Le dossier CLARITY Act stablecoins cristallise une fracture profonde à Washington. Ce lundi 1er juin, le marché reste suspendu à l’offensive lancée vendredi 29 mai par Jamie Dimon (JPMorgan) contre Brian Armstrong (Coinbase), au sujet de la rémunération des détenteurs de stablecoins prévue par le grand texte de structure de marché américain. En jeu : le modèle de dépôt des banques et les 60 voix qu’il faudra réunir au Sénat.
CLARITY Act stablecoins : le cœur du litige
Au centre du conflit se trouve une idée simple. Le texte autoriserait les plateformes crypto à verser des récompenses aux porteurs de stablecoins. Pour Dimon, cela revient à payer des intérêts de dépôt sans les garanties imposées aux banques. Sur Fox Business, il a prévenu que les banques refuseraient cette version. Il a aussi visé Armstrong sans détour : « No one is going to bow down to this guy. » Coinbase défend l’inverse. Selon l’exchange, ces récompenses ressemblent à un compte d’épargne rémunéré et stimulent la concurrence. Les banques y voient une fuite de dépôts, leur financement le moins cher. Comme l’a rapporté CoinDesk, le sujet est devenu le principal obstacle à l’avancée du texte.
Un texte voté en commission, pas encore adopté
Le rappel des faits compte. La Chambre des représentants a adopté le CLARITY Act en juillet 2025, par 294 voix contre 134. La commission bancaire du Sénat l’a fait avancer le 14 mai, par un vote de 15 contre 9. Les treize républicains l’ont soutenu, rejoints par deux démocrates seulement, selon le communiqué officiel de la commission. Le texte doit désormais réunir 60 voix en séance plénière. La Maison-Blanche vise une signature autour du 4 juillet. La fenêtre se referme vite : après la trêve d’août, les dynamiques des midterms compliquent tout vote.
Coinbase, du retrait au soutien
Le parcours d’Armstrong illustre la tension. En janvier, Coinbase avait retiré son appui après une version interdisant tout rendement passif. Ce retrait avait forcé l’annulation d’un markup. Un compromis Tillis-Alsobrooks a depuis émergé. Il autorise des récompenses liées à l’activité, mais bannit le rendement passif. Armstrong a soutenu le texte révisé avant le vote du 14 mai. Vendredi, il a répliqué à Dimon par un mème sur le hockey, comme l’a relevé crypto.news.
MiCA : ce que l’Europe a déjà tranché
Vue de France, cette bataille a un air de déjà-vu. Le règlement européen MiCA a déjà fermé la porte. Il interdit aux émetteurs de stablecoins de verser un intérêt à leurs porteurs. Le débat américain rejoue donc une question que l’Union a réglée par la régulation. Pour un acteur conforme, le cadre prime sur la promesse de rendement. CrypCool, enregistré comme PSAN auprès de l’AMF, partage cette lecture : la sécurité et la conformité réglementaire précèdent l’effet d’aubaine. Le bras de fer entre crypto et banques n’est pas qu’américain.
Le signal pour les marchés crypto
Reste la lecture macro. Les investisseurs institutionnels attendent cette clarté réglementaire comme catalyseur. Sur Polymarket, la probabilité d’une promulgation en 2026 ressort autour de 61 %, contre 59 % cités plus tôt. La recherche de Galaxy Digital évoque environ 70 %. Le signal clé du dossier CLARITY Act stablecoins tient en une phrase : le rendement sur stablecoins est devenu le verrou politique du cycle. S’il saute, les revenus des émetteurs et des exchanges en dépendent directement. Cette institutionnalisation reste le fil rouge de 2026, très dépendante de Washington. La direction du texte, plus que son calendrier, fixera le ton des prochains mois.