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Bitcoin a 17 ans.

Internet en avait 14 quand il a commencé à entrer dans les foyers ordinaires.

Les téléphones mobiles en avaient 15 quand ils ont dépassé le milliard d’utilisateurs.

La télévision en avait 13 quand elle est devenue un élément incontournable du salon.

D’après ces mesures, Bitcoin devrait déjà être partout.

Il ne l’est pas.

En 2024-2025, environ 560 millions de personnes dans le monde détenaient des cryptomonnaies, dont environ 365 millions du bitcoin, soit moins de 7 % de la population mondiale.

Alors, pourquoi cela prend-il autant de temps ?

C’est une question qui mérite mieux que la réponse habituelle : « c’est trop compliqué ».

Selon nous, ce qui freine l’adoption de Bitcoin n’est pas technique mais humain.

Voici pourquoi.

Illustration d’un pont au-dessus d’un gouffre symbolisant le passage de Bitcoin des premiers adoptants vers l’adoption grand public.

Une courbe en S

En 1962, un sociologue américain du nom d’Everett Rogers a publié un livre assez révolutionnaire, intitulé ‘Diffusion of Innovations’.

Sa thèse tenait en une observation simple : toutes les innovations technologiques se propagent selon un schéma identique, une courbe en forme de « S » allongé.

Graphique de la courbe d’adoption des innovations appliquée à Bitcoin, avec innovateurs, adopteurs précoces, majorité précoce, majorité tardive et retardataires.

A la base de la courbe, on trouve les quelques innovateurs qui se passionnent pour la nouveauté, une poignée d’originaux, souvent marginaux, qui voient quelque chose que personne d’autre ne voit encore.

Puis les premiers adoptants les rejoignent, des visionnaires qui comprennent le potentiel et acceptent les premières frictions. La courbe commence à monter.

Ensuite, si l’innovation passe un moment pivot, la majorité précoce embarque, entraînant une majorité tardive et enfin, les retardataires eux-mêmes finissent par céder.

Sur graphique, cette progression dessine effectivement un drôle de S, une forme lente au début, explosive dans la phase de masse, puis à nouveau lentement progressive à l’approche de la saturation.

Internet, le téléphone, l’électricité, la machine à laver, la voiture… Tous ont suivi cette courbe, avec peut-être quelques variantes dans la vitesse mais la forme reste remarquablement identique.

Et Bitcoin suit la même courbe.

Bitcoin suit-il vraiment la même trajectoire qu'Internet ?

A la base de la courbe, on trouve les quelques innovateurs qui se passionnent pour la nouveauté, une poignée d’originaux, souvent marginaux, qui voient quelque chose que personne d’autre ne voit encore.

Puis les premiers adoptants les rejoignent, des visionnaires qui comprennent le potentiel et acceptent les premières frictions. La courbe commence à monter.

Ensuite, si l’innovation passe un moment pivot, la majorité précoce embarque, entraînant une majorité tardive et enfin, les retardataires eux-mêmes finissent par céder.

Sur graphique, cette progression dessine effectivement un drôle de S, une forme lente au début, explosive dans la phase de masse, puis à nouveau lentement progressive à l’approche de la saturation.

Internet, le téléphone, l’électricité, la machine à laver, la voiture… Tous ont suivi cette courbe, avec peut-être quelques variantes dans la vitesse mais la forme reste remarquablement identique.

Et Bitcoin suit la même courbe.

Selon les projections actuelles, il devrait atteindre le milliard d’utilisateurs quelque part autour de 2030.

Ce n’est pas un retard, c’est normal. Il est exactement là où il devrait être à ce stade de la courbe.

Plus tard, dans les années 1990, le théoricien Geoffrey Moore a identifié un phénomène que Rogers n’avait qu’effleuré: entre les premiers adoptants et la majorité précoce, il existe un gouffre.

Le gouffre

Les innovations technologiques ne glissent pas naturellement d’un groupe à l’autre.

Entre les visionnaires, qui adoptent parce qu’ils comprennent, et la majorité pragmatique, qui adopte parce que c’est utile, il y a une discontinuité.

Les deux groupes ne se ressemblent pas, ne se parlent pas et ne sont pas convaincus par les mêmes arguments.

Le visionnaire adopte une technologie imparfaite parce qu’il voit ce qu’elle deviendra.

Le pragmatique n’adopte une technologie que quand elle est déjà ‘parfaite’, quand les problèmes ont été résolus, quand des gens qu’il respecte l’utilisent déjà et quand le risque perçu est minimal.

Et c’est ce gouffre que Bitcoin est en train de traverser.

Un gouffre jalonné d’obstacles bien connus.

L’obstacle de la garde

C’est probablement le moins bien perçu de l’extérieur.

Bitcoin repose sur un principe révolutionnaire et terrifiant à la fois, vous êtes seul responsable de votre argent.

Pas de banque pour débloquer votre compte, pas de service client pour récupérer un mot de passe oublié, pas de recours si vous perdez votre clé privée, pas d’annulation de transaction si vous envoyez au mauvais destinataire.

Pour les innovateurs et les premiers adoptants, c’est une qualité ; c’est la promesse d’une souveraineté financière absolue.

Mais pour la majorité pragmatique, c’est une source d’angoisse sans précédent.

Nous avons passé des décennies, voire des siècles, à déléguer la garde de notre argent à des institutions.

La banque se trompe ? On appelle. Le virement part au mauvais endroit ? On conteste. La carte est piratée ? On se fait rembourser.

Comment protéger sa clé privée Bitcoin ?

Bitcoin demande de désapprendre tout cela et de se faire confiance à soi-même, à sa propre rigueur et à sa propre organisation, pour ne jamais perdre 24 mots sur un bout de papier.

C’est un bouleversement cognitif, pas seulement technique.

Et ces changements de paradigme-là ne s’opèrent pas en un trimestre.

Ils peuvent prendre toute une génération.

(Heureusement, il existe des partenaires fiables pour vous épauler).

L’obstacle de la friction

Le deuxième obstacle est plus banal mais tout aussi puissant.

Utiliser Bitcoin reste compliqué.

Pas au sens où c’est impossible mais au sens où chaque étape du parcours est semée de petites hésitations qui, mises bout à bout, découragent l’utilisateur ordinaire.

Créer un portefeuille, choisir entre les dizaines d’applications disponibles, comprendre la différence entre une adresse On-Chain et un canal Lightning, gérer des frais qui varient bizarrement, vérifier et re-vérifier une adresse avant d’appuyer sur ‘envoyer’…

En comparaison, payer par carte sans contact prend deux secondes et ne requiert aucune compréhension préalable.

Oui, Bitcoin n’en est pas encore là.

Le Lightning Network simplifie-t-il l'usage de Bitcoin ?

Heureusement, les portefeuilles s’améliorent, le Lightning Network rend les petits paiements plus fluides, mais l’expérience reste encore à des années-lumière de ce que les grandes entreprises bancaires ont réussi à faire avec leurs applications de paiement.

Une règle empirique dans l’industrie dit qu’une nouvelle technologie doit être dix fois meilleure que ce qu’elle remplace pour convaincre l’utilisateur de changer ses habitudes.

Bitcoin est certainement dix fois meilleur mais il n’est pas encore dix fois plus simple…

L’obstacle de la réputation

Celui-là est probablement le plus difficile.

Bitcoin souffre d’un problème de réputation composite, construit depuis 2010 par l’accumulation de récits négatifs.

L’affaire Silk Road, les effondrements d’échanges, les arnaques, les fortunes perdues et les ignares qui comparent le minage à une catastrophe environnementale.

Quelques-uns de ces récits ne sont pas faux mais beaucoup trop le sont. Et, en face, les avancées et les bienfaits sont tout simplement passés sous silence.

Cette asymétrie a fabriqué dans l’esprit du public non-initié une image associant Bitcoin à quelque chose d’obscur, de risqué et de vaguement illégal.

Or, la majorité pragmatique ne s’intéresse à une technologie que quand elle lui inspire confiance.

Et la confiance, hélas, ne se construit pas avec des arguments techniques.

Elle se construit avec du temps, des expériences positives répétées et la présence de personnes de confiance qui la pratiquent.

Les institutions financières adoptent-elles Bitcoin ?

C’est pourquoi la réglementation joue un rôle plutôt paradoxal dans l’adoption.

D’un côté, beaucoup de puristes considèrent la régulation comme une sorte de trahison de l’esprit originel, mais de l’autre, l’approbation et l’encadrement font entrer des centaines de milliards d’investissements institutionnels.

Un signal de légitimité que des millions d’épargnants ordinaires attendaient pour se sentir autorisés à s’intéresser au sujet.

La confiance institutionnelle, même critiquable sur le principe, peut accélérer la confiance populaire.

Et nous n’en sommes qu’au début.

L’obstacle de la volatilité

Pour finir, il y a encore ce quatrième obstacle, la volatilité de Bitcoin.

Un actif dont le prix peut doubler en six mois et perdre 50 % en dix-huit est un mauvais candidat pour payer ses courses.

Aucun commerçant rationnel ne veut recevoir quelque chose qui vaudra peut-être moitié moins le semestre prochain et aucun consommateur rationnel ne veut dépenser quelque chose qui vaudra peut-être deux fois plus l’an prochain.

Ce problème porte un nom, c’est le problème de la ‘dépense des pizzas’, en référence aux 10000 bitcoins échangés contre deux pizzas en 2010, et qui valent aujourd’hui plusieurs centaines de millions de dollars.

Tout le monde s’en souvient et, dès lors, hésite à dépenser.

Quand la volatilité diminuera à mesure que la capitalisation du marché augmente et que la liquidité s’approfondit, ce problème s’aplanira.

Mais on n’y est pas encore.

Une telle stabilisation est un processus de longue haleine qui se mesure en décennies et pas en années.

Les accélérateurs inattendus

Face à ces réels obstacles, il faut malgré tout mentionner quelque chose qui, dans certaines régions du monde, est en train de court-circuiter la courbe normale d’adoption.

En Argentine, en Turquie, au Nigeria, au Venezuela, au Liban, etc. (partout où l’inflation est élevée ou le système bancaire est peu fiable) Bitcoin ne fait pas face aux mêmes frictions psychologiques que dans nos pays.

Là, c’est la monnaie locale qui est le risque et Bitcoin… est la couverture !

Bitcoin protège-t-il vraiment contre l'inflation ?

Dans ces pays, les systèmes financiers traditionnels ont trompé, exclu ou déçu une trop grande partie de la population.

Dès lors, on s’aperçoit que l’adoption ne suit pas toujours la plus grande facilité.

Elle peut également suivre la moins grande douleur.

Là où le système financier traditionnel fonctionne encore bien, Bitcoin est un choix.

Là où il fonctionne mal, Bitcoin s’impose comme une nécessité.

17 ans de signification

Alors, pourquoi cela prend-il autant de temps ?

La vraie réponse, c’est que Bitcoin ne ressemble à rien de ce qui est venu avant.

Ce n’est pas un outil de communication comme le téléphone, qui n’apporte de la valeur qu’en proportion du nombre d’interlocuteurs.

Ce n’est pas non plus un gadget de confort comme la télévision, qui n’exige que des câblages électriques et de la télécom.

Bitcoin demande à ses utilisateurs de changer leur rapport à l’argent, à la confiance, à la responsabilité personnelle et surtout, de le faire dans un environnement encore imparfait.

Voilà pourquoi, si les comparaisons avec Internet sont instructives dans leur forme, elles ne restent qu’approximatives dans leur fond.

Même Internet n’a pas remis en question quelque chose d’aussi intime que la monnaie.

Alors patience.

Une grande patience n’est pas un signe de faiblesse.

C’est le temps qu’il faut à une idée terriblement nouvelle pour trouver sa place au sein de l’humanité.

Et, à 560 millions d’utilisateurs, avec une infrastructure qui s’améliore, des réglementations qui se clarifient et des régions entières qui découvrent dans Bitcoin une réponse à leurs problèmes, l’adoption de Bitcoin suit sa courbe, lentement mais sûrement… pointe vers le haut.

FAQ — L'adoption de Bitcoin

Pourquoi l'adoption de Bitcoin prend-elle autant de temps ?

L’adoption de Bitcoin suit la courbe en S classique des grandes innovations, mais traverse actuellement ce que les sociologues appellent le « gouffre » : la zone de transition entre les premiers adoptants visionnaires et la majorité pragmatique. Quatre obstacles spécifiques freinent ce passage : la responsabilité de la garde personnelle (clé privée), la friction d’usage, une réputation construite sur des récits négatifs depuis 2010, et la volatilité du prix.

En 2024-2025, environ 560 millions de personnes dans le monde détenaient du Bitcoin, soit moins de 7 % de la population mondiale. Cette base d’utilisateurs place Bitcoin à un stade comparable à celui d’Internet vers 1996 ou du téléphone mobile à la fin des années 1990 : la phase de traversée du gouffre, juste avant l’accélération de la majorité précoce.

Selon les projections actuelles, Bitcoin devrait atteindre le milliard d’utilisateurs autour de 2030. Cette trajectoire reproduit fidèlement la courbe d’adoption théorisée par le sociologue américain Everett Rogers en 1962, comparable à celles d’Internet, du téléphone mobile, de la télévision ou de l’électricité… toutes les innovations technologiques majeures suivent un schéma de diffusion remarquablement similaire.

La courbe en S, théorisée par Everett Rogers dans son ouvrage Diffusion of Innovations (1962), décrit comment toute innovation technologique se propage : démarrage lent avec les innovateurs et premiers adoptants, accélération explosive quand la majorité bascule, puis ralentissement à l’approche de la saturation. Internet, l’automobile, la télévision et la machine à laver ont tous suivi cette même forme caractéristique.

Quatre obstacles principaux freinent l’adoption de Bitcoin par le grand public :

(1) la garde personnelle, qui transfère toute la responsabilité à l’utilisateur ;

(2) la friction d’usage, encore trop complexe face à un paiement par carte ;

(3) une réputation dégradée par les récits autour de Silk Road, des faillites d’échanges et des arnaques ;

(4) la volatilité du prix, qui rend Bitcoin peu adapté aux paiements quotidiens.

Bitcoin est massivement adopté en Argentine, Turquie, Nigeria, Venezuela et au Liban parce que la monnaie locale y est instable et le système bancaire peu fiable. Dans ces contextes, Bitcoin n’est plus un choix idéologique mais une nécessité pratique : une couverture contre l’inflation et une alternative à l’exclusion bancaire. L’adoption ne suit pas toujours la plus grande facilité, elle suit aussi la moins grande douleur.

Oui, à ce stade. Un actif dont le prix peut doubler en six mois ou perdre 50 % en dix-huit est inadapté aux paiements courants : ni les commerçants ni les consommateurs ne souhaitent transiger dans cette incertitude. C’est le « problème des pizzas » : les 10 000 bitcoins échangés contre deux pizzas en 2010 valent aujourd’hui plusieurs centaines de millions de dollars. Cette volatilité diminuera avec la maturation du marché, sur des décennies.

Paradoxalement, la régulation accélère l’adoption de Bitcoin auprès de la majorité pragmatique. Si les puristes y voient une trahison de l’esprit originel, l’encadrement légal a fait entrer des centaines de milliards d’investissements institutionnels dans l’écosystème. Ce signal de légitimité rassure les épargnants ordinaires qui attendaient une validation officielle pour s’intéresser au sujet sans craindre l’illégitimité.

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Chrysostome Néo

Chrysostome Néo est « celui qui parle d’or nouveau ». Ingénieur de formation, il a d’abord fait ses armes monétaires avec les métaux précieux – une passion toujours intacte – avant de découvrir Bitcoin en 2016. Depuis, il s’est donné une mission : expliquer comment un protocole informatique est parvenu à créer un nouvel or sur internet. Auteur du Guide du Bitcoin sur CrypCool, il démonte la technique de Bitcoin pour mieux la remonter en version compréhensible à tout un chacun sans céder aux simplifications hasardeuses, tout en se laissant parfois aller à quelques considérations plus philosophiques.

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