Parlement européen et Conseil de l’UE rouvrent le jeudi 5 novembre 2026 le dossier du plafond euro numérique. Leur sixième trilogue programmé ce jeudi porte aussi sur la rémunération des banques qui distribueront cette monnaie publique. L’issue de la réunion n’était pas connue à l’heure de la rédaction.
L’euro numérique serait l’équivalent électronique des billets. Émis par la BCE, il serait distribué par les banques, gratuit pour les particuliers et non rémunéré. Les négociateurs visent un accord avant la fin de l’année, car la BCE lie une émission en 2029 à une loi adoptée en 2026.
Plafond euro numérique : la Commission ou les États
Le principe d’un plafond fait consensus. Il limite les transferts d’épargne des comptes bancaires vers la BCE. Les banques perdraient sinon une partie des dépôts qui financent leurs crédits.
La dispute porte sur l’autorité qui le fixera. Le Parlement confie cette décision à la Commission, sur recommandation de la BCE, selon le compte rendu d’Agence Europe du 30 septembre. Le Conseil laisse la BCE fixer la limite, sous un plafond global arrêté par les États membres.
Les 3 000 euros, un montant testé
Le chiffre de 3 000 euros ne figure pas dans le texte. C’est la limite la plus haute que le rapporteur du Parlement a demandé à la BCE de tester. Selon les calculs transmis par la BCE le 10 octobre 2025, une panique bancaire ferait alors sortir jusqu’à 699 milliards d’euros des banques. Cela représente 8,2 % de l’argent des particuliers sur leurs comptes courants. En temps normal, la fuite dépasserait à peine 100 milliards. La rentabilité des banques, mesurée par le bénéfice rapporté aux capitaux des actionnaires, reculerait en moyenne de 0,3 point.
Le niveau du plafond de l’euro numérique décidera donc de la portée du projet. Élevé, il ferait de la monnaie de la BCE un concurrent des comptes courants. Bas, il la cantonnerait aux paiements du quotidien.
La rémunération des banques, second point de blocage
Les banques se paieront par des commissions prélevées sur les commerçants. La BCE évalue leurs investissements entre 4 et 5,8 milliards d’euros sur quatre ans. Pendant une phase de transition, ces commissions seraient plafonnées, le Conseil retenant comme repère la carte de débit. Elles seraient ensuite calculées sur le coût réel d’un paiement en euro numérique.
Le Conseil veut clore cette transition au bout de dix ans au plus. Le Parlement la ramène à cinq ans, mais n’impose le nouveau calcul que s’il allège les frais des commerçants. À défaut, la transition se prolongerait sans limite de temps.
Un calendrier serré face aux stablecoins
La BCE défend aussi le projet face aux stablecoins, ces jetons qui suivent la valeur d’une devise. Leur encours atteignait 301,1 milliards de dollars le 21 octobre, selon les données DefiLlama citées par Boursorama, presque entièrement en dollars. L’USDC de Circle captait en septembre 56 % des échanges de stablecoins contre euros, selon l’étude de Kaiko sur l’effet de MiCA. Les stablecoins en euros restent loin derrière.
Christine Lagarde, qui a porté le projet, quittera la présidence de la BCE le 7 février 2027. Les dirigeants de la zone euro doivent désigner son successeur d’ici au Conseil européen de décembre. Sans accord politique en décembre, une adoption de la loi en 2026 deviendrait improbable. L’échéance de 2029 s’éloignerait alors.
FAQ
L’euro numérique est-il une cryptomonnaie ?
Non. La BCE le présente comme l’inverse d’un cryptoactif : il serait émis et garanti par la banque centrale, et un euro numérique vaudrait toujours un euro. Un stablecoin, lui, est émis par une entreprise privée qui détient des réserves.
Que se passe-t-il au-delà du plafond de détention ?
Le portefeuille en euro numérique pourrait être relié à un compte bancaire. Les sommes au-delà du plafond y seraient versées automatiquement, et un paiement supérieur au solde serait complété depuis ce compte.