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La Russie ouvre son marché crypto sur une faille connue

Actualité du

1 septembre 2026

Le marché russe des cryptomonnaies devient légal ce mardi 1er septembre. Moscou l’ouvre sur trois actifs seulement. L’un d’eux, l’USDT, peut être neutralisé depuis l’étranger. Sa propre banque centrale l’a écrit noir sur blanc.

Un marché légal ouvert sur trois actifs

Vladimir Poutine a signé le 4 août la loi « sur les monnaies numériques et les droits numériques ». Elle entre en vigueur ce 1er septembre. C’est le premier cadre complet du pays.

La Banque de Russie a publié le 11 août une liste provisoire. Elle ne retient que le bitcoin, l’ether et l’USDT. Trois critères ont été appliqués. La capitalisation, le volume quotidien moyen, et l’historique de prix. Ce dernier doit couvrir au moins cinq ans sur les plateformes étrangères. La consultation publique s’est achevée le 24 août.

Ce que la loi autorise, ce qu’elle interdit

L’achat et la vente passent par des intermédiaires agréés. Des dépositaires numériques peuvent assurer la conservation. Les règlements transfrontaliers avec des non-résidents sont permis.

Le paiement en cryptomonnaies reste interdit à l’intérieur du pays. La publicité pour ces paiements l’est également. Les acteurs ont jusqu’à juillet 2027 pour obtenir leurs agréments.

Un plafond de 300 000 roubles pour le grand public

Le texte sépare deux publics. Les investisseurs qualifiés n’ont aucune limite d’achat. Les particuliers non qualifiés sont plafonnés à 300 000 roubles par an et par intermédiaire, soit environ 3 700 dollars. Ils doivent aussi démontrer qu’ils comprennent les risques.

Sberbank en tête, avec un pari chiffré

Du prêt pilote de décembre 2025 aux trois collatéraux

Sberbank est la première banque du pays. Elle avait accordé en décembre 2025 ce qu’elle présentait comme le premier crédit russe adossé à des bitcoins. Le bénéficiaire était l’exploitant de fermes de minage Intelion. Le montant n’a pas été communiqué. La banque conservait le collatéral via son propre service de garde.

Elle veut désormais élargir le dispositif. Son vice-président du directoire Anatoli Popov l’a annoncé dans un entretien à l’agence TASS publié ce mardi. Bitcoin, ether et USDT seront acceptés en garantie, une fois l’aval du régulateur obtenu.

Entre 3 500 et 4 000 milliards de roubles la première année

Popov avance aussi des volumes. Il attend 3 500 à 4 000 milliards de roubles la première année, soit environ 40 à 46 milliards de dollars. Il vise 7 500 milliards de roubles à l’horizon 2029. Il qualifie ces estimations de prudentes.

La faille que Moscou connaît déjà

Ce qu’est un stablecoin comme l’USDT

Un rappel s’impose. Un stablecoin est un jeton dont la valeur est arrimée à une devise. Ici, c’est le dollar. L’émetteur, la société Tether, détient des réserves en contrepartie.

Cet émetteur conserve une capacité technique décisive. Il peut geler les jetons détenus par n’importe quelle adresse. Tether revendique cette pratique publiquement. Plus de 4,4 milliards de dollars ont été gelés à ce jour. Plus de 2,1 milliards l’ont été en lien avec les autorités américaines. Le bitcoin et l’ether ne présentent pas cette vulnérabilité. Nous avons détaillé ailleurs le risque propre à l’USDT.

Le précédent Garantex, mars 2025

La démonstration a déjà eu lieu en Russie. Le 6 mars 2025, Tether a gelé environ 28 millions de dollars d’USDT, plus de 2,5 milliards de roubles, détenus par la plateforme Garantex. Cette plateforme venait d’être sanctionnée par l’Union européenne. Elle a suspendu ses services dans la foulée. Son communiqué dénonçait « la guerre de Tether contre le marché crypto russe ».

Le régulateur russe l’a écrit noir sur blanc

La Banque de Russie n’ignore rien de ce risque. Son premier vice-gouverneur Vladimir Tchistioukhine l’a admis le 4 juin sur la radio RBK. Interrogé sur l’USDT, il répond que des blocages sont possibles.

Le rapport de consultation sur les stablecoins, publié le 25 juin, va plus loin. Il relève que les émetteurs de systèmes centralisés peuvent geler ou détruire des jetons sans décision de justice. Il cite explicitement l’épisode Garantex.

Une contradiction assumée

Moscou construit donc un marché légal reposant en partie sur un instrument libellé en dollars. Cet instrument est contrôlé par une société privée. Cette société coopère activement avec les autorités américaines.

La contradiction est d’autant plus frappante que Washington vient de franchir un cap. Le Trésor a signé le 24 août une détermination sectorielle, publiée au Federal Register le 27 août. Elle range les actifs numériques parmi les secteurs sanctionnables de l’économie iranienne. Nous l’avions analysée dans notre brève sur les sanctions crypto visant l’Iran.

Ce que cela dit aux acteurs européens

La nature d’un stablecoin est juridictionnelle

L’enseignement dépasse largement le cas russe. La nature d’un stablecoin n’est pas seulement technique ou monétaire. Elle est juridictionnelle.

Choisir un jeton adossé au dollar, c’est accepter une dépendance. Une autorité étrangère peut en interrompre l’usage. Le sujet rejoint celui du contrôle exercé par les banques sur les avoirs. Il rejoint aussi celui de la garde des fonds, qui devient un enjeu de conformité.

L’argument qui porte l’euro numérique

C’est précisément l’argument des autorités monétaires européennes. Il soutient le projet d’euro numérique de la BCE. Le Conseil des gouverneurs a validé la phase suivante en octobre 2025. Une première émission est envisagée en 2029, sous réserve du vote européen.

Il soutient aussi les stablecoins en euros portés par des consortiums bancaires. Le projet Qivalis est le plus avancé. Il réunit plus de trente banques du continent. Il n’est pas encore agréé et poursuit sa demande auprès de la banque centrale néerlandaise. Le cadre applicable reste celui de MiCA.

Le dossier cesse d’être une question de modernisation des paiements. Il devient une question de souveraineté.