.
2025, l’année où les lignes bougent
Cette dynamique s’est cristallisée en 2025 autour de deux signaux forts :
En Europe, la BCE consacre pour la première fois un encart complet aux stablecoins dans son Financial Stability Review. Le simple fait que ces actifs, longtemps considérés comme périphériques, apparaissent dans un rapport consacré à la stabilité du système financier en dit long sur leur capitalisation, leur volume, et leur rôle croissant dans les flux de monnaies numériques.
Aux États-Unis, l’OCC publie la lettre interprétative n°1186, dans laquelle elle confirme que les banques nationales peuvent détenir des actifs crypto dans un cadre strictement opérationnel. Non pour spéculer, mais pour maintenir le fonctionnement de blockchains utilisées dans des applications bancaires ou pour régler des frais de réseau.
Pris séparément, ces deux documents contiennent des signaux techniques. Ensemble, ils racontent une histoire plus profonde : la finance mondiale reconnaît que les stablecoins et les tokens jouent désormais un rôle systémique. Et que la séparation autrefois nette entre les deux univers n’est plus tenable.
Ces deux documents, publiés à quelques semaines d’intervalle, racontent la même histoire : la frontière entre TradFi et DeFi s’amincit, et les stablecoins en sont l’un des vecteurs majeurs.
Autrement dit, les régulateurs n’observent plus les stablecoins de loin : ils les intègrent dans leur vision stratégique. Pour comprendre pourquoi, il faut commencer par regarder ce que la BCE voit dans ces tokens, ce qui justifie leur classement récent parmi les “risques émergents prioritaires” et ce qu’elle y voit que le marché, parfois, sous-estime encore.
Pourquoi la BCE place les stablecoins en “risque émergent prioritaire” ?
Ce qu’il y a réellement dans le Financial Stability Review
La BCE n’a pas simplement dressé une liste des stablecoin ni évalué leur prix : elle a pris acte d’une transformation structurelle. Dans son Financial Stability Review, la banque centrale met en évidence plusieurs dynamiques profondes.
D’abord, les stablecoins ne sont plus de simples instruments de passage entre deux cryptos. Avec une capitalisation boursière dépassant les 150 milliards de dollars, ils irriguent désormais l’ensemble de l’écosystème, structurent les flux de trading et servent de pivot pour des millions d’utilisateurs dans le monde.
Mais ce rôle croissant s’accompagne de risques systémiques :
1. Une dépendance extrême aux réserves
La majorité des stablecoins dominants – USDT, USDC, DAI – sont adossés au dollar américain. Leurs réserves reposent souvent sur des fonds en bons du Trésor US ou d’autres actifs liquides. Cela signifie que leur stabilité dépend d’institutions et de juridictions non européennes. Un stress sur ces réserves provoquerait des variations potentiellement violentes et une perte de valeur immédiate pour les détenteurs.
2. Le risque de “run” numérique
Contrairement aux banques, les émetteurs de stablecoins n’ont ni prêteur en dernier ressort ni filet réglementaire comparable. En cas de doute sur la qualité des actifs de réserve, un “run” pourrait se produire en quelques 24 h seulement, amplifié par la rapidité des réseaux blockchain.
3. Une interconnexion croissante avec les marchés monétaires
Les émetteurs utilisent leurs fonds pour acheter des bons du Trésor ou des placements monétaires, créant un lien inédit entre la DeFi, les marchés obligataires et les flux internationaux de liquidité. Les stablecoins deviennent des relais entre deux univers que tout opposait encore il y a cinq ans.
4. Une concentration hors d’Europe
Les émetteurs majeurs sont américains ou offshore. Pour une institution dont le mandat est la stabilité de l’euro, voir des dizaines de milliards de monnaies numériques adossées à des actifs extra-européens circuler dans l’économie constitue un sujet d’inquiétude légitime.
La BCE ne parle donc pas de technologie : elle parle d’équilibre monétaire, d’influence géopolitique, et de stabilité mécanisée par des acteurs privés.
Un signal fort pour les marchés européens
Le fait que la BCE inclue une telle analyse montre que les stablecoins ne sont plus anecdotiques. Ils jouent un rôle que ni les paiements traditionnels ni la banque de détail n’arrivent à remplir :
➡️ rapidité,
➡️ règlement instantané,
➡️ neutralité géographique,
➡️ facilité d’intégration dans les plateformes et applications.
Là où l’euro ne circule pas – dans la DeFi, dans les échanges internationaux, dans certaines plateformes d’échange, dans des environnements de gaming ou de tokenisation – les stablecoins s’installent. Ils ne remplacent pas la monnaie officielle : ils comblent un vide fonctionnel.
C’est précisément cette montée en puissance silencieuse qui pousse la BCE à anticiper les risques, et à préparer un cadre plus robuste via MiCA.
Pour CrypCool, cette évolution éclaire aussi la manière dont des actifs stables et tangibles comme l’or tokenisé VeraOne (VRO) peuvent jouer un rôle dans ce nouvel équilibre, en offrant une garantie non corrélée aux marchés monétaires américains.
Que dit réellement la lettre 1186 de l’OCC ?
Les banques américaines autorisées à détenir de la crypto… mais pas comme on l’imagine
Selon l’analyse d’Elliptic et du cabinet Jones Day, la lettre 1186 clarifie un point longtemps ambigu : les banques américaines peuvent détenir de petites quantités de cryptomonnaies, mais uniquement dans un objectif de fonctionnement.
Concrètement :
payer des frais de réseau,
tester des applications fonctionnant sur des blockchains autorisées,
effectuer des transactions techniques nécessaires à des projets internes.
Autrement dit : pas d’investissements, pas de spéculation sur le cours du Bitcoin, aucune exposition au risque directionnel. Juste une petite réserve d’outils numériques nécessaires à la modernisation de leurs infrastructures.
Pourquoi c’est symboliquement énorme
Pour la première fois, un grand régulateur bancaire admet quelque chose d’essentiel : les blockchains font désormais partie de l’infrastructure financière moderne.
Ce n’est pas une révolution idéologique. C’est une reconnaissance pragmatique.
Lorsque des banques classent un actif dans la même catégorie que des “frais techniques”, cela signifie que cet actif est devenu un composant élémentaire du système. La frontière “banques vs cryptos” n’a pas disparu, mais elle s’est fissurée.
Les deux mondes s’observent… et commencent à coopérer
Le côté TradFi : besoin d’efficacité et d’infrastructures modernes
Les banques ne s’intéressent pas aux cryptos pour leur prix ou leur potentiel spéculatif. Elles viennent chercher :
une réduction des coûts de back-office,
un accès à des transactions en continu,
des rails internationaux plus efficaces,
un système programmable.
En d’aurtes termes, elles viennent chercher ce que la DeFi a déjà construit.
Le côté DeFi : besoin de légitimité et de garde-fous
La DeFi, de son côté, doit gagner en transparence, en qualité de réserves, en gouvernance, et en stabilité. Les écosystèmes autour de USDC, des stablecoins “réservés”, ou des RWA sont des réponses directes à cette nécessité de crédibilité.
Ce n’est pas seulement une question de marché ou de monnaies : c’est une question de maturité.
Stablecoins, tokenisation, infrastructures : les zones de fusion
Liste des stablecoin et zones de risque
La liste des stablecoin dominants en 2025 (USDT, USDC, DAI, PYUSD) structure désormais la quasi-totalité des flux crypto. Leur capitalisation, leur volume, leurs réserves et leurs mécanismes influencent la stabilité de plusieurs secteurs économiques numériques.
Les émetteurs de ces stablecoins ne sont plus des structures périphériques : ce sont des acteurs mondiaux dont les décisions ont un impact systémique.
La tokenisation des RWA : le véritable pont TradFi – DeFi
S’il existe un terrain où la convergence entre finance décentralisée et finance traditionnelle est la plus nette, c’est celui des Real World Assets (RWA).
La tokenisation permet de transformer un actif réel – obligations, immobilier, matières premières, or métal – en un jeton échangeable, traçable et liquide.
L’exemple de BUIDL, le fonds tokenisé de BlackRock, illustre cette bascule : en quelques mois, il devient l’un des plus grands projets RWA au monde.
CrypCool s’inscrit dans cette dynamique avec la tokenisation de l’or physique : lingots, pièces, bijoux peuvent être convertis en VeraOne (VRO), un actif numérique adossé à un bien tangible, échangé sur blockchain mais adossé à un actif réel.
Ce type de RWA offre une alternative crédible aux stablecoins adossés au dollar, en proposant une stabilité qui dépend de l’or plutôt que de la politique monétaire américaine.
Les RWA constituent, de fait, un pivot stratégique pour la finance de demain : un espace où cryptos, investisseurs institutionnels et régulateurs peuvent se rencontrer et créer un terrain commun.
Jusqu’où ira la convergence ?
Les RWA constituent, de fait, un pivot stratégique pour la finance de demain : un espace où cryptos, investisseurs institutionnels et régulateurs peuvent se rencontrer et créer un terrain commun.
Jusqu’où ira la convergence ?
Deux scénarios opposés
Deux trajectoires se dessinent :
Intégration forte : les blockchains deviennent des infrastructures standard des institutions financières ; les stablecoins deviennent des instruments de règlement ; les RWA deviennent des véhicules d’investissements.
Coexistence stricte : les deux mondes continuent de progresser en parallèle, connectés par quelques ponts techniques mais distincts dans leurs logiques.
Ce qu’on observe réellement en 2025
La réalité est plus nuancée :
l’OCC ouvre une brèche institutionnelle,
la BCE surveille les stablecoins comme un risque systémique,
les RWA créent un territoire commun,
les infrastructures hybrides se développent,
les utilisateurs adoptent progressivement des actifs plus tangibles ou plus transparents.
La finance ne se réinvente pas brutalement : elle s’ajuste, elle absorbe, elle intègre.
Conclusion : un pont en construction
L’année 2025 marque un moment de vérité : les stablecoins ne sont plus un phénomène de niche, les blockchains ne sont plus un territoire expérimental, les institutions n’ont plus le luxe de regarder ailleurs.
La convergence entre TradFi et DeFi n’est ni une utopie ni une bataille : c’est un mouvement lent, profond, irréversible.
Et au centre de cette transition, les stablecoins ne sont que la première marche. La tokenisation, les RWA et des actifs comme VRO témoignent de ce que pourrait devenir la finance : une architecture plus fluide, plus programmable, où la stabilité d’un actif tangible dialogue avec la liquidité d’une blockchain.
La finance de demain n’opposera pas DeFi et TradFi. Elle les combinera.
FAQ – Stablecoins, régulation et convergence DeFi–TradFi
Pourquoi les stablecoins inquiètent-ils autant les régulateurs en 2025 ?
Parce qu’ils ne sont plus de simples outils techniques : leur capitalisation, la taille de leur marché et leur rôle dans les transactions mondiales en font désormais des instruments systémiques. Leur croissance rapide crée de nouvelles dépendances, notamment vis-à-vis des réserves en dollar, et expose le système financier à des risques de volatilité en cas de perte de confiance.
En quoi les stablecoins sont-ils devenus un pivot entre DeFi et finance traditionnelle ?
Les stablecoins servent à la fois de monnaie d’échange dans la DeFi, d’outil de règlement instantané pour les entreprises et d’actif de liquidité utilisé par certains acteurs institutionnels. Ils connectent des infrastructures technologiques décentralisées avec les logiques financières traditionnelles, créant un pont inédit entre deux univers qui n’étaient pas destinés à se rencontrer.
Pourquoi la BCE classe-t-elle les stablecoins comme “risque émergent prioritaire” ?
Dans son Financial Stability Review, la BCE explique que les stablecoins peuvent concentrer des risques liés aux réserves, aux flux transfrontaliers, à la dépendance au dollar américain et au manque de supervision directe. L’institution craint à la fois une contagion vers les marchés monétaires et une perte de maîtrise sur certaines zones de paiement numériques.
La lettre 1186 de l’OCC autorise-t-elle les banques américaines à investir en crypto ?
Non. Elle les autorise uniquement à détenir une quantité limitée d’actifs numériques pour assurer des fonctions techniques : paiement des frais de réseau, tests d’applications blockchain autorisées ou maintenance d’infrastructures. Il s’agit d’un usage opérationnel, pas spéculatif, qui montre néanmoins une ouverture progressive des régulateurs américains.
Les stablecoins sont-ils vraiment stables ?
La stabilité est l’objectif, mais elle dépend entièrement de la qualité des réserves. En cas de doute ou de choc de marché, un stablecoin peut connaître une volatilité soudaine, notamment si les actifs qui le garantissent perdent en valeur ou deviennent illiquides. Les régulateurs insistent donc sur la transparence des émetteurs.
Quel rôle jouent les Real World Assets (RWA) dans cette convergence ?
Les RWA — obligations, bons du Trésor, matières premières, or — permettent d’ancrer des tokens numériques dans des actifs du monde réel. Ils constituent une voie privilégiée pour une finance hybride. L’exemple de VeraOne (VRO), l’or physique tokenisé disponible sur CrypCool, illustre parfaitement comment un actif tangible peut coexister avec les infrastructures blockchain, tout en offrant une alternative moins dépendante du dollar.
Les stablecoins vont-ils remplacer l’euro ou les monnaies officielles ?
Non. Mais ils occupent aujourd’hui des zones fonctionnelles que les monnaies officielles ne couvrent pas encore : règlements 24/7, paiements transfrontaliers rapides, intégration aux applications décentralisées. C’est cette montée en puissance silencieuse qui incite la BCE à renforcer la supervision.
Quels sont les risques principaux à surveiller pour les utilisateurs ?
Les utilisateurs doivent surveiller la qualité des réserves, les conditions de rachat, la solidité juridique de l’émetteur, et la transparence sur les portefeuilles d’actifs. Une mauvaise gestion peut entraîner des dépeggings, une hausse de la volatilité, ou même une perte totale de valeur.