Le service de tokenisation DTCC est ouvert depuis le mercredi 28 octobre 2026. La Depository Trust & Clearing Corporation, dépositaire central de Wall Street, y a inscrit vingt banques et courtiers. Une action ou un bon du Trésor converti en jeton peut désormais changer de portefeuille à toute heure, week-end compris.
Jusqu’ici les titres américains vivaient au rythme des jours ouvrés. Une action achetée à New York n’est réglée, c’est-à-dire réellement échangée contre l’argent, que le jour ouvré suivant. Aucun titre ne change de mains le samedi ni le dimanche.
Comment fonctionne la tokenisation DTCC
La DTCC conserve plus de 114 000 milliards de dollars de titres. Elle règle aussi une grande partie des transactions de Wall Street. Son service convertit une action, un fonds indiciel coté ou un bon du Trésor en jeton inscrit sur une blockchain. Il fonctionne au lancement sur deux réseaux, Canton et Besu, une blockchain privée exploitée par la DTCC. Le jeton garde les droits du titre et son code d’identification. Le principe rejoint celui de la tokenisation de l’or, où un actif conservé hors blockchain est représenté par un jeton qui s’y échange.
Un règlement immédiat, mais encadré
Entre deux portefeuilles enregistrés, le transfert du jeton vaut règlement, sans délai d’un jour, souligne Ledger Insights. Ces mouvements restent possibles jour et nuit tant que le jeton ne quitte pas son réseau. La conversion d’un titre en jeton n’a lieu que les jours ouvrés, de 2 h à 18 h à New York. Il en va de même pour le passage d’une blockchain à l’autre. Le versement des espèces, lui, reste organisé par les établissements.
Les garanties bancaires en ligne de mire
La DTCC met en avant la mobilité des garanties, ces titres que les banques déposent en gage pour emprunter des liquidités. Ses transactions en conditions réelles du 15 juillet portaient déjà sur des remises en garantie et des prêts de titres. Une banque qui a converti ses titres à l’avance pourra les mobiliser un dimanche, sans attendre l’ouverture du lundi. Une application dédiée, la Collateral AppChain, est annoncée pour début 2027.
Vingt établissements, 34 titres
JPMorgan, Citi, Bank of America, Morgan Stanley, UBS et BNP Paribas figurent parmi les vingt premiers inscrits. BNY, premier conservateur mondial, et Goldman Sachs manquent à l’appel. Seuls 34 titres sont éligibles au lancement. Le périmètre autorisé par la SEC, le gendarme boursier américain, atteint pourtant environ 30 000 milliards de dollars d’actifs, selon Ledger Insights. Sa lettre de non-action, délivrée en décembre 2025, vaut pour trois ans.
Le week-end, un créneau jusqu’ici réservé aux cryptomonnaies
Les cryptomonnaies s’échangent sept jours sur sept. Un choc géopolitique survenu un samedi se lit donc d’abord dans le cours du bitcoin, seul grand marché ouvert. Hors des heures bancaires, les stablecoins restaient l’un des rares moyens de déplacer des dollars. Les banques disposent désormais d’un outil comparable pour leurs propres titres. Il est tenu par l’institution qui gère déjà les registres de Wall Street.
L’Europe règle encore ses titres en deux jours
Les marchés européens vivent sur un autre calendrier. Leurs titres se règlent toujours deux jours ouvrés après la transaction. Le passage à un jour est fixé au 11 octobre 2027, rappelle l’ESMA, le régulateur européen des marchés financiers. Des titres tokenisés y relèveraient de la directive MiFID II, et non de MiCA. Paris a réclamé le 20 octobre une révision plus exigeante de MiCA.
5 bis) FAQ
Un particulier peut-il détenir ces jetons de la DTCC ?
Pas directement. Le service est réservé aux participants de la DTC, les banques et courtiers membres du dépositaire. Ils peuvent enregistrer des portefeuilles pour leurs clients, entre lesquels seuls les transferts sont autorisés.